EDOUARD FAVRE
A Genève, du Conseil des Hallebardes
à la
combourgeoisie avec Fribourg et Berne
Château de Pérolles, près Fribourg , propriété de Besançon Hugues.
A Genève, du Conseil des Hallebardes à la combourgeoisie avec Fribourg et Berne
En 1 5 1 9, on put croire que les Confédérés abandonnaient Genève à la Savoie'. Dès lors, la situation ne cessa de s’aggraver pour cette ville et, le 1 5 septembre i 5 2 5 , les Eidgnots1 2 les plus compromis la quittaient poui se réfugier à Fribourg3.
1 Voir, ci-dessus, p. 5.
- Les Eidgnots étaient les partisans de l’alliance suisse; leurs adversaires, partisans de la Savoie, étaient surnommés les « Mammelus » ou les « Brasseurs ». Brasser signifie pratiquer, tramer, négocier secrètement et ne se dit qu’en mauvaise part. ( Dictionnaire de l Academie, éd. de 1878.)
« L’Allemagne » désigne la Suisse, aussi indiquée dans les lettres des Genevois par le terme de « làdiaut » ; les Suisses sont souvent appelés Messieurs des Ligues.
3 Les noms des Eidgnots et le récit de leur voyage jusqu’à Fribourg se trouvent dans Bonivard,
; f vmt
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
Du nombre était Ami Girard qui, en sa qualité de trésorier de la Ville, était gardien du sceau de celle-ci ; avant de partir, il l'avait caché afin que les Mammelus ne pussent pas l'apposer à quelque acte contraire à la liberté des bourgeois et aux droits de l'évèque, monseigneur de Genève. Le 1 1 novembre, les magistrats genevois écrivent à Ami Girard pour le lui réclamer. 11 répond 1 :
Mes très honnorés seignieurs, je me recomande az vous tant que feire puis. J ey receu la lettre que m’avés rescrip par maistre Pierre le Sellié et ausy ay veuz la lettre que avés rescrip à magniffiques seignieurs Messieurs de Fribourc ; et quant à ce que me rescripvés du ceau que ne savés sy je l’ay emporté au 4 leyssé à Genesve, je vous avize qu’ilz n’est point perdu et quant bien je le vous heusse voulsu leyssé je n’avoye pas le loysilz, et, en oultre, suys seur que si je vous heusse dit adieu à aulcons de vous que je n’eusse pas faict grant voage. C’est ce qui me garda de parler az vous, et, en oultre, vous avize quant bien je l’eusse peuz feire assuremant encores ne le vous heussé-je pas rendu, ne rendrey, synon au lyeu propre et présent ceulx qui m’ont constituy tressorier et au temps que la povre ville sera deshors de captivité et que les bons situadyns ouseront dire vérité, car je n’ay pas faict chouze par quoy je ne m’y puysse trové en home de bien.
Quant à la lettre de Messieurs, vous dictes que ne savés parquoyt ni moy ni les aultres nous sûmes retirés. A tout le moyns, vous savés bien le bien que l’on nous a faict et cornant l’on nous a cherché et prins les passages et faict venir les mandemans atitourt de Genesve ; et ausy savés bien au pourchas de qui cella a esté faict et si ne le voullés savoer quelque jour nous le vous dirons.
Nous sûmes assurés que vous estes marrys que sûmes eschappés et si vostre consantemant eust euz lyeuz nous fussions trestous perdus. Mes loésoit Dieu qui n’a pas esté à vostre volente (je vous dys d’aulcons), car nous savons bien qu’il y a de gens de bien.
Et quant à ce que nous desavoyés de tout se que nous dyrons ou ferons du ceau et que n’avons nulle charge de la ville ny en general ny en particulier, à cela je vous respons et ma compagnie que ausy n’avés vous point de charge de la communaulté de Genesve de nous ainsy rescripre. Et soyés seurs que nous vous garderons bien vous lettres, car nous vous en ferons plus de deshonnour devant le comon, et au temps que ledit comon sera à son liberal arbitre, que ne nous en avés faict ycy ny aillieurs où vous en avés rescrip plussieurs lettres, car chescon vous cognoyt assés.
Et quant au ceau je ne le vys oncques despuys que je desparty de Genesve et vous promès que jeleleyssay à Genesve à ma despartye, et ne fus ne serev jamès consentant d’ent user au daumage de la ville, et de cella vous en tenés assurés.
Ausy je suys accompagnyé de plussieurs gens de bien et des principaulx du conseilz de la ville et des plus apparans, lesquieulx ne veuldroient nullemant permectre feire chouze qui fut prejudiciable à la ville. Neanlmoyns sy l’eussyés heuz par sa devant, vous heussyés celer
Chroniques de Genève (éd. Revii.liod), 1. IV, ch. IV, t. Il, p. a3o et suiv. ; voir aussi le Journal du syndic Jean Balard dans M. b. (1., X (1854), p. 36, et le discours de Besançon Hugues, ciaprès, p. p r -Q2.
1 Areh. d Etal, Genève, P. H., n° 937. Cette lettre est imprimée dans J. -A. Galiffk, Matériaux pour l histoire de Genève, II (1829), p. 3 1 4- 3 1 8 ; nous rétablissons l’orthographe originale.
- C'est-à-dire : ou.
COM BOURGEOISIE AVEC FRIBOURG ET BERNE
les belles conclusions et aultres practiques que avés faict dempuys nostre departye, lesquelles nous savons tout de vray et le tout contre l’auctorité de nostre très redoucté seignieur et prince monseigneur de Genesve.
Mès feictes au pys que porrés, car veulliés au non, sy desmorerés vous ses subgés.et cognoistra l’on les bons et les meschans.
Sy- bien à présent, pour bien feire et mentenir l’auctorité de Monseigneur de Genesve nostre bon prince, nous avons du mal, et vous pour feire le contrayre vous avés du bien, ilz ne durera gueyres, ilz changera plus tout que ne pansés.
Vous pansiés que voullissyons parfeyre du ceau ce que aultre foys Monsieur le sincdique Montyon avoyt conseillié à Bezanson de feire: c'est la borgoessye ; car Bezanson le luy dira en presence, qui fut ly qui en rit la plus grande instance que home de Genesve. Mès soyés seurs que nous n’en avons jamès parlé et ne desirons aultre que de mentenir l’auctorité de Monseigneur de Genesve nostre prince, et de savoer que nous avons faict et pour quoyt l’on nous a faict ceste venue et au pourchas de qui il a esté faict, combien que à peuz près nous savons assés ceulx qui sont cause de tous les alfeires.
Pourquoyt nous fistes-vous trestous consenty à feire la procure de Rome 1 et puys pour ce que n’y avons voulsu renoncé sans le sceuz de Monseigneur de Genesve nostre prince, cornant vous, nous en sûmes deshors ? A tout le moyn, nous depviés-vous dire les dangiers en quoy nous estions sy ne le fessions, car vous savés bien que les plus affectionnés à feire ceste procure c'estoyent ceulx du conseilz estroit, cornant nous proverons par toute la comune qui, pour lors, estoit en presence, car la grant voix suyvit le conseilz estroit et sans leur instance ne l’eussyons jamès faict.
Vous feictes bien de nous gecter le bas sur le dos pour ce que sûmes absens. Mes soyés assurés que bien toust ilz vyrera. Car, devant Dieu et devant le monde, vous avés grant tort et grant pesché de nous et de la pouvre cité, laquelle je prie à Dieu qui la veullye protegier et garder, ensembles tous les bons habitans d’icelle.
Donné à Fribourc, ce XXVe jour de novembre.
Vostre bon frère et amys Amyé Girard, tressorier et citoyen de Genesve.
En l'absence de l'évêque Pierre de la Baume, le samedi 9 décembre, le duc de Savoie, Charles III, arrivait à Genève ; croyant avoir lassé la résistance de la bourgeoisie, il déclara qu'il voulait, le lendemain dimanche, réunir le peuple en Conseil général.
Le Conseil de Genève tint une séance ce samedi, « de nuyt, cependant qu’on crioit par la ville le Conseil général ». Nergaz, un des conseillers mam-
1 En 1524, le trésorier Boulet, un Mammelu, rit des difficultés pour rendre ses comptes; un syndic se livra sur lui à des voies de fait, d’où surgirent de nombreux incidents entre Mammelus et Eidgnots. En 1 5 2 5 , le Conseil et l'évêque décidèrent d’en appeler à Rome; le duc de Savoie en fut très irrité, plaça des soldats tout autour de Genève ; le Conseil intimidé décida de ne pas poursuivre l'appel à Rome et les Eidgnots qui avaient soutenu le plus vigoureusement cet appel quittèrent Genève { 1 5 septembre 1 5 25).
