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PI II

LA TOUR BAUDET

M. D. G., série in-i0, t. III.

LA TOUR BAUDET

sont pareilles, mais leur axe est un peu plus rapproché de l’angle de la tour et elles sont plus élevées au-dessus du sol actuel ( i 111 3o) ’ la meurtrière est percée dans une assise dont le parement est lisse 1. La Grotte, au bas de la tour, n’était primitivement éclairée que par deux petites fenêtres à chanfrein grillées, percées dans le haut du soubassement à l’est et à l’ouest. La fenêtre est, donnant sur la terrasse, a été agrandie postérieurement ; l’autre ouverture, encadrée de linteaux et de jambages en roche, fait corps avec les assises de la base de la tour et a été certainement prévue dès le début de la construction.

On a souvent cru reconnaître dans le soubassement de la tour Baudet le reste d’une construction très ancienne, peut-être même romaine. L’existence, sur l’un des moellons de la face sud, d’une inscription latine 2, et la présence assez inusitée de grandes assises à bossages, en roche, dans une construction du moyen âge, semblaient donner un certain poids à cette opinion. Des textes très formels, avons-nous vu, la contredisent. L’examen attentil de l’édifice et sa comparaison avec des constructions similaires et contemporaines ne peuvent davantage confirmer cette tradition. En eilet, il règne une grande unité dans la construction. Les chaînages d’angle, qui accompagnent les étages de la tour construits certainement au XVe siècle, sont parfaitement liés aux assises de la base. Les rainures en forme d’archères ont été prévues dès le début de la construction ; elles seraient inadmissibles, soit dans une construction romaine même très tardive, soit dans une construction du moyen âge antérieure au XVe siècle. Ce n’est qu’à cette époque en effet que l’on se mit à percer moins timidement la base des tours. Les meurtrières pour armes à feu pourraient à la rigueur avoir été percées après coup; cela paraît cependant difficile. Leur présence serait donc un argument de plus en faveur de la construction de la tour au XVe siècle.

S’il n’y a pas, dans la base de la tour Baudet, de vestige d’une tour romaine, ne pourrait-on avoir utilisé pour la construire des fragments d’un édifice romain? On ne peut ni le démontrer ni le contester avec certitude. La présence d'une pierre portant une inscription latine ne prouve pas nécessairement que tous les autres moellons de la base soient d’origine romaine. La question ne peut être

1 » 11 est à regretter que l’ancienne Mairie de Genève ait fait retailler une partie des pierres de la base, en face de la descente de la Treille. » Rigaud, Beaux-Arts à Genève, p. 55.

2 En voici le texte : I)

R VFIAEAQVILINAE . C. F . A T

définitivement résolue. Cependant, nous inclinons à croire que les bossages en roche de la tour Baudet ont été non seulement placés, mais taillés au XVe siècle. En effet la roche, dont la présence étonne à cette époque, était employée au château d’Annecy1 2 3 en iq3o ; l’appareil à bossages, dont l’usage était fréquent au XIIIe siècle, mais dans de plus petites dimensions qu’à la tour Baudet, tomba en désuétude, disent tous les manuels d’architecture militaire % aux siècles suivants, et ne fut repris qu’à la fin du XVe et au XVIe siècle. Nous le trouvons cependant, dans de grandes proportions, dans les fortifications de Nuremberg élevées entre 1377 et 1452 s; dans les châteaux italiens, il n’a jamais été abandonné durant tout le moyen âge, surtout en Toscane4, et il fut repris, on sait avec quelle importance, dans les palais florentins, dont l’un des premiers, le palais Pitti, fut conçu par Brunelleschi vers 1440. Même en France, le château de Dijon5, construit sous Louis XI et Louis XII et démoli au XIXe siècle, possédait une tour revêtue de bossages. Il ne serait donc pas impossible que la tour Baudet ait eu dès son origine un soubassement en grand appareil de roche6, nous ne pouvons l’affirmer d’une façon absolument certaine.

Au premier étage, quatre petites fenêtres grillées à chanfrein, avec encadrement en roche à l’ouest et au sud, en molasse à l’est, éclairent la petite Grotte7. Ce local avait plusieurs points de défense; tandis qu’à l’étage inférieur le front est en était dépourvu, ce côté est ici le mieux défendu. Le mur est était percé, à gauche et à droite de la fenêtre, de deux niches munies de rainures en forme d’archères. L’une d’elles a été murée lors de la construction de la salle du Deux Cents;

1 La tour Perrière lut refaite alors ab extra de bonis lapidibus ruppis tallie ad pohentam martellorum. Voir Bruchet, Château d’Annecy, p. 45, note.

2 Viollet Le Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture du Xh au XV D siècle, Paris, 1854-1868, in-4°, t. II, p. 217; C. Enlart, Manuel d’archéologie, t. II, p. 461.

3 Dr P. Ree, Niirnberg, Leipzig et Berlin, 1895, in-4°, p. 51 ; A. v. Essenwein, Die Kriegsbaukunst, Darmstadt, 1889, in-4", p. 195.

* Müntz, Histoire de l’art pendant la Renaissance. Italie, Paris, 1889-95, in-4°, t. I, p. 381.

5 C. Enlart, op. cit., p. 461, note 2 et fig. 215.

6 On a prétendu encore que le revêtement en roche de la hase n’aurait été fait qu’au XVIe siècle, après coup. Cette supposition nous paraît invraisemblable.

7 Entre les deux fenêtres sud, on remarque un écusson aux armes genevoises, en marbre noir, qui fut placé en 1789. Il provenait de l’ancien arsenal (voir Mayor, B. H. G., t. I, p. 130. Une inscription, également en marbre noir, a été placée au-dessous de l’écusson en 1863, en souvenir de la restauration de la République genevoise. Elle est ainsi conçue :

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