‹ La maison des Carmes, 1610-1875Chapitre 13 sur 15 · Aujourd'hui rue d'Assas · texte numérisé non relu

Aujourd'hui rue d'Assas

2. En 1867, lors du percement de la rue de Rennes, la ville de Paris a formellement renoncé au droit de percer la rue projetée à travers la maison des Carmes.

terrain restaient invendus, et Foreson, dans l'impossibilité de faire face aux échéances qu'il avait souscrites, se disposait à démolir le couvent et l'église pour en vendre les matériaux et se créer ainsi quelques ressources. Cette nouvelle se répandit dans le quartier, non sans y provoquer quelque émotion, et parvint aux oreilles de MM. Émery et Duclaux, prêtres de Saint-Sulpice, qui, depuis la fin de la Terreur avaient repris dans la paroisse l'exercice de leur ministère. M. Émery songeait au moyen de sauver les Carmes de la destruction quand la Providence mit sur son chemin Mlle •de Soyecourt.

Camille de Soyecourt, religieuse du Carmel de la rue de Grenelle, avait dû rentrer dans sa famille lors de la dispersion des commur nautés. Son père et sa mère, dénoncés comme nobles et comme riches, furent arrêtés pendant la Terreur. La comtesse de Soyecourt, enfermée à Sainte-Pélagie, y mourut de misère et de chagrin ; le comte fut détenu aux Carmes. Sa fille, qui avait réussi à s'enfuir, vivait cachée dans Paris, cherchant à revoir

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son père dans sa prison et à venir en aide aux malheureux prêtres qui étaient restés à leur poste. Arrêtée à son tour et emprisonnée aux Moulineaux, Mlle de Soyecourt apprit, le 6 thermidor, que son père avait été exécuté la veille.

Quand elle sortit de prison après le 9 thermidor, elle se vit seule au monde et s'occupa de bonnes œuvres, elle ouvrit au faubourg Saint-Jacques une auberge de modeste apparence à l'enseigne de la Vache noirey et sous le déguisement de cabaretière, donna asile à des prêtres et à d'anciennes religieuses; dans l'endroit le plus retiré de la maison, elle installa une chapelle, et petit à petit, à mesure que la tranquillité se rétablissait, elle développa son œuvre et étendit son cercle d'action.

C'est alors qu'elle fut appelée à recueillir l'héritage paternel. Mais pouvait-elle l'accepter, liée par son vœu de pauvreté? Elle alla fisdre part de ses doutes à M. Émery, qui lui montra les raisons pour lesquelles elle pouvait, en sécurité de conscience, prendre possession de biens dont il lui était loisible de

faire un emploi avantageux à rÉglise. Le couvent des Carmes allait être démoli, ne pouvait-elle pas le racheter, l'arracher ainsi à la profanation, conserver une vénérable église, bâtie par les enfants de sainte Thérèse, et sauver de la destruction les lieux témoins du martyre de tant de glorieux confesseurs de la Foi. Enfin n'était-ce pas aux Carmes que M.

de Soyecourt avait été enfermé jusqu'à sa condamnation? Ses devoirs de fille, de chrétienne, de religieuse du Carmel, lui indiquaient ce qu'elle avait à faire dans une circonstance que la Providence semblait avoir préparée.

Mlle de Soyecourt racheta donc à Foreson le couvent par acte passé le 15 août 1797, ou plutôt la modicité de ses ressources ne lui permit d'en racheter qu'une partie : l'église, la cour, le cloître et une bande de terre dans le jardin; elle s'y installa le jour même dans la cellule qu'avait habitée son père, un certain nombre d'anciennes carmélites vinrent l'y rejoindie, et les courageuses femmes se mirent à l'œuvre pour restaurer au moins provisoirement les bâtiments délabrés. Le 34 août, la

première messe fut célébrée dans la chapelle Saint-Joseph, qui, ayant été murée, s'était trouvée soustraite aux profanations. Douze religieuses assistèrent au saint sacrifice célébré par M. de Pancemont, curé de Saint-Sulpice ; cinq jours après, l'église, sommairement restaurée, fat bénite à nouveau par Tévêque de Saint-Papoul, assisté d'un clergé nombreux où on voyait MM. de Lalande, Borderies, Frayssinous, destinés tous trois à l'épiscopat et un jeune séminariste, M. de Quélen, hitur archevêque de Paris.