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
nlelus, dit 1 : « Or ça, Messieurs, à ceste heure se fault monstrer gens de biens; quant nous barons recogneuz Monseigneur2 pour soubverain et supérieur, nous serons en paix, sans avoir jamais plus d artarcartion ». Danncl et De b onte du ent pareillement et encoures plus avant. Sur ce, Montion prit la parolle et dit : « Messieurs, à Dieu ne plaise que moy estant sindique cela jamais se face et plustost que consentir à cela, je vous rendre le baston. » Bovier et Ballard disrent semblablement, Pensabin 3 ne dissit mot. Les Brasseurs fusrent tous estonnés, ne scevoent plus que dire et s'en allarent. Pensés qu ilz le fisrent bientost sçavoir à Monseigneur et fust ce, en partie, que le fit parler sil gratieusement le lendemain en cloistre. »
Le dimanche 10 décembre, se réunit, au cloître de Saint-Pierre, le Conseil général dans lequel le peuple de Genève, intimidé et tenu a 1 écart par les hallebardiers savoyards, « signa l'abdication de son indépendance 4 ».
Voici comment trois Eidgnots, dont Robert Vandel, parlant « au nom du commun et de leurs adhérens, » racontent cette funeste assemblée qui reçut aussitôt le nom de Conseil des Hallebardes 5 : « Très redoubté seigneur le duc de Savoye avoit esté derrierement en Conseil general ouz cloistre de Saint- Pierre, là où les citoyens et borgoys ne peuvent ouyr ny entendre ce qui pleuz audict seigneur fere dire et exposer par son chancellier, car ledict seigneur admenatz force gentilhomes qui entrarent tous en conseil devant, et les archiers serrarent les passages tellement que nulli ne pouvoit entré que eulx. Et pareillemant ledict chancelliez parloit si bas que l'on ne le povoit entendre.
« Autquel conseil, vous aultres messieurs les sindiques, ne demandastes oppignion de personne sinon desdicts gentilhommes et archiers qui cryarent « ouy » et non pas ceulx de la ville, mays tous troys cryarent au noms de eulx et de leurs adherans que non, à aulte voys devant ledict seigneur de Savoye, de quoy ils en furent fort menassés. »
Le Conseil des Hallebardes donna lieu à des protestations de la part des
1 Lettre d’un Eidgnot à un fugitif, Jean Baud, du i3 décembre 1 5 2 5 . Cette lettre est la première de quatre lettres sur les efforts des Mammelus pour perdre Genève, Arch. d'Etat, Genève, P. H., n» g5g bis. Ces lettres, écrites du i3 au 18 décembre 1 5 2 5 , ne sont pas signées.
2 C’est-à-dire : le duc.
2 Montyon, Bouvier, Balard et Pensabin étaient syndics en 1 5 25 .
4 A. Rogkt, Les Suisses et Genève, 1, p. 217.
5 Les registres du Conseil ne contiennent pas de récit du Conseil des Hallebardes ; Balard en donne un ( Journal , p. 28-3o). Celui que nous citons est contenu dans une protestation dont testimoniale fut dressée par un notaire le 3o décembre 1 5 2 5 , Arch. d’Etat, Genève, P. H., n° 962 bis.
COMBOURGEOISIE AVEC FRIBOURG ET BERNE
bourgeois eidgnots. I/une d'entre elles1 devait être lue « le mardi après la dymenche du Conseil général des alebardes, mès por ce qui l'on entendu ce qui ce volloit fere, il n'on pas tenu consel qui fut apurant ». Autrement dit, la réaction se préparait et les Mammelus évitèrent de lui fournir une occasion de se manifester.
Le duc, croyant son autorité solidement établie dans Genève, quitta la ville le 12 décembre ; il ne devait plus y rentrer.
Les Eidgnots restés à Genève tenaient les Genevois réfugiés à Fribourg au courant de ce qui se disait et de ce qui se passait. Ainsi ils leur écrivaient 2 : (( Le jour qui [le duc] partit, il dict aux sindicques et aux Brasseurs : «... Ceulx de ceste ville qui sont lhault3 ont informés Messieurs des Ligues que tout ce qu’aviés fait et faisiés estoit par mon commandemant et pour crainte et que je vous ditoys voz lettres que mandiés là-hault et que, hostés VI de ceste ville, tous estoient d’acort contre moy, vous sçavés s il est vray. Montion respondit : « Monseigneur, ilz ont bien dict d'aultres choses que ne sont pas vrayes. ilz peuvent bien dire cela. » Or y avoit-il quelcun du Conseil don ilz se doubtoient pourquoy parloient ainsy. Monseigneur adonc leur dit : « Or bien, escrivés-le donc à ces Messieurs comme vous me dites, par maistre Pierre le Sellier, lequel avons fait nostre heyrault, et je vous laisseray icy deux ou trois jours Vuillet qui vous baillera la forme. »
« Item leur dict que Bezanson FJugue dict qu il ne habitera jamais de par deçà et qu’il se passera bien de nous ; nous nous passerons aussy de luy ; les aultres aussy avec luy dient qu'ilz ne veulent point de grâce de moy, bien, ilz n'en hauront point. Ilz ne feront pas tout ce qu ilz pensent.
« L’on m a dict que Jehan Philipe donnoit \ III mille escus pour faire descendre ces Messieurs 4, nous l’en recompenserons quelque fois. Messieurs sont desja fâchés d’eulx et vouldroient qu ilz fussent aillieurs.
« Je seray icy avec la Chandelleuse [2 février], ne vous creignés de riens et soyés tousjour gens de bienz...
« S'il survient riens advertissés moy du tout et vous recourés à Mons’ de Balleyson que je vous laise icy avec Lucinge et Mesire. »
« La lettre que Vuillet avoit ditée aux Brasseurs pour envoier là-hault » fut
1 Arch. d’Etat , Genève, P. H., n° 959.
- Lettre d’un Eidgnot a Jean Baud, i3 décembre 1.125.
3 C’est-à-dire : là-haut.
4 C’est-à-dire: Messieurs des Ligues.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
revue par messieurs de Balleyson, de Maurienne et de Lucinge, « dernier le grant hostel de la chapelle du Cardinal au revitissoir ».
Après l’avoir examinée, ils pensèrent d’abord l’envoyer dès le mercredi i3 décembre, sans la montrer au Conseil; mais finalement les Brasseurs ne l'envoyèrent que le jeudi 14 décembre, « après disné tout tart, [après] avoir tenu leur conseil auquel appelèrent ceulx que de bon leur sembloit secrètement b).
Louis Chabot, un Eidgnot qui « avoit entendu pourquoy l'on tenoit ce conseil, racontra trois ou quattre de ceulx de leur rue qui alloient à ce conseil, auxquelz dict : « Vous allés au conseil ; sçavés-vous pourquoy l'on vous demande ? » Auquel respondirent que non, et ledit Loys leur dit : « C’est pour mander une lettre en Alamaigne, que Monseigneur ne nous a fait que tous biens et que ce qu’ilz ont escript là-hault contre noz gens qu’ilz y sont, qui ne l'ont pas escript par le commandement de Monseigneur ny pour crainte. » Adonc ces gens mescaniques- dirent : « Est-ce pour cela qu’on nous demande ? Mauldit soit qui entrera ! » Et s'en retournarent. »
« En ladite lettre, écrit le syndic Balard1 2 3 *, fut escript que voulions vivre soubz l’authorité, subjection et obediance de illustre, très reverend et nostre très redoubté seigneur et prince Monseigneur de Genève et soubs la protection de illustre très excellent et nostre très redoubté seigneur le duc de Savoye. »
Dans la même séance du Conseil, le syndic Montyon exposa * que nos citoyens qui sont à Berne et à Fribourg donnent à entendre aux seigneurs d’Allemagne que toute la communauté genevoise est comme ils sont eux-mêmes, à part cinq ou six, et que ce que nous écrivons est écrit sans le consentement et à l’insu de la communauté.
