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Les auteurs des monuments

Bien qu’étrangers l’un et l'autre, les deux artistes qui furent les principaux artisans des fêtes données en 1584 ont laissé quelques traces de leur séjour à Genève, soit dans les registres de l’Etat civil, soit dans les minutes des notaires, et ces documents épars3 4 permettent de préciser à certains égards leur personnalité.

Dans son contrat de mariage, passé le 16 mars 1577 b Germain Viarrey est qualifié de peintre, fils de Girard Viarrey, natif de Troyes en Champagne, habitant de Genève. Il épousait Jeanne Amiday, fille de feu Pierre Amiday, de Besançon, demeurant aussi à Genève, où elle avait une sœur mariée à un nommé

1 « Nicolas Mangeot. — Luy soit faict parcelle de cinq florins pour le lecton [laiton] et ce qu’il a fourny pour sotenir le vaze. Travaillé aveq ses serviteurs pour la fontaine, a tant modéré, ff. 5» (Livre des parcelles, 1541-1662, 24 nov. 1584).

2 Ibidem, ad diem.

3 Conservés aux Archives d’Etat de Genève.

4 Minutes de J, Jovenon, notaire, vol. 4, f° 26.

LES CANTONS SUISSES ET GENÈVE

Drouailhet. Au nombre des témoins figure noble Nicolas Pithou, seigneur de Cham Robert

Le 14 juillet 1 584, Viarrey et sa femme vendaient à Orazio Micheli, habitant, P0L11 le prix de 12? écus d or de 6 florins 5 sols, une maison tombée en ruine, sise 1 ue de 1 Hotel-de-\ die, auparavant à no. Claude Gallatin, citoyen, secrétaire d'Etat2.

Ni le peintre ni sa femme ne figurant au registre des décès, on peut croire qu’ils retournèrent en France lorsque le gouvernement réparateur de Henri IV eut assuie aux piotestants, avec le libre exercice de leur religion, la sécurité de leur vie et de leurs biens.

Jérome de Bara « Paiisien », comme il se désigne lui-même devait être ne, si 1 on en juge d apiès les documents qui vont suivre, aux environs de 1540, etsetiouvait à Genève dès i56q. Le 4 mars de cette année, il présentait au bapteme, avec sa femme Michee, un fils nomme Jean * et, le 27 mai i5yi, un second fils Abraham5. Moins d un mois après, la mère succombait à la suite de ses couches6 et, le q janvier 1573, Bara contractait une nouvelle union avec Claude, veuve de Pierre Merlin7. Il en avait un fils, baptisé le 25 décembre 1 574 et appelé aussi Jean, comme son frère consanguin8. Le syndic Jean Canal, qui devait être l'une des victimes de l'Escalade, fut son parrain. En 1576, deux jumeaux, Jean et Piene, venaient augmenter les charges paternelles !l.

On peut donc cioiie que notre personnage dut accueillir avec reconnaissance la libéralité dont il fut l’objet, quelques années après, de la part d'un autre peintre retiré dans notre ville, François Du Bois, dit Sylvius, natif d’Amiens, habitant de Genève, lequel, par son testament daté du 19 août 1584, « donne et

Nicolas Pithou (1524-1 5g8) était l'un des nombreux frères du célèbre jurisconsulte Pierre Pithou. Il exerçait à Troyes la profession d’avocat et fut le chef reconnu des protestants de cette Mlle, mais les violences auxquelles ceux-ci étaient en butte le contraignirent à l’abandon de sa demeure et de ses biens, pour mener une vie errante qui le conduisait à Genève en 1 S77. Il revint cependant a Troves vers la fin de sa carrière et c’est là qu’il mourut en 1598. - Sur Nicolas Pithou voir France protestante , VI II, p. 25 1.

3 jVlmutes de J- Jovenon, notaire, vol. 5, f° 421. — Actuellement, n“ 3 de la rue de l’Hôtel-de-Ville.

3 Titre de départ du Blason des armoiries, éd. de i58i, p. 1.

4 Reg. des baptêmes, Saint-Gervais.

* Ibidem.

heg. des deces, icpi, 23 juin: « Michée, femme de Hierosme de Bara, en la Cité chez

Dufour v.

Reg. des mariages, Saint-Pierre.

Peg. des baptêmes, Saint-Gervais.

9 Ibidem.

MONUMENTS DE L.’aLLIANCE DE I 584

lègue à Jerosme de Bara, paintre et vitrier, son bon amy, demeurant en ceste cité, la somme de cent florins 1 ».

On trouve enfin l'artiste mentionné pour la dernière fois dans un acte du 7 a\ rd i585, pat lequel d prend a bad, des hoirs Dumollard, une maison située rue de la Cité, pour le prix de 32 florins par an2.

