‹ La Maison de ville de GenèveChapitre 93 sur 118 · DOUBLE COUPE DE L’ABBAYE DE L'ESCARGOT, A ZURICH, I · texte numérisé non relu

DOUBLE COUPE DE L’ABBAYE DE L'ESCARGOT, A ZURICH, I

COUPES l)E L’ALLIANCE DE I 584

Zurich, qui est double, cl argent doré, auquel y a ces deux vers : Christus, casta f nies , arctis concordia vinclis, lias forçant junctas perpetuoque beent. »

Ces vers, illustrés par les deux mains enlacées qui réunissaient les écussons des deux républiques, célébraient d'avance les bienfaits d'une alliance, décidée en principe, qui devait ouvrir pour Genève une ère nouvelle : Que le Christ, qu’une foi pure et les liens d'une étroite concorde les maintiennent unies et leur assurent un bonheur constant. De même que les écussons, les vers ont sans doute été ajoutés après coup, à Genève, sur les pieds des deux gobelets. Et rien ne s’oppose à l'hypothèse séduisante de Georges de Wyss1, d’après laquelle ils auraient été composés par Théodore de Bèze, l'auteur de 1 inscription commémorative placée à l'Hôtel de Ville au lendemain de l'alliance.

Peu de jours après, les députés genevois qui retournaient en Suisse furent chargés d’emporter les précieux gobelets. Dans leur rapport, présenté le iei mai2, ils informent le Conseil qu'ils « ont aussy envoyé despuis Baden les deux coupes 3 qu’on donne à la compagnie de la Limasse à Zurich, laquelle compagnie a remercié par lettres». Le compte de leur voyage fut arrêté à la somme de 223 écus et i florin 8 sols V « A esté adjouxté à la présente parcelle », poursuit le trésorier, « 6o ecus et 4 sols 6 deniers, tant pour les deux coppes d’argent dorées données à la Seigneurie de Zurich, que pour 3 ecus et demy payé à ung

rues Basses, « en la Rivière dessous », entre le Molard et la Fusterie, près du Terraillet, avec un jardin, des dépendances et un haut banc sur la rue. Il possédait d’autres immeubles en ville et des propriétés rurales à Genthodet à Malagny. Le 3o septembre 1 583, le Conseil l’autorisa à accepter des lettres de noblesse que le duc de Lorraine lui avait concédées, à lui et à son beau-frère, en reconnaissance des services reçus d’eux et de leurs parents. Après la mort de sa première femme, Adrienne Morlot ou Morelot (3 avril 1 584), il épousa, le 26 juillet suivant, Françoise Boucher, veuve de Sébastien Honorât et dont la sœur, Geneviève, était femme du pasteur Simon Goulart, de Senlis. Il mourut le 19 juillet 1 5 79, à l’âge de 71 ans, en laissant à ses trois filles une fortune considérable pour l’époque. Dans un testament qu’il avait fait avec sa première femme, le 3i juillet 1578, il léguait 1000 florins à la Bourse des pauvres étrangers de Genève, 5oo florins au Collège et une pension annuelle de 5o florins aux pauv res de l’Eglise réformée de Fontenay. (Voir Covelle, Le Livre des bourgeois de l’ancienne république de Genève (Genève, 1897, in-8), p. 286. — Arch. d'Etat, Genève, R. C., vol. 78, f° 140 r° ; — Reg. des décès, vol. 1 5, p. 95 ; vol. 22, p. 436; — Reg. des mariages de St-Gervais, vol. 14, à la date du 26 juillet 1584; — Minutes des notaires: Etienne de Monthouz, vol. x 5 , fus 87, 88 ; vol. 16, f° 9 ; vol. 45, f°s 1 20, 1 2 3 ; vol. 46, f°s 24, 55 ; vol. 61, f°$ 75, 77, 1 35 ; Isaac Donzel, vol. 2, f° 60 ; Jehan Dupont, vol. 1, f° 332 ; J. -J. Jovenon, vol. 5, f°s4i3, 419, 467; Michel Try, vol. 5, f° 76, etc.

1 Vortrag vor der Gesellschaft der Bocke... i3. November iS~3, p. i3.

- Arch. d'Etat, Genève, R. C., vol. 78, f° 65 v°.

3 C’est-à-dire la double coupe, formée de deux gobelets.

* Arch. d'Etat, Genève, Trésorerie, vol. 20 (Livre des parcelles, 1541-1662), à la date du 10 mai 1 583.