Les partisans du duc font, à Genève même, de la propagande et cherchent à entretenir le peuple dans la crainte dont il a fait preuve au Conseil des Hallebardes :
« Ces adversaires, écrit le i5 décembre un Eidgnot5, dient et font dire, pour nous tenir tousjours en creinte, que Monseigneur6 n’est pas loing d’icy et
que, par l’aventure, ne passera pas les montz
« Noz adversaires, écrit le même, ne sçaivent plus de qui nous menasser
1 Lettre d’un Eidgnot à Jean Baud, t5 décembre 1525.
2 C’est-à-dire : roturiers, appartenant à la classe des artisans.
3 Balard, Journal , p. 32.
* Arch. d Etat, Genève, R. C., vol. 21, f° 116(14 décembre 1 5^5).
5 Lettre dun Eidgnot à Jean Baud, i5 décembre i525.
6 C’est-à-dire : le duc.
COMBOURGEOISIE AVEC FRIBOURG ET BERNE
que de 1 empereur et de son frere, disans que ledit empereur a fiancé la seur de Madame de Savoye.... Maistre Andry le Sellier, Nergue et les aultres vont disant parmy la ville à ces pouvres gentz de mestier : « Vends ça ! N ’aymeriés- \ ous pas mieulx estre à Monseigneur le duc qui est sil bon prince que à ces gentz d'Alamaigne qui ne sont que canailles et contreignent les gentz à aller à la guetie. » — b rère Jela a dict quelque part qu’il avoit ouy dire au gardien de Chambéry que Monseigneur avoit fait acoustrer toutes les prisons de Chambéry et a 1 entouit, et avoit 1 on bien fait provisions de quatre cents tant fers que manetes poui enterrer tous ceulx que 1 on heusse peult trouver de ceste ville, et que les lettres et mandemens en estoient faictz.
« Mais nostre Seigneur Jésus nous aide par le secourt de Messieurs 1 auxquelz Dieu doint bonne vie et bonne prospérité. »
Le samedi 16 décembre au soir, « à son de trompe2, fust crié de la part de nostre très reverent et très redouté evesque et prince Monseigneur de Geneve3, sans nommer aultre, que 1 on ne deusse contracter borgoisie hors du païs et que celluy qui telle chose serait4 se contracter qu'il le deut relever5, et que nulli ne fust sil ardy de murmurer, sur la peine de confiscation de corps et de biens 6.
« Ducis7, accompaigné de 4 ou 5 sergentz du vidonna, lisoit à la crie et puys disoit aux assistans : « Vous m’en serés tesmointz ! »
« Je crois que Monseigneur de Geneve ne sçait riens de ces cries. Ce sont les Brasseurs et Monsr le vicaire que font cela. »
La crainte règne dans la ville :
« Les Brasseurs se craignent. Ilz font garder les portes de nuyt par les gaitz, mesmement celle du pont du Rosne de laquelle ont hosté la clé à Legier. » Il court des bruits inquiétants :
« Quelcun a entendu8 que Chapitre et les Brasseurs doibvent hoster les droitz de la ville de l’arche que est en la chapelle de Sainct-Michel9. »
1 C’est-à-dire: Messieurs des Ligues.
2 Lettre d’un Eidgnot à Jean Baud, 16 décembre.
3 L’évêque Pierre de la Baume était absent depuis le mois d’avril i?25.
4 C’est-à-dire: saurait.
5 C’est-à-dire : révéler.
0 Bai.ard (Journal, p. 33) mentionne aussi cette crie.
7 Secrétaire du vidomne.
8 Lettre d’un Eidgnot à Jean Baud, 1 6- 1 8 décembre i525.
9 Chapelle de la cathédrale de Saint-Pierre où était un coffre contenant les titres de la Communauté.
Mais les Genevois réfugiés à Fribourg veillent; ils encouragent et poussent à la résistance les Eidgnots de Genève; l'un de ceux-ci leur répond1 :
« Ce londi [18 décembre] au soir avons receu voz lettres ; nous ferons le myeulx que pourrons, toutefois il en y ara plusieurs qui creindront, à cause desdictes cries, par lesquelles aussy l’on defendoit que l’on ne s'asemblasse point, ne fice aulcun contrat. »
Puis l'Eidgnot exprime un regret :
« Le mylieur c'estoit que Messieurs des trois villes2 heussent envoier icy leurs ambaiseurs avec aulcuns de vous aultres, car là à ung Conseil general tout le monde heusse crié contre les Brasseurs. »
La ville fermente et les moindres incidents sont commentés par les adversaires en présence.
Quatre jours après cette lettre où les Eidgnots se montraient prêts à agir mais peu surs du succès, donc douze jours après le Conseil des Hallebardes, se produisit le plus étrange revirement. Quelques-uns des réfugiés à Fribourg revinrent, probablement à ce moment, à Genève3 * ; ils amenaient avec eux un clerc, Louis de Sergin, notaire public, fribourgeois, agissant par ordre de l'avoyer de la ville de Fribourg, et ils aidèrent, ainsi, à ce coup d’état qu’ils avaient prémédité avec les Eidgnots genevois et qui fut exécuté le 22 décembre.
Ce jour là, en effet, dans la salle de la Maison de ville1 de la cité de Genève où on a coutume de tenir le Conseil et où siégeaient Louis Montyon, Jean Bouvier, Guillaume Pensabin et Jean Balard syndics et plusieurs autres conseillers du du c(pluribus aliis ducis consiliariis ), avec Bioleis secrétaire de la Ville, survinrent plusieurs citoyens et bourgeois de la cité de Genève, tant pères, fils ou parents des honorables citoyens genevois qui séjournaient au pays des Helvétiens qu’autres, en tout quatre-vingts5.
1 Lettre d’un Eidgnot à Jean Baud, i (J - 1 8 décembre
2 Fribourg, Berne et Soleure.
Gautif.u, II, p. 222, dit que quelques-uns des Genevois réfugiés à Fribourg, dont Jean Lullin, arrivèrent à Genève avec Sergin ; en effet, on retrouve deux noms de Genevois qui avaient fui à Fribourg parmi ceux des manifestants du 22 décembre: Jean Lullin et Jean-Louis Ramel. Gautier a-t-il tait ce rapprochement ou a-t-il eu une autre source de renseignements ?
Le récit qui suit est tiré d’un acte en latin du 22 décembre i5c5 ( Arch . d'Etat, Genève, P. H., n° 960), traduit par Gai.iffe, Matériaux, II, p. 324 et suiv. ; voir aussi sur ce qui se passa le 22 décembre, R. G., vol. 21, 1 5 2 5 , l°s 118 vo-iip; Balard, Journal, p. 34-36; Bonivard, Chroniques, II, p. 222 et suiv. — A. Roget, op. cit., I, p. 219.
Leurs noms sont en tête de l’acte. Le registre du Conseil et Balard parlent de «cent ou
envirbn ».
COMBOURGEOISIE AVEC FRIBOURG ET BERNE
Jean Bandières, père d'Ami Bandières réfugié à Fribourg, était à leur tète, « accompaigné des enfants d’aulcuns de ceux qui se sont retyrez en Alemaigne1, » au nombre de trois ou quatre. Il se présenta aux syndics qui siégeaient, au nom des pères, fils, parents et amis de ces citoyens genevois qui sont au pays des Helvétiens et au nom des autres citoyens et bourgeois de cette cité. Il dit que ceux-ci avaient reçu des lettres dans lesquelles ceux qui étaient aux pays des Helvétiens s'étonnaient d’avoir été désavoués par leurs parents et par certaines personnes de la ville : «Afin que je ne devienne pas ennuyeux par mes paroles, continua Bandières, et afin d’agir plus sûrement au nom de tous les parents et amis qui sont ici, que ce propos, mis par écrit, soit lu par votre secrétaire. » Sur ce, Bandières exhiba une pièce dont la teneur est la suivante2 3 :
Messieurs les Sindicques et Conseil de ceste ville de Genesve, véez icy certain nombre de voz cytoiens et bourgoys, tam peres, filz, parens, affins,.amys que voysins des cytoiens de ceste ville que sont là-hault en Allemaigne, desquelz pluseurs ycy assistans ont recephu ces jours passés certaines missives par lesquelles dient fort estre esbays, et non sans cause si ainsi est, qui les ayent desadvoyés par lettres missives envoyées ces jours passés, de la part de tout le commun de Genesve, à magniffiques seigneurs Messieurs de Berne, Fribourg, Sallourre et Luzerne et que de telles choses ayent estez consentans, vehu qui sont gens que ne demenarent jamais meschanceté ne digneroient demener à mourir, mais plustost comme bons et fideles cytoiens de Genesve procureroient et pourchasseroient le bien de nostre très reverend et très redoubté evesque et souverain prince, monseigneur de -Genesve, et de toute la cvté de Genesve, comme sont tenuz et obligés en tout et partout, par le semblable sermant comme chesque bourgoys faict céans à sa réception entre les mains des nobles sindicques.
