‹ La Maison de ville de GenèveChapitre 94 sur 118 · COUPES DE L’ALLIANCE DE · texte numérisé non relu

COUPES DE L’ALLIANCE DE

voulut le remettre à 1 avoyer de Mulinen, qui avait eu une grande part à la conclusion de 1 alliance, celui-ci objecta que ni lui ni l'avoyer de Watteville n’appartenaient à 1 abbaye du Fou. Il ajouta qu’à son avis « il seroit meilleur de faire ledit présent à la Maison de la ville de Berne », et observa qu’il avait été commis « une faulte aux armoiries, qui est l’ours lequel tourne le dos aux armoiries de Genève ».

Il fallut rectifier la position de l'ours et le tourner du côté sénestre, afin de lui faire regarder l’écu de Genève. Puis les coupes furent confiées à Roset et à Chevalier, qui repartaient pour Baden avec mission de chercher à entraîner les villes de Baie et de Schaffhouse dans la nouvelle alliance. « Passans à Berne », lit-on dans leur rapport du 3 mars1 *, « ilz ont présenté en Conseil les deux gobeletz faictz en forme de creance (sic ), dont ilz ont fait présent au nom de ceste Seigneurie. »

L’avoyer de Mulinen fut chargé de remercier les deux envoyés de Genève, et le Conseil bernois fit remettre à chacun d’eux, « en pourboire », deux écus soleil-. En outre, la lettre suivante fut adressée de Berne au Conseil de Genève 3 * * * * 8 :

Nobles, magnifficques, très expers Seigneurs, singuliers amis, très chers voisins, aliez et confédérés.

Nous avons cejourd’hui receu le don de deux très exquis vaissaulx d’argentiere, bien aordnez, qu’il vous a pieu nous envoyer et faire présenter par Nobles Michel Roset et Paul Chevalier, voz sindicque et secrétaire d’Estat, en commémoration de la mutuelle aliance et confédération nouvellement jurée entre les trois villes Zurich, Berne et Frybourg [,v/c, pour Geneve], pour tesmoingner vostre sincere amitié et affection envers nous. Lequel présent nous avons accepté de la mesme volunté qu'il vous a pieu le nous offrir, et duquel nous vous remercions de toute affection, avecq bien bon désir de recongnoistre ceste vostre libéralité selon

1 Arch. d’Etat, Genève, R. G., vol. 80, f° 35 v°.

« Zu einem trinckgeldt jedem zwo Sonnen kronen », Arch. de Berne, Ratsmanual, vol. 40Q,

p. 1 5 5 (samedi 27 février r 585 ), où la démarche des deux envoyés genevois est rapportée comme

suit: après les salutations d’usage, ils remettent au Conseil de Berne: « zvven hoch silberin gantz

übergiildt becher, gwonlich dopplet genamt, zu einem wortzeichen ires dankbarlichen wolgeneigten

willens, die vilvaltige bewyssne muey, liebe und trüw gegen der Statt Genff, die selb inn gutte sicherheit wolstand unnd uffnung zebringen und darinnen zueerhalten etc., mitt angehenckter bitt, die gerinfuege dess presentz nit ze achten, sonders den geneigten gütten willen irer Herren unnd Oberen minen g.

herren angeneme willige miigliche dienst zübevvysen, unnd wellind also inn der liebe und friindtschafft furfharen etc. » Voir aussi Deutschseckelmeisterrechnung, 1 58 5 , ire moitié, à la date du 27 février (Communication de M. le 1> H. Türler, ancien archiviste d’Etat du canton de Berne).

8 Arch. d'Etat, Genève, P. H., n° 2096; la minute existe aux Arch. de Berne, Weltsch Missivenbuch, H (1584-1593), p. 22. La lettre ne doit pas être antérieure à la séance du 27 février; elle fut lue au Conseil de Genève le 8 mars (R. C., vol. 80, f° 37 et v°).

nos moiens, aux occasions qui s’offriront pour vous rendre debvoir et service de vrais et parfaictz alliez et confederez, d’aussi bon cueur que prions nostre bon Dieu de vouloir conserver noz trovs Estats bien heureux et vous donner, en parfaicte sancté, très longue vie.

De Berne, ce XXVIe de febvrier 1 585.

L’advoier et Conseil de la ville de Berne.

