VICTOR VAN BERCHEM
Les coupes de l’Alliance de 1584
Les coupes de l’Alliance de 1 5 84 1.
Au nombre des monuments qui rappellent l’alliance perpétuelle de i58q entre les villes de Zurich, de Berne et de Genève, il faut placer les deux doubles coupes en argent doré dont Genève fit cadeau à l'abbaye zuricoise de lEscargot et à la Seigneurie de Berne. Ces deux pièces historiques ont figuré, l’une à côté de 1 autre, à 1 Exposition nationale suisse de 1896, dans le groupe de l’Art ancien. Voici comment le catalogue spécial de ce groupe les décrit :
Coupe de Zurich.
Double coupe sur pieds, en argent repoussé, ciselé et doré, ornée de mascarons, de rinceaux, etc. ; sur chaque pied, deux écussons émaillés, aux armes de Zurich et de Genève, réunis par une paix et surmontés d’un soleil portant le monogramme ÎHS et l'inscription gravée : christus casta fides arctis concordia vinclis. has foveant iunctas perpetuoque beent. Poinçon de Nuremberg, deux marques d’orfèvres, dont celle de Jacob Frohlich, et la marque d'exportation de Strasbourg2.
Coupe de Berne.
Double coupe en argent repoussé, ciselé, gravé et doré, ornée de mascarons ; sur les pieds les armoiries gravées et émaillées de Berne et de Genève, réunies par une paix émaillée, surmontée d’un soleil portant le monogramme IHS, le tout entouré d’une banderole portant
1 Les résultats de ce travail ont été communiqués à la Société d’histoire et d’archéologie de Genève, le 28 janvier 1897, et utilisés dans Exposition nationale suisse, Genève i8g6. Catalogue de l’Art ancien, Groupe 20 , Genève, 1896, in-8.
' Ibidem, p. 201, n° 2100. Cette coupe a été reproduite: 1° dans L’Art ancien à l’Exposition nationale suisse. Album illustré (Genève, 1896, in-fol.), pl. 5o, n° 2100 : 2° avec un commentaire, dans [Dr G. Kedler-Escher,] Der Silberschatj der Gese llschaft der Schildner p uni Schneggen in Ziirich, seine Entstehung, seine Schicksale und sein jetpger Bestand (Zurich, 1913, in-4), p. 36, n» 3. C’est d’après la belle phototvpie de cet ouvrage que nous avons reproduit la coupe de Zurich, avec l’autorisation bienveillante du comité delà Société de l’Escargot. — Jacob Frohlich, orfèvre à Nuremberg, maître en 1 555, juré en 1570; voir M. Rosenberg, Der Goldschmiede Merkjeichen (Francfort-sur-le-Main, 1890, in-8), p. 2.S2.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
l'inscription : has. foveant. iunctas. perpetuoq. beent. 1584. christus. casta. fides. arctis. concordia. vinclis. Poinçon de Nuremberg, marque de l'orfèvre Hans Straub ; marque d'importation de Strasbourg, marque de l’orfèvre strasbourgeois Paulus Graseck1.
Malgré l'analogie qu'elles présentent, les deux coupes ne sont donc pas pareilles. Elles proviennent de la même ville, mais non du même atelier. Les dimensions et le poids n'en sont pas identiques. Mais les différences les plus frappantes sont celles qui existent dans les travaux accessoires, exécutés après coup, à Genève, d'après les instructions du donateur, sur les coupes venues de l'étranger. Tandis que sur la coupe zuricoise l’inscription est frappée au pourtour du pied, sur celle de Berne, elle est inscrite dans une banderole qui entoure les écussons des deux villes ; en outre ladate de 1 584, qui fait partie de l’inscription de la coupe de Berne, manque sur la coupe de Zurich.
Pourquoi ces différences si les deux coupes ont été données simultanément, à l'occasion du même événement ? Afin de résoudre ce petit problème, qui touche à l’un des actes les plus importants de 1 histoire politique de Genève, il vaut la peine d’interroger les documents d’archives et de grouper les textes qui ont trait à ce double don.
En 1873, dans un discours prononcé à l'assemblée générale de l'abbaye de l'Escargot, Georges de Wyss a fait de la coupe de Genève, conservée dans le trésor de cette société, le point de départ d'une intéressante esquisse des relations que Genève entretint avec les Suisses jusqu’à l'alliance de 1584. En l'absence de renseignements précis sur les origines de la coupe, il admettait que celle-ci avait été présentée aux Zuricois au début de l'année 1 58 5 , en témoignage de reconnaissance pour l'union qui venait d’être scellée et en souvenir de la réception offerte, à l’abbaye de l’Escargot, aux députés genevois et bernois venus pour jurer le traité2. Mais un fragment du registre du Conseil de Genève, publiédès lors par M. Henri Fazy3, prouve qu'en réalité l envoi de cette coupe a précédé de plus d'un an la conclusion de l'alliance. Rappelons brièvement les circonstances dans lesquelles cet envoi fut décidé.
1 Catalogue Je l’Art ancien, p. 2o3,n°2io8. — Hans Straub, orfèvre à Nuremberg, maître en 1 568, juré en 1 ->86, mort en 1610; Paulus Graseck, orfèvre à Strasbourg, maître en 1 5 5 9 (Rosenberg, op. cit., p. 255 et 348).
G. von Wyss, Vortrag vor der Gesellschaft der Boche gehallen im grossen Bote derselben am i.i. November 1 8j3 (Zurich, in-4), p. i3. L’inventaire du trésor de la Société indique, cependant, 1 année r 583 comme date d'entrée de la coupe de Genève (Keli.er-Escher, op. cit., p. 3j).
1. alliance de 15S4 entre Berne , Zurich et Genève, dans Bulletin de i Institut national genevois, XXXI 11892), p. 277 et suiv.