A ceste cause viennent pour leur descharge ycy, par devant voz Seigneuries, protester au nom d’eulx, de leurs dicts parens et adherans : que combien qu’ilz soient du nombre du commun de ceste ville, ne les ont jamais desadvoyé comme aussi ne les desadvoient, mesmement en tant qui suyvroient, procureroient et pourchasseroient le bien, proffit et honneur de ceste ville, aussi de nostre dict prince, auquel tant seulement vueillent avoir recours, cas advenant, ycy comme à nostre unicque supérieur, ainsi qu’a este de bonne coustume jusques à présent ; mais plustost, comme droyt et raison veulent, les approuvent et advoient en leurs faicts et dittz comme bons cytoiens et gens de bien et de conseil, et en toutes telles choses licites et honnestes; protestant en oultre de l’interest, deshonneur et dommaige que par telles lettres missives, aussi retins de droyt, à eulx, aux leurs et au commun est advenu ou pourroit advenir; aussi de la nullité de toutes choses faicte en ceste ville ou à faire contre nostre dict prince, aussi des franchises et libertés de ceste ville, et de ce vous demandent lettres testimoniales par vostre secrétaire ou quelque autre notaire.
1 Balard, Journal, p. 3q. — Le registre du Conseil parle de trois ou quatre enfants, dont le fils
de Jean Philippe et celui de Jean Balli. — Voir Bonivard, Chroniques, II, p. 233.
3 L’acte latin du 22 décembre donne en français le discours qui suit; c'est le texte que nous reproduisons. Aux Archives, dans le même dossier que l’acte latin (P. H., n" pfo), se trouve un feuillet contenant le discours de Bandières; c’est probablement la minute de son discours que Bandières remit au secrétaire.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
Après que cet écrit eut été lu en Conseil d’une voix intelligible par le secrétaire : « Vous nous donnerez, dit Robert Vandel en s’adressant à celui-ci, une lettre testimoniale de ce qu’a dit Jean Bandières, au nom tant de ceux qui sont en Allemagne que de ceux qui sont ici. Autrement, si vous refusez de nous la donner, celui que nous amenons nous la donnera. »
Et il montra du doigt un « Allemand » qui se tenait à l’entrée de la salle du Conseil. Le secrétaire du Conseil répondit qu’il le ferait volontiers si les syndics et conseillers le lui ordonnaient.
Le premier syndic Montyon dit alors : « Messieurs, sachez la coutume qui est ordinairement observée. Exposez ce qu’il vous plaît et ensuite vous vous retirerez dans une autre salle et une réponse vous sera faite, une fois que nous aurons délibéré sur ce qu'il y a à faire. » Robert Vandel dit que lorsqu’il s’agit de testimoniales, il n'est pas nécessaire de tant consulter.
Beaucoup de questions et de paroles furent échangées, puis, Bandières ayant parlé, les manifestants, sans attendre la réponse du Conseil et sans vouloir se retirer, se firent donner une testimoniale, raconte le secrétaire du Conseil, par cet étranger qu’ils assuraient être notaire.
Robert Vandel, en effet, s'adressa à cet étranger qui n’était autre que Louis de Sergin et lui demanda s'il était notaire ou non. Sergin répondit.- « Oui » et continua :
« Messieurs, citoyens et bourgeois, qui vous trouvez ici, vous me demandez de vous concéder des lettres testimoniales. Est-ce que vous approuvez et dites que ces honorables citoyens, qui sont maintenant au pays des Helvétiens, sont des hommes probes, de bonne réputation et renommée et dignes de tout honneur et louange ? Est-ce que vous approuvez, louez et ratifiez tout ce qui aura été fait, dit, négocié et conclu par ces mêmes citoyens, pour la louange, la faveur, 1 honneur et 1 utilité de cette cité renommée, pourvu qu’il n’y ait rien contre 1 autorité du très révérend évêque de Genève, votre prince et seigneur très redoutable, ni pareillement contre les libertés et franchises de cette cité ? »
1 ous les citoyens et bourgeois susnommés, — car les noms des quatrevingts citoyens sont inscrits en tête de la testimoniale — excepté lesdits seigneurs syndics et conseillers, répondirent à haute et intelligible voix et dirent unanimement : « Oui ! oui ! »
« Après cela, moi notaire, continue Sergin, je pris les susdits syndics et conseillers à témoin, en disant: « Messieurs les syndics et conseillers, je vous ptends à témoin de ce qui vient d être dit. » Puis tous les citoyens et moi nous
COM BOURGEOISIE AVEC FRIBOURG ET BERNE
quittâmes la salle du Conseil, y laissant les syndics et conseillers. Incontinent, dans la maison même de la ville, sur l'escalier de cette même maison, tandis qu'on écrivait les noms et prénoms des citoyens susdits, survinrent plusieurs autres hommes honorables, tant citoyens que bourgeois de la cité de Genève, qui pensaient arriver à temps pour cette assemblée et dont voici les noms. » Suivent neuf noms.
Puis le notaire Sergin, s'adressant à tous, tant ceux inscrits en dernier lieu qu'à ceux incrits d’abord, dit:
« Honorables seigneurs, sachez que si je suis revêtu de cette charge, c'est par ordre de l'avoyer de la ville de Fribourg — car je suis sujet de Messieurs de Fribourg — et dites-moi ce que sont ces hommes honorables qui se trouvent, de présent, au pays des Helvétiens ; quelle est leur réputation, qu’est-ce qu’on pense d’eux ? « Tous les susnommés, tant ensemble que séparément, me dirent unanimement : « Sachez donc que ces citoyens, séjournant de présent au pays des Helvétiens, sont des hommes honorables, des plus anciens citoyens de cette ville, de bonne et excellente réputation et renommée, dignes de toute louange et de tout honneur, et que rien n'a été fait par eux sottement. »
« Je leur demandai encore: « Dites-moi si vous approuvez tout ce et quoi que ce soit qui aura été fait et conclu par ces mêmes honorables citoyens pour la louange, l’honneur et l’avantage de cette bonne ville, pourvu qu'il n’y ait rien au détriment de l’autorité de monseigneur l'évêque de Genève, votre prince très redouté. »
<(. Tous les susnommés, unanimement et avec joie, ratifièrent et confirmèrent en mes mains tout ce que ci-dessus, et ils le confirment et l’approuvent par les présentes ; ils veulent le tenir pour bon, valide et inviolable à perpétuité, demandant que de tout cela des lettres testimoniales leur soient données. Ce qui fut donné et fait à Genève, dans ladite Maison de ville de ladite cité, sur les degrés de cette même maison, l'an et jour susdits, étant témoins égrèges et honorables Robert Vandel, son frère Pierre et Guillaume Cadod, tous citoyens de Genève.
« De nouveau et enfin, le même jour, après dîner, de midi jusqu’à 4 ou 5 heures environ, vinrent encore vers moi, notaire, des hommes honorables (suivent 27 noms), tous citoyens et bourgeois de Genève. »
Sergin leur posa les mêmes questions et tous firent la même réponse avec la même unanimité, et cela fut ajouté aux testimoniales, étant témoins égrèges Robert Vandel et honorables Besançon du Mur et Guillaume Cadod.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
« La grande majorité des citoyens susnommés, continue Sergin dans l'acte, ont attesté que les citoyens séjournant en Helvétie sont meilleurs qu aucun autre citoyen habitant Genève, vu qu'ils abandonnèrent cité, maison, patrie, femme, enfants et biens pour le maintien de la liberté de la Ville.
« Et enfin, j'ai entendu dire à plusieurs citoyens susnommés, ajoute Sergin en terminant, que si ce n'avait été tant la proximité des fêtes, pourquoi beaucoup d'autres citoyens et bourgeois vaquaient à leurs affaires, qu'à cause de la crainte des seigneurs duc et comte de Savoie, la plus grande partie tant des citoyens que des bourgeois seraient venus à moi, comme les citoyens susnommés, et auraient ratifié et approuvé. »
« Le 22 décembre est peut-être, écrit Amédée Roget1, la journée la plus mémorable de l’histoire de Genève. Ce jour-là, les citoyens ont fait un pas sur lequel ils ne sont jamais revenus. » Dès lors, la population apparaît comme transformée. La protestation du 22 décembre a permis aux Eidgnots de se compter, elle leur a montré que, parmi les hommes d’action, ils avaient la majorité; ils devaient bientôt se rattacher les craintifs, ceux qui manquaient d'initiative et ceux qui attendaient de voir où tournerait le vent.