Plus de trois siècles se sont écoulés. Grâce aux soins pieux de « Messieurs nos alliés » de Berne et de Zurich, les deux doubles coupes de l’alliance sont arrivées intactes jusqu’à nos jours. Elles attestent les sentiments de gratitude et de sécurité qu’éprouvaient les Genevois de i58q en scellant l’acte qui devait les unir définitivement aux deux plus grands cantons, et par eux à la Suisse. Ces sentiments sont encore ceux qu’inspire aux Genevois d’aujourd’hui la pensée de la patrie suisse : gratitude, s’ils regardent au passé ; confiance, s’ils se tournent vers l’avenir de leur cité.

Armoiries de Berne et de Genève gravées sur la coupe donnée à Berne.

EUGÈNE DEMOLE

Les Médailles rappelant les anciennes relations de Genève et des cantons suisses

Les Médailles rappelant les anciennes relations de Genève et des cantons suisses1 2.

Les événements qui ont donné lieu à ces médailles peuvent être groupés en quatre chapitres :

A. Alliance de 1 58q entre Zurich, Berne et Genève.

B. Secours militaires envoyés à Genève par Zurich et Berne en 1692, 1707,

1743 et 1792, puis par la Confédération en 1814 et 1 8 1 5 .

C. Secours militaire fourni par Genève en 1712, lors de la guerre du

Toggenbourg.

D. Intervention diplomatique de quelques cantons suisses en faveur de

Genève, en i6o3 et 1738.

A. — Alliance de 1584 entre Zurich, Berne et Genève.

Ni l'alliance conclue entre Fribourg et Genève, le 6 février 1 5 1 9 , puis entre Berne, Fribourg et Genève, le 8 février 1 526, ni le renouvellement de celle-ci entre Berne et Genève, le 9 janvier 1 5 58, ne paraissent avoir donné lieu à la frappe de médailles. Il faut arriver à l’alliance perpétuelle conclue le

1 Voir G.-E. von Haller, Schweijer isc h es Miin 7- und Medaillen-Kabmet, Berne, 1780-1781,

2 vol. in-8, avec planches; J -D. Blavignac, Armorial genevois, Genève, 1849, in-8, avec planches (M.D.G., VI et Vil); H. de La Tour, Catalogue des jetons de la Bibliothèque nationale. Rois et reines de France, Paris, 1897, in-8, avec planches; Eug. Demoi e, Médailles genevoises décernées au « Secours suisse » du XVIIe au XIXe siècle. Genève, 1911, in-8, avec planches (extr. de la Revue suisse de numismatique, XVII, 1 9 1 1 ) ; Le même, Jeton d’Henri IV, rappelant le traité de Saint- Julien entre le duc Charles-Emmanuel de Savoie et la République de Genève, in-8, fig. (extr. de la Revue suisse de numismatique, XIX, 1914I.

LES CANTONS SUISSES ET GENEVE

20 août 1584 entre Zurich, Berne et Genève, pour trouver quelques souvenirs métalliques rappelant ce grand événement.

N° 1. Anépigraphe. — Un ange debout, de face, tient devant lui, de la droite, l’écu de Zurich et, de la gauche, celui de Genève. Entre ces deux écus se trouve celui de Berne.

R. Allégorie du vieillard et de ses enfants. Ceux-ci rompent aisément des baguettes lorsqu'elles sont isolées, ou en petit nombre, mais ils ne peuvent y parvenir, lorsqu'elles forment un faisceau compact.

Médaille fondue en argent, argent doré et parfois émaillé. Module 48mm. — Cabinet de numismatique de Genève.

Cette médaille est dépourvue de millésime, mais tout porte à croire qu'elle prit naissance après l’alliance de i58q.

N° 2. Anépigraphe. — Les trois écus de Zurich, de Berne et de Genève, disposés en fasce, sont surmontés : celui de Zurich, d’un lion issant, de face, tenant de la patte dextre une épée ; celui de Berne, d'une couronne impériale supportant le globe crucigère ; celui de Genève, d’un ours issant, de face, tenant de la patte sénestre une épée. Le lion et l’ours maintiennent de l’autre patte le globe crucigère.

R. 1 rois guerriers armés et cuirassés, debout et côte à côte, se serrent la main et réalisent ainsi l’union symbolique des trois écus figurés au droit. A 1 arrière plan, à droite, une tour ; à gauche, un arbre ; exergue, 1 586.

Médaille fondue en argent. Module 3()mm. — Cabinet de numismatique de

Genève.