En venant s établir dans la cite du refuge, Jerome de Bara témoignait de son ferme attachement aux principes de la Réforme, car il ne pouvait ignorer qu’il y trouverait un milieu peu propice à l’exercice de sa profession. On sait en effet combien les circonstances politiques et économiques s’opposèrent chez nous, au XVIe siècle et pendant une partie du XVIIe, au développement des beaux-arts et des arts appliqués. Menacée de toutes parts, serrée de près par 1 ennemi héréditaire qui, par surcroît, lui coupait les vivres et arrêtait son commerce, Genève ne put songer qu à sa défense et c’est au maintien de sa lioerté que durent etre avant tout consacrées les faibles ressources de l'Etat autant que celles des particuliers.

Peut-etre de Bara obtint-il sur place la commande de quelques vitraux à la manière suisse, et 1 on a vu d autre part qu il n’hésitait pas à se charger des humbles besognes d un peintre d enseignes, mais ces travaux ne pouvaient suffire a 1 entietien d une famille et c est au dehors que son chef dut fréquemment chercher l’emploi de ses talents 3 4.

Nous savons en tout cas qu il comptait à Lyon de puissants protecteurs et qu’il y fit en i 579 un séjour prolongé, puisque c'est dans cette ville et sous cette date qu’il publia un ouvrage héraldique orné de nombreuses figures, Le Blason des Armoiries, dont le succès est attesté par plusieurs éditions successives b

1 Minutes de Jean Crespin, notaire, vol. 2, f« 5 v°. — Le testament de François Du Bois a été publié par Henri Bordier, dans sa notice intitulée : Peinture de la Saint- Barthélémy , dans M. D. G., série in-4, I (1878), p. 7.

- Minutes d’Et. de Monthouz, notaire, vol. 2, f° 1J4 vu. — Bordier, op. cit., p. 9.

3 A l’exemple du peintre-graveur bien connu, Pierre Cruche ou Eskrich, dit Vase, que l’on trouve alternativement à Genève et à Lyon, entre les années 1 5 5 2 et 1 5 64. Voir N. Rondot, Graveurs sur bois à Lyon au X '.VIe siècle, Paris, 1898, in-8, et notre article sur Pierre Cruche dans le Dictionnaire des artistes suisses.

4 La première a paru chez Claude Ravot, à Lyon, 1579, in-fol., avec privilège du 8 juillet 1278 (Du Verdier, Bibliothèque françoise, IV, 219); la seconde, à Lyon également, chez Barthelemi Vincent,

1 58 1 , pet. in-fol. Nous connaissons encore les réimpressions de Paris, 1S97, in-fol. ; Lyon, 1604, in-4 et sans date (mais entre 1602-1611), J. de Gabiano et S. Girard, in-fol.; enfin de Paris, Rolet Boutonné, 1628, in-fol., qui doit être la dernière. Le P. Le Long (Bibliothèque historique de la France, III, n° 39984) mentionne une prétendue première édition sous la date de i5ii, Lyon, Claude Ravot, in-4, qui n’existe pas; le libraire Claude Ravot, protestant comme de Bara, n’a exercé, à Paris puis à Lyon, que dans la seconde moitié du XVP siècle.

LES CANTONS SUISSES ET GENEVE

Ce n’est pas ici le lieu de consacrer à cet ouvrage, malgré son intérêt, une notice détaillée. Bornons-nous à constater qu'il est dédié à Nicolas de Langes, conseiller du roi et lieutenant-général de la sénéchaussée de Lyon1, par une épître datée de cette ville, le io mars 1379. Parmi les signataires des pièces imprimées à la louange de l’auteur, on voit figurer entre autres l'avocat Nicolas Pithou dont nous venons de mentionner la présence à Genève en 1 577 2, ainsi que le célèbre François Beroald dit de Verville, qui s’y était réfugié en 1 373, à l’âge de 1 7 ans 3. C'était une intelligence singulièrement ouverte, un esprit encyclopédique et l’on comprend qu il se soit senti tout naturellement attiré vers les quelques artistes et artisans d art que les persécutions religieuses avaient contraints comme lui de s’établir dans le milieu austère de la Rome protestante.

Le Blason des Armoiries contribuera davantage à conserver le nom et la mémoire de Jérôme de Bara que le modeste monument auquel l’auteur a collaboré lors des fêtes de 1 Alliance de 1584, mais cette fontaine tournante est un des plus curieux souvenirs qui subsiste de l’événement célébré par nos pères et c’est à ce titre que nous avons cru devoir la mieux faire connaître.

1 Sur Nicolas de Langes, voir Papire Masson, Elogia , Paris, i638, 2 vol. ln-8 et Du Cange, Historia Byjantina, Paris, 1680, in-fol., I, p. 214.

2 Voir, plus haut, p. 140.

3 France protestante, 2e éd., II, p. 405.

Fontaine de la Maison de Ville en i652.

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