Les Mammelus, pris par surprise, se démènent : « Hz ont tenu le conseil ché Monsr le vicaire, toute la nuyt, » écrit le 24 décembre Ami Porral2, Eidgnot de Genève, à Jean Baud, réfugié à Fribourg ; « croyés qu’ilz sont bien esbaïs et ne doubtés que Monseigneur3 en sera bientost adverty ; ilz enragerontse Dieu plait. Vuillet n'est plus icy ; le vidonne est tousjour dedant, gouteux ; Dieu l'y maintieigne ! Balleyson est icy.
« Ilz ont défendu aux navetiers * qui ne passassent personne de nuyt sur l’eau ; ilz se creignent. Dieu leur doint ce qu'ilz ont amérités ! S'il Dieu plait, ilz s'apaiseront.
« Le procureur fiscal examine aussy noz gens qui furent au conseil de la ville, qui les y demanda, s il sçavent qui avoit en nostre escript, et tout plain d aultres interrogatz illicites et dient à ceulx qui ne leur veulent respondre à
1 Op. cil., I, p. 222.
Il y a aux Archives de Genève, P. H., n» 961, sept lettres (du 24décembre 1 5 2 5 au 10 février înu) d Ami Porral, qui, sous le pseudonyme de Déluge, écrit à Jean Baud ; elles ont été publiées Par Oauffe, Matériaux , II, p. 336-354. Nous en donnons quelques fragments. On pourrait être tenté d attribuer à Ami Porral les lettres d un Eidgnot à Jean Baud que nous avons citées ci-dessus.
s Le duc.
* C'est-à-dire : aux bateliers.
COM BOURGEOISIE AVEC FRIBOURG ET BERNE
leur appétit qu'ilz les feront parler par force. Messieurs1 pourront bien cognoistre à cecy comme nous sommes tractez. Je crois, moy, qu'après ce qu ilz nous haront contraintz à renuncer noz parentz, voisins et arnys, qu ilz nous contraindront, puys après, à renuncer Dieu. »
Les Eidgnots de Fribourg et ceux de Genève communiquent constamment. Le 3 février, le même Ami Porral écrit « au sire Jehan Baux ou au sire Bezanson Hugues » :
« Mescredi dernier passé, vous avons rescript par l’heyrauld. Le garson de de Castro n’est encoures point revenu devers vous. Monseigneur de Geneve 2 arriva jeudi [ier février] à vespres et est lougé au Seau. Ilz estoient bien VII ou VIII vingts chevaulx que luy allarent au devant, mais entendés que la plus part estoit des nostres, aussi disoit hier Biolesii à Porterii que n'y estoient allés que des Guenostz. Danel ny Nerguaz n y allarent point combien qu’ilz font tousjours bonne trogne par dehors ; je ne sçay du dedant.
« Messieurs de Salleneuve et Balleyson vindrent avec luy3 qui le tieignent sil très tant de prest que Robert Vandely ne luy pouvoit parler.
Toutefois hier, apres disné, nostredict seigneur entrerompit le jeux avec lesdicts Salleneuve et Balleyson et, feignant d’aller espancher d’eau, vint parler, en une chambreste dernier, audict Robert. Le premier mot fust : « L’on m’ha dict que tu avois fait un examen parmy la ville, sans mandement, contre mon auctorité. » A quoy respondit, à le faire court, qui ne se trouveroit pas ainsy qu’on luy a donné d’entendre, et quant et quant luy lissit la proteste que fismes en la Maison de la ville laquelle avoir ouye, dict que là n avoit chose qu’il ne voulsît bien. Robert luy dict n’avoir fait aultre.
« Monseigneur dict : « Bien ! ne te soucie ; la n’a pas grand mal. Il en y a tel qu est joyeux de ma venue que se trouvera marry. »
Robert luy dict, puys apres, comme vous nous aviés mandé que vous sceussions escripre sil sa Seigneurie avoit point d’ennuys ou d estourbe quelque part, cai Messieurs vous sollicitoient d’y sçavoir, pour luy donner secourt sil mestier estoit. Don tut joyeux et dict qu il ne permetroit point perdre ung doys de sa juridicion, quant bien devroit tout son avoii dépendre après, toutefoys qu’il ne voloit point de borgoisie, sil aultrement se pouvoit faire, et qu’il avoit ainsy promys au duc qu’il n’en vouloit point. Et à tant le laissa et s’en retourna jouyer, disant qu’il luy parleroit plus à plain une aultre lois.
« Quelcun a dict que nostredict prince doibt venir dimenche au Consceil avec ces deux Balleyson et Salleneuve. S’il nous parlent de la bourgoisie, nous avons nostre responce preste.
« Monsr de Sallaneuve disoit hier à ung chanoine que Monseigneur le duc ne demandoit riens en Geneve, toutefois qu’il veult que Messrs des Ligues ne preignent point en borgois ses subjectz, comme ilz luy ont promys en leuis alliances. Oi est ains\ que plusieurs habitans de Geneve sont ses subjectz d aultant qu ilz sont netz en son pais, lesquelz prendroient à borgois en prenant la commune de Geneve de laquelle ilz sont. A cela ung enfant respondroit.
1 C'est-à-dire: Messieurs des Ligues.
2 L’évêque Pierre de la Baume.
3 C'est-à-dire: avec l’évêque.
LÈS CANTONS SUISSES ET GENÈVE
« Anthoine Versonay a esté bien malade et n’est pas encoures guery. J'entens que la maladie procedoit de mellencollie, car il avoit ouvert une lettre que le vidompne de Syon mandoit à Monsr Blecheret, en laquelle vit que ceulx de Geneve 1 11 faisoient tout ce qu’ilz vouloient avec Messieurs et qui ne tiendroit que à eulx qui ne fussent alliés et borgois.
« Gonyn Favre et Fornerat disoient hier quelque part : « Sang Dieu ! fauldra-il que ces enfans nous gouvernent ? »
« Faictes comme qui soit que soyons advertys des premier2.
« Monseigneur de Geneve dict en oultre audict Robert qu’il vous avoit desja rescript son vouloir. «
« Ce dimenche 4e de février.
« Des 8 esleus3 jeudi passé en la Maison de la ville, que soient Guillet, Bergeyron, d’Orsières, Nycod du Villard, Cartellier, Gonin Favre, L’Estelley, Carrerii, sont estés esleus trois, videlicet Bergeyron, Nycod du Villard et Carrerii, et pour le quart le sire Jehan Philippe qui a haultant ou plus de voix que pièce des aultres. Le commeung ne fust jamais myeulx d’acort en élection, car le plus de voix que le mvlieur des aultres aye heu ce n’ont estez que XI et ceulx qui n’ont voulsu donner leur voix ont criés qu’ilz se tenoient à la plus grand voix...
« Nous avons voulsu eslire le sire Jehan Philippe pour monstrer que le peuple ne vous a point desadvoyé, entendans qu’en ferés comme vous semblera de milieur.
« Le sire Jehan Philippe a heu 214 voix.
4 février.
« Après ce que avons heu fait glorieusement les sindicques, avons receu voz lettres par ceulx qui vont à Lyon...
« Il y va du bon pied : nostre cas ne pourroit myeulx aller pourveu que le duc ne nous fasse point d’ouvaille4 à la desperade...
« Noz Brasseurs ne fusrent jamais plus estonnés. Il en y a desjà tout plain des leurs qui contrefont des bons compaignons parmy les nostres, faignantz estre amys. Laies Deo.
« Le scel noveau est tousjours ché Claude le Dorier.
5 février.
« Ce matin est party l'heyrauld de Berne par lequel vous avons escript.
« A ceste heure a esté tenu le Consceil general 5.
« L’on y a tenu propost de tout plain de choses, mesmement des articles de Monseigneur le Duc1'. Monseigneur de Geneve a crié à haulte voix : « Y a-il icy personne de vous qui les veuille avoier ? S’il y est, qui parle ardiment ! » A quoy n’ha respondu personne, mais hont tous criés qui ne les avoient jamais entendus ny advoyés, et beaucopt d’aultres choses que seroient trop longues à reciter...