MEDAILLES

Le style de cette médaille est franchement suisse, et si Jacob Stampfer n était pas mort en 157g, il serait possible de lui en attribuer la paternité; elle peut être l'œuvre d'un de ses continuateurs. Le millésime 1 586 fait-il allusion à

la situation si périlleuse où se trouvait alors Genève, à la veille de la guerre avec la Savoie, c est possible, mais aucun document n’est là pour le prouver. Les médailles n(,s 1 et 2 paraissent toutes deux avoir vu le jour dans la Suisse allemande.

B. — Secours militaires envoyés a Genève par Zurich et Berne en iôg2, 1707, 1743 et i 7g2 , puis par la Confédération

en 1 8 14 et 1 8 1 5.

Un des articles du traité d'alliance de 1584 stipulait que les Etats contractants auraient à se secourir mutuellement. Par sa situation géographique et politique, Genève devait assez fréquemment avoir besoin du « secours suisse ».

i° Secours envoyés à Genève, de i6g2 à i6g-j, lors de l'envahissement de la Savoie par l’armée française.

Le duc de Savoie, Victor-Amédée II, humilié des exigences de Louis XIV, était entré dans la ligue d'Augsbourg. Il fut vaincu par Catinat à Staffarde, le 18 août ibgo, et la Savoie se trouva envahie par l'armée française. Genève reçut

LES CANTONS SUISSES ET GENEVE

alors une garnison suisse pour renforcer ses milices. Les troupes zuricoises ne séjournèrent que quelques mois dans la ville, en 1692, tandis que celles de Berne, tout en se relayant, y demeurèrent cinq ans.

Voici l’une des médailles délivrées en 1692 :

N° 3. — Les trois armes avec émaux de Zurich, de Berne et de Genève, disposées en fasce dans des cartouches très ornés, réunis par des liens et surmontés d'un soleil formé de huit rayons droits et de huit rayons ondulants. Au centre du soleil et dans un cercle se trouve le monogramme de Jésus IHS Au-dessous des cartouches, en trois lignes :

TRIA \£>ir©

PROTEGIT o VN VS « 1

R. Qm) . RESPVBLICA & GENEVENSIS *

Ecu de Genève surmonté de 16 92 et d'un soleil formé de huit rayons ondulants et de huit rayons droits. Au centre du soleil et dans un cercle, le monogramme IHS

Argent. Module 5omm. — Cabinet de numismatique de Genève.

La collection Jallabert, citée par Haller, renfermait cette médaille en or. On connaît trois autres médailles se rapportant aux mêmes événements.

Unus se rapporte au monogramme de Jésus et Tria aux armes des États alliés ; il faut lire : / ma (scuta) protegit unus (Jésus).

MEDAILLES

2° Garnison suisse envoyée à Genève en 1707.

Vers la fin de 1706 et au commencement de 1707, une partie de la bourgeoisie de Genève sollicita du gouvernement diverses réformes politiques, telles que le vote au scrutin secret pour l'élection du Conseil des Deux Cents, la révision et l’impression des édits, et la limitation de la parenté dans les Conseils.

Ces demandes ne furent que partiellement accordées et il en résulta des troubles populaires assez sérieux. Pierre Fatio, avocat de talent, mais ambitieux, fut le chef des mécontents.

L’agitation populaire ne cessant pas, le gouvernement demanda à Berne un secours en hommes qui fut envoyé le 3 juin 1707. Le ier août suivant, une compagnie zuricoise vint encore renforcer la garnison. Pierre Fatio, arrêté le 18 août, fut exécuté le 6 septembre, après un jugement fort sommaire. Les troupes bernoises quittèrent Genève le 3 janvier, et celles de Zurich à la fin de mars 1708.

Nous ne savons si les troupes bernoises reçurent des médailles avant de quitter Genève, mais il fut distribué aux officiers zuricois la médaille suivante :

N°4. — Dans un cercle de grènetis ÇdT) # GEN EVA # CIVITAS # 1657 #

Armes de Genève dans un cercle, surmontées d’un soleil formé de quatre rayons droits et de quatre rayons ondulants. Au centre du soleil, deux cercles concentriques, soit la représentation d’une cible.

R. Dans un cercle de grènetis (04). PRO * CHRISTO * ET * PATRIA * Aigle éployé et couronné tenant en ses serres un mousquet tourné à droite. Argent. Module 29mm. — Cabinet de numismatique de Genève.

Cette médaille n'est connue qu’en argent. Elle représente un prix de la

LES CANTONS SUISSES ET GENEVE

Société de l'Arquebuse cle Genève, établi en i65y, dont les coins furent utilisés en 1708 pour frapper trois médailles d’or offertes aux officiers zuricois ; ces médailles paraissent avoir disparu.

