‹ La Maison de ville de GenèveChapitre 92 sur 118 · COUPES DK L’ALLIANCE DE I · texte numérisé non relu

COUPES DK L’ALLIANCE DE I

Depuis un quart de siècle, les progrèsdela restauration catholique en Suisse avaient fait échouer toutes les tentatives des Genevois pour élargir le cercle de leurs alliances avec les Cantons. I /antagonisme entre confédérés de l’une et de 1 autre confession et les liens étroits noués par les cantons catholiques avec le duc de Savoie, poussaient Genève à rechercher avec d’autant plus d'ardeur l’appui des villes protestantes, en particulier celui de Zurich, l'important « premier canton» ( Vorort ), où depuis longtemps la cause de Genève éveillait un intérêt sympathique et comptait de chauds défenseurs. Des entretiens particuliers ayant frayé la voie à l'idée d'une alliance entre les deux villes, les Genevois engagèrent la négociation en 1 58 1 G Les préparatifs militaires du jeune duc Charles-Emmanuel contre Genève et le Pays de Vaud, durant l’année suivante, achevèrent de convaincre les magistrats zuricois de la nécessité de s’unir aux Bernois pour mieux garantir l’indépendance de la petite république.

Au mois de janvier 1 583 , les conseillers Michel Varro et Michel Roset et le secrétaire d'Etat Paul Chevalier, ayant obtenu audience du Deux Cents de Zurich, le prièrent de « recevoir Genève en leur alliance » au même titre que les villes de Saint-Gall, de Rottweil et de Mulhouse1 2. Berne donnait son assentiment à cette extension de sa propre alliance avec Genève. La réponse officielle du Grand Conseil fut assez réservée. Cependant, parlant en particulier aux députés de Berne, qui avaient assisté à la séance et plaidé la cause de leurs combourgeois, les magistrats zuricois les assurèrent « qu’ilz avoyent arresté de nous recevoir [Genève] en alliance, mais qu’il failloit encor différer de se déclarer ; qu’ilz estoient grandement bien affectionnés envers Geneve pour la bonne police, les bonnes loix qui y estoient observées ». Ils demandaient que le secret de leur décision fût gardé jusqu’au moment où les délégués des Cantons auraient rendu leur jugement sur les griefs réciproques de Genève et de la Savoie, soumis alors à l’arbitrage de la diète.

Le 3o janvier, après avoir fait rapport au Conseil sur leur mission en Suisse, les députés genevois se louèrent de l’accueil cordial qu'ils avaient trouvé sur les rives de la Limmat : « La Seigneurie de Zurich, dit le registre3, ht un festin auxdits seigneurs ambassadeurs de Berne et [à] ceux de ce lieu, et les ont defraiés au logis où ilz ont demeuré cinq jours à 7 chevaux. »

1 Fazy, op. cit., p. 27g et suiv. ; J. -A. Gautier, Histoire de Geneve, V, p. 250-298.

2 Arch. d’Elat, Genève, R. C., vol. 78, f° 17 v° (3o janvier 1 583). Voir Fazy, op. cit., p. 288-289; Gautier, V, p. 3o8-3i2.

n Arch. d'Etat, Genève, R. C., vol. 78, fu 17 v°.

LES CANTONS SUISSES ET GENEVE

Le surlendemain, sans doute sur l’initiative des négociateurs, le Conseil prit la décision suivante1 : a Estant proposé qu’il seroit bon de faire quelque présent à Messieurs de Zurich, pour recompense de l’honesteté dont ilz ont usé envers la Seigneurie en la personne de leurs [ses] ambassadeurs, a esté arresté qu’on cherche quelques belles copes d’argent pour faire présent à leur poyle. »

Le « poyle » des Zuricois, c’était l’abbaye de l'Escargot ou de la Limace, que les Genevois appellent ailleurs le « poile des gentilshommes », parce qu’elle était le principal rendez-vous de l'élite de la société zuricoise2. La maison de l'Escargot s’élevait à côté de l’Hôtel de Ville. C’est là que, de temps immémorial, les magistrats se rencontraient, la besogne du jour achevée, et passaient gaiement la soirée tout en devisant des affaires publiques. La salle de l'Escargot, ornée sans doute d'un grand poêle en faïence, était aussi le théâtre ordinaire des réceptions offertes à ses hôtes par la Seigneurie de Zurich. C’est donc bien à celle-ci, et non à un cercle privé, que s’adressait en réalité l’attention courtoise du Conseil de Genève. Il savait le prix que les abbayes des villes suisses attachaient aux belles pièces d’orfèvrerie qui décoraient les tables dans les jours de fête. Les plus riches d entre elles imposaient à leurs membres, dans certaines circonstances, le dond un gobelet d argent; elles recevaient souvent aussi, des seigneurs et prélats de la contrée ou des étrangers en passage, en reconnaissance de 1 hospitalité dont ils avaient joui, de précieux objets d’art. Genève ne faisait donc que se conformer à un usage alors très répandu.

Il fallut quelque temps pour mettre à exécution la décision du Conseil. On lit, dans le registre, à la date du 5 avril 3 4 : « A esté veu icy ung gobelet qu’on a heu du sieur Morlot 1 pour faire ung présent au poile des gentilshommes de

1 Arch. d'Etat , Genève , R. C., vol. 78, f" 19 r° (f février i 583).

G. von Wyss, Geschichte der Gesellschaft der Bôcke, dans Vortrag vor der Gesellschaft der

Bôcke gehalten im grossen Bote derselben am 8. Mar p iSyj; suite en 1881, 1884, 1887, Zurich,

4 fasc. in-4. Voir aussi W. Tobi.er-M eykr, Der ehemalige Silberschat f der engern und weitern Constaffel in Zïirich, dans Ziircher Taschenbuch, 1893, p. 142-191. s Arch. d'Etat , Genève, R. C., voi. 78, f« 5 2 r°.

4 Jean Morlot, fils de Claude, originaire de Fontenay, en Lorraine (Vosges), marchand, reçu bourgeois de Genève le 28 février 1169, pour le prix de 25 écus et d'un seillot ; membre du CC en 1574. Le prix eleve de sa réception à la bourgeoisie indique l’importance de son commerce. Après sa mort, ses héritiers réclament au roi Henri IV le remboursement de ip.So écus d’or, avec les intérèis "el[e somme pict<e au roi en novembre 1.188, par l’entremise de quatre gentilshommes français et de Théodore de Beze. Jean Morlot avait acquis, en commun avec son beau-frère et associé aud M irlot ou Monelot, fils de trançois, originaire du même lieu que lui, une maison dans les

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