1 C est-à-dire : ceux de Genève qui étaient à Fribourg et à Berne.
Les Eidgnots restés à Genève demandent à être les premiers avertis du consentement de 1 tibourg et de Berne à la combourgeoisie, à laquelle ces deux villes devaient apposer leurs sceaux
quatre jours plus tard.
1 1 s agit de 1 élection des syndics. Jean Philippe était un des réfugiés à Fribourg.
Ouvaille ou orvale signifie: ouragan, ravage, désastre, accident.
J Le Conseil général avait été tenu la veille.
Les articles votés au Conseil des Hallebardes.
COMBOURGEOISIE AVEC FRIBOURG ET BERNE 89
« Le peuple se ranforce tousjours myeulx pour nous. Dieu vous doint bien faire de vostre cousté. »
6 février.
« L'on dit que Guillaume Dana et Nergue actendent Monseigneur1 à Saint-J ullien. Hz sont après pour nous brasser quelque broet. Dieu nous veuille aider, car nous avons affaire à gentz mal piteux. »
[ Samedi ] 10 février.
« Jeudi passé à 6 heures devers le soir, receumes voz lettres des bonnes novelles don remercions Dieu. Le capitaine Wullens fist l'angel Gabriel. Nous luy donrrons quelque chose, etc.... Chascun fust fort joyeux, excepté etc .
« Hier — arrivarent les capitaines2 dont fusmes fort joyeulx. Nous tîsmes, à soir, bon gait, comme pensons tousjours faire. Nous leurs mandâmes du vin et, à ce matin, l’ypocras.
« Nous ne sçavons encoures point silleduc, que est à Chambéry, fait point d’armée .
« Deux sindicques avec Guillaume Hugues et mov allâmes dire à Monseigneur de Geneve qui ne luy despleut point sil faisions le guet, mesmement pour ce que le serviteur de Salleneuve avoit dict que arions icy bientost des gens du Duc. Il respondit que le vouloit bien, mais que l’on le fît sans bruyt avec les sindicques, comme est de coustume.
« Ces Mamellus experent de rompre ladicte borgoisie, qu’est impossible. »
10 février.
« Noz freres et amys à ceste heure après disné avons estez assemblez....
« Avoir cecy bien considéré et entendu que les Savoyens sont tous prestz, avons estés de resolucion avec lesdicts seigneurs capitaines d’avoir trois cents hommes et cent coulouvreniers de Lausanne. Il n’est possible que cecy s’eschappe sans guerre. Nous vous prions, donnés bon ordre partout. Dieu nous veuille aider et bientost ! Nous sons mal de ce que nostre prince3 n’est pour nous, mais nous ferons le myeulx que porrons.
« Ce seroit une grosse vergogne à Messieurs de trois villes de défaire ce qu’ilz ont fait avec sil grosse peine et gros consceil.
[Signé :] le Deluge de la part de toute la bende.
A Genève, la situation était d’autant plus difficile que l’évêque, qui avait témoigné de l'estime pour les émigrés1, semblait cependant contraire à la combourgeoisie ; il avait, disait-il, promis au duc de s'y opposer; son attitude était embarrassée et embarrassante. MM. de Sallenove et de Balleyson le tenaient
1 Le duc.
■ Capitaines fribourgeois et bernois venus à Genève.
3 L’évêque.
3 Bai.ard, Journal, p. 42-43. L’évêque dit aux syndics : « Touchant de ceulx qui se sont retirez en Allemaigne, je le tiens à gens de bien et peult estre que s’ilz ne fussent, vous eussiez plus de mal que n’avez eu. Et veux bien que vous sçachiez que leur av mandé que, réservé la bourgoysie, je tiens à bon tout ce qu’ilz feroient au proffict de ma jurisdiction et des libertés et franchises. »
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
de si près, qu'il ne pouvait parler à personne qu'ils n'y fussent1. Aussi comprend-on la joie des Eidgnots de Genève en recevant, le 8 février à 6 heures du soir, une lettre qui leur apportait de bonnes nouvelles. Quelles étaient-elles ? On peut le deviner, car, ce jour même, les Genevois réfugiés à Fribourg, se croyant assez sûrs du succès, « agissant au nom de toute la communauté de Genève, » avaient fait bien sceller et bien buller, par Fribourg et Berne, le traité
Lettre autographe de Besançon Hugues.
de combourgeoisie avec Genève"2. Fe 21 février ils rentraient à Genève « sans sauf-conduict, mais tant seulement se confioyent en Messieurs des Ligues et à
la bourgoysie qu'ilz avoient pourchassée et faicte avec Messieurs desdictes deux villes3 n.
ht fé\ lier, en Conseil ordinaire, Besançon Hugues, parlant en leur nom,
Lettres d Ami Porral, publ. par Gai.iffe, op. cit., p. 342 et 353.
L(. tiaité, qui ne reçut que le 12 mars la confirmation de Genève
fi février 1526. ’
L'lard, Journal, p. 5o. — Bonivard, U, p 267-268.
porte en effet la date du
COM BOURGEOISIE AVEC FRIBOURG ET BERNE
dit 1 : « Nous n’avons peu ne seu trouver meilleur moyen pour la passification perpétuelle de la cité de Geneve que de fayre la bourgoysie et alliance avecques Messieurs des deux villes. Et devez savoir que ce n'a pas esté sans grand poyne, à cause de la contredicte que a faict Mons1 3' le duc. Et debvoit tousjours monstrer ses droys comment Geneve etoit sa subjecte, mais il n’en a point monstre. Et a esté debatue la juridiction de Mons1' de Geneve, mieux que jamais elle ne fust.
« Et pour ce que Monsr le duc s’estoit submys à l’ordonnance de Messrs des Ligues, et aussi pour ce que nous avons eu lettres et sentyment de Mons1' de Geneve nostre prince qu'il tenoit à beau et à bon tout ce que nous feryons, mais que ne fust contre son auctorité et les franchises de la cité, avons prié M essr' des deux villes de fayre la bourgoysie entre eux et la cité, laquelle bourgoysie nous ont octroyé ainsi que vous voyés icy les lettres patentes et leurs sceaux. Et prenons sur nostre vie qu'il n’y a chose que soit contre l'aucthorité de nostre prince ny des franchises de la cité. »
Le lendemain, samedi 24 février, au Conseil des Cinquante « auquel vindrent les particuliers accompagnés des citoyens et bourgoys, leurs aderans qu’estoient grande somme, easy autant que en ung Conseil general-, » c’était, en effet, une assemblée d'environ 320 citoyens ou bourgeois — Besançon Hugues, « en français et élégamment », s’exprima ainsi en son nom et au nom des autres citoyens et bourgeois qui étaient revenus « d’Allemagne :i ».
Messieurs, comme vous sçavés, yl y a l’environ de cinq ou de six mois, le lendemain de la Saincte-Croix, 1 5e de septembre dernièrement passé 1 5^5, que nous partimes d’ycy à grand haste par divers chemins, sans sçavoir l’ung de Faultre, 11e ou nous debvions seurement tirer pour evadir la fureur de très illustre prince nions1' de Savoye, lequel, comme nous fusrnes advertys par quelques arnys, estoit délibéré, au pourchatz d’aulcuns de ceste ville, nous fere prendre par ses gentz qu’ilz envoya au pont d’Arve, et après, de nous faire mourir innorninieusement, pour ce que n’avions voulsuz renoncer sans nostre prince à une appellation interposée à Rome 4 par nostredict prince monsr de Geneve et la communalté de ceste ville
1 Bàlard, Journal, p. 5o-5i.
2 Ibidem, p. 5 i . — Dans le registre du Conseil, vol. 21, 1 5i(5, f° 1 3(5 v°, on voit apparaitre à l’occasion de cette séance du Conseil le terme de Conseil des Deux Cents. « Sabbati XXII il febr. [52(5, in donio civitatis communi consilium ducentenorum, admodum generale, pro arduis negosiis civitatis célébrât... »
3 Le registre du Conseil, vol. 21, 1 5 z t > , f° 1 38, contient les noms de dix-sept de ceux qui étaient revenus « d’Allemagne #. Le discours de Besançon I lugues est en français dans le registre du Conseil, f08 1 38- 1 3c) ; il est publié textuellement dans Gautier, II, p. 23i-23q. — Voir aussi: Gai.iffe, Be^anson Hugues libérateur de Genève, dans M. D. G., t. XI, p. 282 et suiv.