3° Secours suisse envoyé à Genève lors de /’ occupation de la Savoie par l’armée espagnole, en 1743-1744.

A la mort de Charles VI, le roi de Sardaigne prit le parti de la maison d'Autriche, tandis que l’Espagne s’unissait contre elle à la France. La Savoie fut envahie par une armée placée sous les ordres de Don Philippe, fils de Philippe V.

Au mois de janvier 1743, les cantons de Zurich et de Berne envoyèrent à Genève huit cents hommes de garnison, qui séjournèrent dans cette ville jusqu’en mars 1744, époque où l’armée espagnole commença à se retirer.

Il fut frappé trois sortes de médailles pour être distribuées aux officiers du secours suisse envoyé en 1743 ; voici la description et la figure de l'une d’elles :

N° 5. — ÇdIT) POST TENE BRAS LUX

Ecu aux armes de Genève avec émaux, posé sur un cartouche très orné et entouré d’une guirlande de fleurs. Au-dessus de l’écu, un vol, surmonté d’un soleil, formé de six rayons droits et de six rayons ondulants. Entre les rayons se trouvent des aigrettes sans nombre. Au centre du soleil et dans un cercle, IHS Le soleil partage la légende.

R. Dans un cartouche très orné et en six lignes : FŒDERATIS | BENE | MERENTIBUS | HONORIS | CAUSA | MDCCXEIIU

Or. Module 28mm. — Cabinet de numismatique de Genève.

Cette médaille fut gravée par Jean Dassier.

MEDAILLES

4° Compagnie suisse ayant tenu garnison à Genève en 1792.

La Savoie ayant été envahie par l’armée française, le Conseil général de Genève, sur la proposition du Conseil, décida, le 24 septembre 1 792, de demander à Zurich et à Berne un secours militaire de seize cents hommes. Les troupes de Berne arrivèrent le 3o septembre et celles de Zurich le 8 et le 1 1 octobre.

On ne connaît qu un type de médailles décernées par le Conseil de Genève aux troupes de Zurich et de Berne, en 1792 :

N° 6. — Dans une couronne de chêne, terminée au bas par un nœud de ruban, en six lignes gravées sur la médaille même :

Cl)o/inee ycmr / /il /èChep ui/i pue c/e / C) enèae aux troujcreà / c/e ^Xuiic/i <f rue / c/i //Co oenière [

Sur le haut de la couronne, les armes de Genève sont placées dans un cartouche et surmontées d’un soleil portant au centre 1HS

Autour du soleil et sur une banderole, on lit : POST TENEBRAS LUX

R. (d 49) POST TENEBRAS LUX' Armes de Genève avec émaux, placées sur un écu de style Louis XV, dont les tenants figurent la Religion et le Génie des Arts entourés de leurs attributs. Au-dessus du cartouche, IHS rayonnant.

Exergue :

R El PUB

TUTAMINA •

LES CANTONS SUISSES ET GENEVE

Argent. Module 55mm. — Cabinet de numismatique de Genève h Cette médaille ne fut plus, comme les précédentes, décernée aux officiers des troupes de Zurich et de Berne, mais aux soldats eux- mêmes, en raison de leur adresse au tir.

5° Garnison envoyée par la Confédération suisse à Genève lors de la restauration de la République, 1814-1815.

Annexée par le Directoire de la République française, en avril 1798, Genève fut délivrée en décembre 18 13 par les armées alliées. Un gouvernement provisoire, spontanément constitué, fit les démarches nécessaires pour que 1 indépendance de Genève fût reconnue par les alliés ; il fit aussi connaître 1 ardent désir de cette ville d’être incorporée à la Suisse.

Dès le Ier juin 1814, un bataillon formé par des troupes de Fribourg et de Soleure, débarquait près des portes de Genève et, le 12 septembre suivant, la diète suisse décidait de recevoir l'Etat de Genève au nombre des cantons, avec ceux de Valais et de Neuchâtel.

Le 18 novembre 1814, les troupes suisses qui, entre temps, avaient été relayées, quittaient Genève pour rentrer dans leurs foyers. L’année suivante,

après le débarquement de Napoléon Ier à Fréjus, la milice genevoise fut mise sur pied, augmentée de troupes fédérales, sous le commandement du lieutenantcolonel de Sonnenberg.

1 Le coin ayant servi à frapper le revers de cette pièce avait été gravé par Jean Dassier pour une médaille frappée après les troubles de Genève, de 1734 à 1736. (Voir Haller, op. cit., I, p. 22.S, nQ 1913, et Blavignac, op. cit., VII, p. 120, n° 23.)