LES CANTONS SUISSES ET GENÈVE

messagier envoyé à Me Boltry, à Montbelliard, et 4 ecus i/i à André Denerie 1 pour la fasson des escussons. Monte tout: 283 ecus 2 florins 6 deniers. » Le prix des coupes mêmes s’élevait donc à 52 écus 4 sols 6 deniers.

Citons enfin ce trait caractéristique des mœurs de l’époque, que nous empruntons a un rapport ultérieur des députés genevois accrédités auprès de la diète de Baden, en date du 25 novembre 1 583 2 : « Ilz ont aussy rapporté comme Messieurs les ambassadeurs de Zurich, parlant à M. Roset au nom de la compagnie de la Limasse de Zurich, ausquels Messeigneurs ont fait un présent, lui ont dit que ceux qui receurent ledit présent oublièrent de bailler une recognoissance au fils de M. Roset qui porta le présent. Et ainsy avoyent advisé de présenter au filz dudit seigneur Roset une piece où sont les armoiries des cantons et des alliez, et l’ont prié de la recevoir et la faire tenir à sondit filz . »

Malgré les dispositions favorables dont avaient fait preuve, en janvier 1 583, les Conseils de Zurich, il s’écoula plus d’une année avant que la négociation de l’alliance entrât dans une phase décisive. « Tant plus on va avant, il semble qu’on recule, comme si le diable jettoit les detourbiers en chemin, et est bien besoing de prier Dieu aflfin qu'il parface son œuvre », écrivait encore Roset, de Berne, le 29 mai 1584 A ce moment, pourtant, l’infatigable négociateur était bien près d’atteindre le but de ses efforts. Le traité d’alliance entre les villes de Zuiich, Berne et Genève, fondement des relations de Genève avec le Corps helvétique jusqu’à la fin de l'ancien régime, porte la date du 3o août 1584.

Dans le mémoire que nous avons déjà cite, M. Henri Fazy 4 a décrit en détail les fêtes organisées, à Genève, à l’occasion du serment de l'alliance qui fut prêté par le Conseil général, réuni au temple de Saint-Germain, le 18 octobre 1584. parcourant les délibérations du Conseil relatives aux préparatifs de la céiémonie, on lit, entre les lignes du registre, la satisfaction et la joie de la population genevoise. Le 25 septembre0, « estant parlé de faire quelque beau présent aux deux Seigneuries pour le publicq, pour tesmoigner la gratitude et souvenance qu on a de leur bienfaict envers nous — comme pourrait estre une fontaine d aigent, laquelle, en tournant, fournirait l'eau en ung festin, à l’exemple

André Diînéria, né à Genève vers Ô29, mort le 24 juillet 1 5 83 ; essayeur de la Monnaie 1 -7 1 > graveur de la dite dès i5yg à sa mort. Voir Schweiyerisches Künstlerlexikon, 1, p. 354. Arch. d Etat, Genève, R. C., vol. 78, f° i6q et v°.

Arch. d Etat, Genève , P. H., n» 2092 ; impr. dans Fazy, op. cit., p. 3S7.

4 P. 3i5 et suiv.

Arch. d Etat, Genève, R. C., vol. yg, f° i3o r°.

dès

coupes de l’alliance de 1 584

de celui [celle] de Pierre Masson 1 — neanmoins, ayant esgard à la paouvreté de ce publicq, et que peult-estre ils ne tiendront pas grand compte de ce petit présent, encor qu’il seroit de 200 ecus vallant, a esté arresté qu’on se déporté de leur en faire aucun ».

L'idée de la fontaine fut reprise, lorsqu'il s'agit de décorer la place de l’Hôtel de Ville pour recevoir dignement les délégués de Zurich et de Berne2. En outre, le Conseil tint à se conformer aux usages de l’époque en offrant à ces délégués et aux officiers de leur suite de modestes cadeaux en nature.

La députation genevoise, chargée d’aller recevoir le serment des deux villes alliées, se mit en route peu de jours après la cérémonie du 18 octobre. Elle se composait de Michel Roset, du secrétaire Chevalier et de deux conseillers du Deux Cents, De la Maisonneuve et Chapeaurouge; ces députés rendirent compte de leur mission au Conseil le 9 novembre suivant3 4. Après que le Deux Cents bernois eut juré l'alliance, le dimanche 25 octobre, « les ambassadeurs de Zurich et de Geneve », dirent-ils, « ont esté conduictz par les seigneurs de Berne (sçavoir M. le borgmaistre Toman de Zurich par M. l’advoier, M. Keller après par un autre seigneur de Berne, puis M. le syndic Roset par un autre de Berne, suivant un de Zurich et après de Geneve) au poisle des gentilshommes, qu’ilz nomment \um Narren, au disné qui estoit préparé, et ont disné en grande compagnie. Et encor le lendemain furent traictez au disner audit lieu ».