4 Voir, ci-dessus, p. 77, n. 1.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
contre le consceil résidant de Chambéry, sus les excès et innovations qu'il nous faisoient contre noz libertés et franchises, en supportant ung nommé Bernard Boulet paravant trésorier de céans.
Messieurs, ce n’estoit pas jeu, car les archiers et commis dudict seigneur Monsr de Savoye nous suyverent jusques à Sainct-Glaude et de Sainct-Glaude à Besanson et par delà, d’où nous failloit chemener jour et nuyt parmy les bois en temps de pluye, non sçavans où tirer seurement ; toutefois nous advisàmes que nous avions des amys marchans à Fribourg, pourquoy tirâmes telle part, et estre là arrivés, non estans pas encoures bien asseurés, nous adressâmes à la Seigneurie pour avoir lectres de seurté, lesquelles de leur grâce nous fusrent oultroyés et concédées.
Orne doubtés que lesdicts seigneurs, comme vrays protecteurs des cités de l’Eglise, voulurent bien sçavoir de nous comme les choses estoient passées et pourquoy estoions ainsy deschassés; lesquelles choses avoir bien entendu, procurarent envers Messieurs de Berne de faire venir aulcuns ambassadeurs par devers mondict seigneur Monsr de Savoye estant pour lors [à] Annessy, tant pour faire retirer sesdicts gentz d’armes foucignerans qu’il avoit mis au pont d Ai \ e vous faisantz tout plain de maulx, que pour fere laicher plusieurs de ceste ville qui à ceste cause avoit fait emprisonner et enferrer sur ses pays, comme Loys Chabod à Geay,
Pierre Mabosson à Seysel, Beffant [à| Annessy et ung chappelier nommé Johan Ballon à Gailliard qui avoit esté pris ung dimenche dans la sacristie de l’eglise de Notre-Dame-de Grâce, cependant qu’on chantoit la grand’messe, aussy pour sçavoir en quoy avions delinquitz afhn de y donner et mettre bon ordre, comme après fïsrent de leur grâce dont sûmes tenus et obligés à eulx.
Messieurs, à le vous fere court, lesdicts ambaisseurs estre retornés et lesdicts seigneurs de Berne et Fribourg estre par iceulx bien informés du tout, voyans aussy que une cité de Genet e n estoit point subjecte à ung duc de Savoye, comme leur hsmes apparoir evidentement, advisaient de leur bien qui n y avoit aultre moyen pour nous mettre en repost en ceste ville, desoubz ung prince d’eglise, comme ont estés noz prédécesseurs, synon que de nous prendre et accepter pour leurs borgeois, sans se arrester aux promesses et transactions de ces gins maistres, que ne sont à présent de longue durée, laquelle bourgeoisie, avoir cougneue leur bonne volenté, avons pourchassé, et obtenue à noz propres despens, au nom de toute la communaulté de ceste ville de Geneve, dont en veés icy les lettres bien scellées et bien b u liées de leurs grandz seaulx. Or sont-elles couchées en alemant, mais je vous diray la substance d icelles, article par article, sans vous mentir de riens sur ma vie :
Ge premier article :
En tout et par tout est réservée l’auctorité, droict et juridiction de Monsr de Geneve
nostre prince, sans prejudicquer aucunement aux franchises et libertés de ceste ville et communaulté de Geneve.
Le II :
Ladicte bourgeisie est faicte pour 25 ans et se doibt fere le serment de cinq ans en cinq ans par tel jour qu’il se commencera.
Le III :
Ils seront franctz 1CY comme nous-mesmes, et nous vers eulx comme eulx-mesmes, sans - n tri b n e i les ungz aux aultres de ung seul denier, pour un copt ne pour an.
COM BOURGEOISIE AVEC FRIBOURG ET BERNE
Le IV :
Ilz doibvent defendre et maintenir ceste cite et les habitans, citoyens et bourgeois d’icelle, dessoubz un prince d’eglise, en leurs libertés et franchises envers tous et contre tous, de toute leur puissance, aux despens de celluy qui se trouveroit en tort, c’est à sçavoir de l’invaseur ou de ceulx de Geneve qui les auroient demandé en ayde.
Le Ve :
La communaulté de Geneve leur doibt aider et secourir de sa petite puissance, à sa discrétion, quant de ce seroit requise, pour la defence de leur païs tant seulement.
Le VIme :
Tantes fois quantes y plaira à ceulx de Geneve d’envoyer ung nombre de leurs gentz soubz une enseigne avec lesdicts de Berne et de Fribourg, pour aller à la guerre au service de quelque prince, seront tenus lesdicts de Berne et Fribourg les recepvoir et prendre soubz leur conduyte à telz gaiges comme eulx-mesmes.
Le VIL- :
Lausanne sera lieu de my-marche entre eulx et nous, tant seulement en cas d’apel, et là, par devant telz arbitres qui plaira aux parties eslire et députer du païs de Valloix et de Nochastel, se termineront lesdictes causes d’apel dans troys sepmaines.
Messieurs, moy et mes compaignons qui sont icy, vous promectons et maintenons sus noz vies et tous noz biens, ladicte borgeoisie estre telle et non aultrement en substance que dessus est dict, combien qui ne me soubvient pas proprement de l’article touchant la mymarche, mais l’on pourra faire translater lesdictes lettres et alors se verra tout asseurement. Or advisés, Messieurs, si vous voulés bien ainsy ratifher, accepter et approuver ladicte bourgeoisie.
Ceci entendu et supposé vrai, dit le registre du Conseil 1 , on conclut à l’unanimité, à quelques exceptions près, d’accepter, de ratifier et d’approuver, avec actions de grâces, la combourgeoisie, étant données les circonstances, comme très utile et nécessaire à la Communauté.
Le secrétaire de la Communauté, Etienne Bioleys, s'étant récusé, ce fut Ami Porral qui le remplaça. On décida encore de convoquer, avec le consentement de l'évêque, pour le lendemain dimanche, le Conseil général. Cette convocation devait être, ce samedi même, criée dans les rues de la ville et, le lendemain dimanche, annoncée au son de la grosse cloche.
R. G., vol. 21, f° 139 \o (24 février 1526).
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
Puis, Besançon Hugues reprit les lettres de combourgeoisie, pour les produire, le lendemain, en Conseil général.
« Le Dymenche 25 de febvrier1, fust demandé la grosse cloche à Monsr de Lutry, chanoyne, lequel gardoit la clef de ladicte cloche. Et ne la voulust bailler mais avoit mis garnison au clochier pour la deffendre et de non la vouloyr bailler. Parquoy fust gros mutinement et effroy en l'église de S. Pierre en armes, en telle sorte que Monsr de Lutry tust contrainct faire ouvrir la porte et bailler la cloche. »
Une telle foule se rendit dans le cloître de Saint-Pierre pour ce Conseil général qu'il fut impossible au secrétaire de noter les noms de ceux qui y prirent part. L'évêque assistait.
Le syndic Girardin Bergeyron 2 donna la parole à Besançon Hugues qui, à haute et intelligible voix, répéta ce qu il avait dit la veille dans la Maison de ville. Pareillement, d montra les lettres de bourgeoisie et en proclama la substance et teneur, prenant dans la feuille, article par article; il dit qu'il avait agi « à ses propres frais », qu il ne réclamerait rien à la Communauté; enfin, il assuia, sous peine de perdre la vie et ses biens, que la combourgeoisie ne contenait pas autre chose que ce qu'il avait dit.
Ceci dit et bien compris, le syndic Bergeyron cria à haute voix : « Messieurs, voulez-vous approuver, accepter et ratifier cette bourgeoisie ? » Auquel répondirent presque tous : « Guy ! ouy ! »
Ensuite, de nouveau, Bergeyron et Besançon : « Messieurs, que ceux qui ont voulu la bourgeoisie lèvent les mains en signe de ratification ! » Peu nombteux fuient ceux qui ne levèrent pas les mains. «Nous voulons, nous approu-
\ons . » Ensuite Beigeyion et Besançon : « Messieurs, que ceux qui ne veulent pas la boutgeoisie, lèvent les mains !» Il y en eut au plus six qui levèrent les
mains en signe de refus.
L évêque îetusa d abord de consentir à la combourgeoisie pour autant qu elle était contractée contre son autorité et sa juridiction. Ensuite, se ravisant, d dit : « Toutefois3 si vous estes en possession de faire et contracter borgeoisies sans vostre prince et que ainsy le portent voz francises escriptes ou non escriptes
et aussy voz fihertes auxquelles ne veulx point deroguer ne contrevenir, faictes- L, je m en reporte a vous, en tel caz ne m'oposé-je point. »
rgeoisies
français dans le registre du Conseil.