MEDAILLES

Pendant les deux séjours qu'elle fit à Genève, en 1814 et 18 1 5, la garnison suisse fut choyée de tous et le gouvernement organisa à son intention plusieurs tirs, rappelés par des médailles offertes à cette occasion. Voici l'une de ces médailles :

N° 7. — Écu de Genève, avec émaux, entouré d'une guirlande de palmes et placé sur uncartouche orné de palmes et surmonté de 1HS rayonnant. En haut et en bas de la médaille, on a bâtonné une inscription, mais cette opération semble avoir été faite sur le coin.

R. Dans le champ, gravé à la main, en quatre lignes : aux | SUISSES | & 9.° SLut j 1814*

Argent. Module 34mm. — Cabinet de numismatique de Genève.

C. — Secours militaire fourni par Genève, en 1712, LORS DE LA GUERRE DU ToGGENBOURG.

En 1712, Zurich et Berne ayant déclaré la guerre à l’abbé de Saint-Gall, soutenu par les cantons primitifs, Genève, en conformité du traité d’alliance de 1 58q, envoya un contingent de 3oo hommes, sous les ordres de Jean 1 rembley.

Après la victoire de Villmergen remportée sur les petits cantons, les Genevois, qui s’étaient bien battus, furent félicités de leur bravoure par le gouvernement bernois, qui fit distribuer à leurs officiers une belle médaille dont voici la description :

N° 8. — (dGtA. STRENVIS MILITIBVS

Ours debout, de face, regardant à droite, la poitrine couverte d’une cotte de maille et les reins ceints d’un ceinturon. De la patte dextre antérieure, il tient une épée à deux mains, dont la pointe repose à terre et dont la garde supporte deux couronnes de laurier. De la patte sénestre, il maintient sur son épaule une corne d'abondance, dont le contenu, formé de bijoux, de monnaies, de fleurs et de fruits, se répand à terre. Exergue: de beyer fec.

R. (dTD. INDVLGENTIA SVPREMI NVMINIS

Exergue en trois lignes : victor • ad bremogart • d • xxvi mai | ad

VILMERG • D XXV IVLY ■ | M • DCC XII

Monument formé d’une pyramide et d’un socle. Sur la pyramide qu’entoure

LES CANTONS SUISSES ET GENEVE

une guirlande de palmes et de laurier, sont représentés deux cors de chasse1, suspendus en sautoir. Sur le socle, les armes couronnées de Berne. Le monument est placé au devant d'un trophée d'armes et de drapeaux. Au devant, repo¬

sant sur une marche, les écus des villes conquises et ceux des bailliages libres; à gauche, i. d. b. f.

Argent. Module 55mm. — Cabinet de numismatique de Genève.

M. Guillaume Trembley, à Genève, possède cette médaille en or, celle-là même qui fut donnée à son ancêtre Jean Trembley.

D. — Intervention diplomatique de quelques cantons suisses EN FAVEUR DE GENÈVE, EN 1 6o3 ET 1738.

i° Jeton rappelant le traité de Saint-Julien, du 1 1 juillet i6o3, entre le duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie et la République de Genève.

L entreprise de 1 Escalade indisposa vivement Henri IV contre le duc de Savoie, et il promit aux Genevois de les secourir s'ils étaient assiégés.

Cette promesse fut tenue, dans ce sens que le roi mit tout en œuvre, par le moyen de son ambassadeur, M. de Vie, pour que les Suisses s'entremissent entre le duc et Genève. Les cantons de Glaris, Bâle, Soleure, Schaffhouse et Appenzell

Allusion aux cornes d’Uri.

MEDAILLES

servirent en effet de médiateurs et, le 11 juillet i6o3, le traité de Saint-Julien fut conclu entre Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie, et la République de Genève.

En îéalite, le véntable médiateur était le roi de France, qui se trouvait d autie paît intei esse a ne pas se brouiller avec le duc de Savoie, qu il désirait opposer à 1 Espagne toujours menaçante. Ce fut pour suivre cette même politique qu Henri IV envoya Rosny auprès du nouveau roi Jacques Ier Stuart, afin de l'intéresser aux Provinces-Unies, qu'il soutenait contre l’Espagne1.

Le jeton d étrennes de 1604, frappé pour rappeler les événements saillants de l’année i6o3, fait certainement allusion à cette politique de paix armée qu'Henri IV avait intérêt à maintenir en Europe, et particulièrement au traité de Saint-Julien.