L’abbaye du Fou (\iim Narren), appelée aussi « le Chardonneret », où la Seigneurie de Berne avait fêté ses hôtes, était l'ancienne société aristocratique, dans laquelle se groupaient, à l’origine, les bourgeois qui n'avaient pas de métier h Au XVIe siècle, elle tenait une grande place dans la vie de société et dans la vie politique bernoise : tous ceux qui occupaient quelque situation dans la république, patriciens ou bourgeois, magistrats, hommes de plume ou d’épée, citadins ou campagnards, se rencontraient dans la maison du Fou, rue de la Justice, et y échangeaient de graves ou de joyeux propos. Les étrangers de marque y étaient volontiers accueillis, tel François de Bonivard, prieur de

1 Cet objet d’art est aussi mentionné dans une lettre de Roset, écrite de Berne, le 25 mai i 384, au cours de sa négociation : « La fontaine de Masson se fut trouvée icy fort à propos, mais elle servira autre part aussy » (H. Fazy, op. cit., p. 352).

2 Voir, ci-dessus, le mémoire de M. A. Cartier, intitulé : Les monuments de l’Alliance de 1584 conservés à Genève, p. 1 3 5 .

3 Arch. d’Etat, Genève , R. C., vol. 79, f° i52 r°.

4 Ed. von Wattenwyi., Die Gescllschaft juin Disteljwang, dans Berner Taschenbuch, 1 865, p. 174-200.

LES CANTONS SUISSES ET GENEVE

Saint-Victor, lorsque ses différends avec la nouvelle république genevoise l'amenèrent à séjourner à Berne ( i 538).

Le samedi suivant, 3i octobre, le Deux Cents de Zurich prêta, à son tour, serment à l'alliance, en présence des ambassadeurs de Berne et de Genève. « Le lendemain, jour de dimanche», dit le registre1, « les dits seigneurs ambassadeurs furent conviés au poisle delà Limasse où il y avoit grande compagnie de environ 3oo». Il est certain que, ce jour-là, la double coupe de Genève brillait à la place d'honneur, sur la table richement ornée des députés des trois villes. Le présent de la Seigneurie de Genève ne fut pas oublié dans la conversation, et, quand vint le moment des santés, les deux gobelets passèrent de main en main.

Les députés genevois, qui n'avaient pas été moins bien traités à l'abbaye des gentilshommes de Berne qu'à celle de Zurich, durent se dire que leurs amis bernois auraient lieu d’être surpris si la République n’avait pas pour eux la même attention que pour les Zuricois. Et ce furent eux, sans doute, qui, revenus à Genève, suggérèrent au Conseil la décision qu'il prit le 9 décembre suivant2 : « A esté proposé qu'on a heu deux beaux gobeletz d’argent doré du sieur Morlot, pour faire présent à l'abaie du Fol, qui est celle des gentilhomes de Berne, à laquelle les seigneurs ambassadeurs furent festoiés lors de l’alliance, tout ainsy qu’on en a donné à l'abaie de la Lymace à Zurich. A esté arresté qu’on les leur donne, y faisant mettre les armoiries de Berne et de Geneve. »

Cet achat est inscrit comme suit dans le Livre des parcelles du trésorier 3 4 : « N. Jo. Morlot. — Le 29 décembre i58q, conterollé une parcelle dudit, de la somme de 499 florins, pour l’achat de une coppe chargent dorée pesant 7 march l/2, poidz d'icy, et 7 march 14 lotz ung quint poidz de Strabort, à 16 florins de 16 bâches le march, montant 75 ecus moings 1 sol 4 deniers ; reduictz les ecus à 27 bâches, monte 481 florins; pour le port de Strabort icy, 6 florins ; pour les deux estuys, 12 florins ; monte tout, de quoy soit faict mandat, florins 499 »

Anselme Caille, qui allait à Berne pour diverses affaires, fut chargé « de porter le présent de la part de la Seigneurie à l’abaye du Fol * ». Mais, lorsqu’il

1 Ubi supra.

2 Arch. d'Etat, Genève. R. C., vol. 79, f° ij5 r°.

3 Arch. d’Etat, Geneve, Trésorerie, vol. 20 (Livre des parcelles, 1541-1662), à la date du 29 décembre 1 584.

4 Arch. d Etat, Genève, R. C., vol. 80, f° 10 v° (20 janvier 1 585) ; voir aussi f° 8 v° (18 janvier).

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