COM BOURGEOISIE AVEC FRIBOURG ET BERNE
Besançon Hugues ayant assuré l'évêque que ladite combourgeoisie n'était, en aucune façon, contre son autorité ou juridiction et que les citoyens ont le droit de contracter de semblables combourgeoisies sans leur prince, le versatile évêque s’en alla satisfait.
Conclusion de cette assemblée du Conseil général :
La combourgeoisie fut approuvée et ratifiée, avec actions de grâces, par la Communauté, comme licite et nécessaire. La Communauté demanda de faire faire un grand sceau pour sceller les lettres de combourgeoisie.
Pouvoir fut donné aux syndics d’élire quelques-uns des conseillers qui iraient, là-haut, à Fribourg et à Berne, pour jurer, au nom de la communauté de Genève, la combourgeoisie.
Ami Girard, trésorier, fut réintégré dans sa charge de trésorier et il accepta.
Jean Philippe fut de nouveau constitué syndic, et noble Franc, qui avait été élu provisoirement à sa place tant qu’il était à Fribourg, fut révoqué. Jean Philippe accepta.
Besançon Hugues emporta de nouveau chez lui les lettres de combourgeoisie; il les gardait jalousement, jusqu'au moment où la combourgeoisie serait jurée.
Le 27 février, le Conseil 1 décide que les chaînes doivent rester tendues, jour et nuit, dans la ville.
Le 7 mars, arrivait, de la part de MM. de Fribourg, un héraut annonçant que les ambassadeurs de Berne et de Fribourg se trouveraient à Genève le dimanche suivant, « pour recepvoir le serment de la bourgoysie ».
De Genève furent envoyés « en ambassade aux deux villes2, huict personnages esleu pour semblablement fayre ledict serment de ladicte bourgoysie, afin que de ça et de là se fist le serment tout en ung mesme jour. Ft partirent lesdicts de Geneve le 9 mars ».
Le 1 1 mars les ambassadeurs de Berne et de Fribouro- arrivèrent.
« Et leur allèrent au devant Messls les sindiques3 à tout leurs bastons de sindiqual, accompagné des citoiens et bourgeoys à cheval. Ft furent au devant
1 R. C., vol. 21, 1526, f° 142 v°.
2 Balard, Journal, p. 53.
3 Ibidem, p. 54.
les Cantons suisses et Genève
desdicts seigneurs avyron de 200 collovreniers ayant allecretz 1 avec le penon desdicts porté par leur banderet. L'artillerye de la ville sallua lesdicts Seigneurs et à gros triumphe et honneurs furent receus. »
Le lundi 12 mars, le Conseil général s’assembla au cloître de Saint- Pierre et Sébastien de Diesbach, chef de l’ambassade bernoise, parla en ces termes 2 :
« Magnifiques seigneurs sindicques, consceil et communaulté de ceste ville, noz singuliers amys et très chers comborgeois, nous sons icy envoyés par devers vous de la part de magnifiques seigneurs Messrs de Berne et de Fribourg noz supérieurs, principalement pour prendre et recepvoir le serement de la bourgeoisie faicte dernièrement entre vous et eulx que sera la conclusion d’icelle, aussy pour vous faire sçavoir le bon voloir que nosdicts supérieurs ont de vous maintenir de toute leur puissance, envers tous et contre toulx, en voz libertés et franchises et aussy en vostre bon droict, vueuillans en ceste sorte vivre et mourir avec vous.
« Toutefois vous prient que, pour ce, ne soyés que plus humbles, plus saiges et plus paisibles, non vueuillans mal traicter ceulx de ceste ville voz citoiens et bourgeois qui vous ont estes contraires en cest affaire de bourgeoisie, mais les laisser par telz qu’ilz sont. Vous sçavés qui n’est jamais sil beau bled qui n’ait tousjours quelque ordure.
« Or donc, Messieurs, présupposé, comme l'on nous a dict, que soyés assés informes et insti uictz du contenu de ladicte bourgeoisie par le seigr Besanson et ces aultres gens de bien qui estoient par devers nous quant elle se passa, ne \ oules-\ ous pas bien, à ceste heure, jurer et promettre de tenir et observer icelle bourgeoisie ainsy qu’on vous a dict estre faicte ? »
1 ous d une seule voix lui répondirent, à haute voix : « Ouy ! ouy ! »
Ensuite le meme noble Sebastien ambassadeur, au nom que dessus poursuis ant, ayant entendu cela, leur dit : « Levés donc les mains3 tous et dites après moy . « En ensuyvant nostre bourgoisie et le contenu d’icelle, nous promectons la tenir, maintenir et observer; ainsy nous soit Dieu en aide, la vierge Marie et tous les sainctz de paradis. » Lesquelles paroles furent prononcées apiès lui, à haute voix et successivement par tous les assistants, représentant
1 Halecret, espèce de corcelet léger dont
se servaient autrefois les piquiers dans l’infanterie
française.
Ge discours est en français dans le regis Ces paroles de Diesbach sont en francai
;gistre du Conseil, vol. 21, 1526, f° 148 v°. çais dans le registre du Conseil.
COM BOURGEOISIE AVEC FRIBOURG ET BERNE
toute la Communauté, pour forme de serment et de vraie promesse de la bourgeoisie.
Ce qu étant fait, et apres qu on se fût remercié de part et d'autre, lesdits seigneurs ambassadeurs se levèrent et se rendirent en hâte à leur logis (domum hospitii) pour dîner.
« Ledict jour lundi 12 de mars 1 , lesdicts seigneurs ambassadeurs furent conviés au sopper en la Maison de la ville ou leur fust faict honjnestej banquet avecques une exemple similitude moralité ou joyseté touchant les griefz que Geneve a supporté le temps passé et de la bourgoysie et alliance faicte entre Messrs des Ligues et Geneve, tout à l honneur de Monsieur de Geneve nostre prince, de Messieurs des Ligues et de Geneve sans blasmer nully.
« Le lendemain mardi i3 de mars fust faicte une fagle ou ung feu de joye en la plasse du Molard.
« Le lendemain mercredi Messieurs les ambassadeurs de Berne et advoyé de Fribourg despartirent de Geneve ausquelz, à leur departement, leur fust donné 20 escus au soleil à ung chacun d'eux pour leurs poynes. »
Faisant un retour sur le passé et sur la première combourgeoisie de 1 5 1 9 à laquelle Genève avait dû renoncer, le syndic Balard écrit2 :
« Il est à noter une chose digne de memoyre. Sy elle signifie mal ou bien j’en laisse le jugement à Dieu :
« L’an 1 5 19, le dymenche de l’octave en quaresme3 que les papistes appelle, que fust il y a sept ans, Monsr le duc de Savoye passant à tout sa gendarmerie à Gaillard la nuit, Mons1 le comte son frere donnant l'alarme à Geneve, il y avait en Geneve hospitalier de Fribourg et le chevallier de Churiq lesquieulx traicterent la paix entre Monsr le Duc et ceux de Geneve, et fust tel l’appoinctement
1 Balard, Journal , p. 55.
2 Ibidem , p. 54-55.
3 Le dimanche de 1 octave en carême est le dimanche Invocavit qui se trouve dans la semaine après l’entrée en carême, soit le premier dimanche après le mardi gras ; en i 5tq, ce dimanche tombe sur le i3 mars, en 1526, sur le 18 février.
Balard se trompe, car les événements de i5iq auxquels il fait allusion se passèrent le dimanche 3 et le lundi q avril ; en 1226, l'arrivée des ambassadeurs fribourgeois et bernois à Genève et le banquet en leur honneur eurent lieu le dimanche 1 1 et le lundi 12 mars.
Si ce rapprochement est inexact, au point de vue strictement chronologique en ce qui concerne les jours, il met néanmoins en évidence le changement politique qui s'était produit à Genève durant ces sept années.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
que, le lundi, Messrs les Sindiques allarent à Gaillard renuncer à la bourgoisie faicte avecques Messrs de Fribourg.
« Pareillement, en l'an 1 526, ledict dymenche susdict, arrivèrent lesdicts ambassadeurs et le lendemain, que fust le lundi, au lieu que en ung semblable jour que la bourgoisie fust renuncé, elle fust du tout confermée.
« A l’avanture et sans y avoir nulz regard s'est grand chose de ainsi advenir. »
Sceau du syndic Jean Philippe.