Voici la description et la figure du jeton en question :

N°q. — Dans un cercle de grènetisÇ d 1 )HENRICVS II II • FRANCORVM • ET - NAVARÆ* R EX *

Ecus de h rance et de Navarre, réunis sous une couronne royale et entourés de deux colliers d ordre ; la croix du second collier coupe la légende. Au bas, entre les écus, H couronné.

R. Dans un cercle de grènetis ( l) • HAC - BELEVM • PACEMQVE - GE RO •

Exergue : * 1 604 *

Site agreste où se voit à gauche un château, à droite des arbres, à l'arrière plan deux cimes séparées par une vallée. Une lance, qui semble tombée du ciel, est placée en bande au travers de ce paysage et repose sur le sol, tandis que la pointe, ornée de deux rameaux d’olivier, regarde le ciel ; à droite, des nuages.

Cuivre bronzé. Module — Cabinet de numismatique de Genève.

1 Voir F. De Crue, Relations diplomatiques de Genève avec la France: Henri IV et les députés de Genève, Chevalier et Chapeaurouge, dans M. D. G., XXV (1901), p. 326 et suiv.

LES CANTONS SUISSES ET GENEVE

2° Médiation de Zurich, de Berne et de la France, en 1 7 38 { .

Le dix-huitième siècle a été pour Genève une période agitée entre toutes, grâce aux revendications populaires contrecarrées par le gouvernement. En 1737, la lutte entre le parti des Conseils et la bourgeoisie tournait à la guerre civile. Les cantons de Zurich et de Berne proposèrent leur médiation ; le gouvernement du roi Louis XV en fit autant, et l'acte diplomatique qui devait désormais garantir la paix fut sanctionné par le Conseil général de Genève, le 8 mai 1738.

Cet acte important est rappelé par deux médailles, l'une gravée et éditée par Jean Dassier, avec l'autorisation du Conseil, l’autre, gravée par Du Vivier, sur l'ordre du gouvernement français ; voici la description et la figure de la première médaille :

N° 10. — Dans une couronne de chêne, dans le champ et en huit lignes:

DISSIDI A | GENEV COMPOSITA | OFFICIIS ET A RB1TRIO | LUDQVICI XV | REGIS CHRISTIANISS • j ET HELVET ■ CIVITATUM | TIGURIN • ET BERNENS • | M • DCC • XXXVIII •

R. dû). SALUS RE1PUBLICAE.

1 Une seconde médiation, proposée par les mêmes Etats, en 1766, fut refusée par le Conseil général, le i5 décembre 1766, à une majorité considérable. Le parti des Représentants, qui, par son union et sa fermeté, fut le vainqueur dans cette lutte contre le parti gouvernemental, fit frapper une belle médaille, en 1767, qui porte l’allégorie du vieillard et de ses fils, avec ces mots : « Vous voyez leur dit-il, l'effet de la Concorde. » Voir E. Demole, La condamnation de l’Émile et la médaillé des vingt-quatre commissaires de la bourgeoisie de Gen'eve, 1762-/769, dans Archiv fiir Medaillen- und Plaketten-Kunde, Halle a. d. Saale, i,e année (1913-1914), p. 1 -5 5 .

MÉDAILLES 1 69

La Discorde, étendue à terre, expire au pied de l’autel allumé de la Patrie. De chaque coté de 1 autel, à gauche, la Paix, élevant de la droite un rameau d’olivier et retenant sa robe de la gauche; à droite, la Justice tenant de la gauche sa balance et de la droite son glaive. Signé à gauche I • I> F.

Argent et bronze. Module 55mm. — Cabinet de numismatique de Genève.

Telles sont les médailles rappelant les liens qui ont uni Genève à quelques cantons suisses pendant plusieurs siècles.

La plupart sont officielles, d’autres émanent parfois de simples particuliers, ce qui n est pas pour leur enlever de l'intérêt; d’autres enfin, celles relatives à l’alliance de i58q, ont une origine inconnue, mais rentrent nécessairement dans 1 une ou 1 autre de ces catégories. Toutes ces médailles témoignent de l'attachement de Genève à la Suisse. Elles attestent aussi l’importance que les cantons protestants de Zurich et de Berne mettaient à l’indépendance politique et religieuse de Genève, ville frontière et clef de la Suisse occidentale.

CHARLES BORGEAUD

La chute, la restauration de la République de Genève et son entrée dans la Confédération suisse

Page 1