L'église Saint-Sulpice, mise d'abord aux mains d'un curé constitutionnel, était, en 1797, consacrée au culte des Théophilanthropes; M. de Pancemont obtint de la mère Camille de Soyecourt l'autorisation d'employer l'église des Carmes pour le service paroissial, mais peu après (janvier 1798), M. de Pancemont, impliqué dans l'affaire Brottier, fut arrêté et expulsé de France; les scellés furent posés sur l'église; la mère Camille produisit alors les titres établissant que relise n'était pas la propriété de M. de Pancemont, mais la sienne;

les scellés furent levés et le clergé de Saint- Sulpice continua ses fonctions aux Carmes jusqu'en 1802, époque où le Concordat rendit au culte catholique Téglise de Saint-Sulpice.

En 1801, le 8 novembre, la mère Camille racheta une autre partie des bâtiments et jardins, f elle put faire réparer la chapelle des Martyrs, qui était comprise dans sa nouvelle acquisition. En 1807, une troisième acquisition rendit le couvent propriétaire des maisons qui bordaient la ruede Vaugirard, ces maisons ne devaient pas être habitées par les religieuses, déjà fort au large dans les anciens bâtiments, mais Facquisition permit d'en faire sortir des locataires bruyants et mal intentionnés qui troublaient le recueillement des sœurs-, à la place, on installa de pieuses dames qui se consacraient à l'éducation des jeunes filles.

La mère Camille avait restauré de son mieux l'église et le couvent : en ; 806, elle put recevoir des novices qui prirent l'habit des mains du cardinal Spina, archevêque de Gènes. Cependant son œuvre faillit être un moment sur le

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point de sombrer : un certain nombre de cardinaux, Italiens pour la plupart, amenés à Paris à la suite de Pie VII, avaient refusé avec éclat d'assister au second mariage de Napo* léon, après un divorce dont la validité ne leur semblait pas incontestable; cette manifestation fut la cause d'une persécution dont furent victimes, non seulement les cardinaux c noirs > , mais tous ceux qui semblaient penser comme eux. La mère Camille, accusée d'avoir entretenu une correspondance avec plusieurs de ces cardinaux fut arrêtée le 9 janvier 181 1 et internée à Guise : elle y demeura deux ans, ce n'est que le 5 janvier 18 13 qu'elle fut autorisée à retourner au milieu de ses filles.

La restauration des Bourbons donna un nouvel essor au développement des communautés religieuses. Le 15 mai 1815, on ouvrit à la vénération des fidèles la chapelle des Martyrs après une intelligente restauration qui respectait les traces des massacres de septembre. L'abbé Legris-Duval prononça à cette occasion un de ses plus beaux discours.

L*église des Carmes était devenue un lieu

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de pèlerinage, la duchesse d^Angoulême, fille de Louis XVI, venait souvent y prier ; plusieurs évêques voulurent y être consacrés, et l'un des premiers, en 1817, Mgr de Quélen, qui, tous les ans, ne manquait pas de venir officier dans l'église le 23 octobre, jour anniversaire de son sacre, et le 16 juillet, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel ; les cryptes de l'église reçurent aussi la sépulture de plusieurs personnages éminents, le cardinal de la Luzerne, le cardinal de Beausset, et l'éloquent abbé Legris-DuvaL

I^es Carmélites vécurent ainsi dans leur couvent près de cinquante années, conservant à leur tête la vénérable mère Camille que Dieu conservait pleine de forces. Et cependant les religieuses songeaient à abandonner cet asile pour en trouver un autre qui se prêtât mieux aux exigences de la vie religieuse. L'étendue du couvent et son état de délabrement imposaient de lourdes charges d'entretien : pour y suffire, on avait dû aliéner des parcelles où s'étaient élevées des maisons qui dominaient le jardin et d'où les religieuses étaient à cha-

que instant exposées aux r^ards des curieux.

D'autre part, on recommençait à parler d'ouvrir une rue entre la place d'Assas et la Croix- Rouge, et dans ce cas, aux termes de leur contrat, les religieuses devaient subir, sans droit à aucune indemnité, la démolition d'une partie de leur maison et la mutilation de leur jardin. Pour ces graves raisons, la mère Camille se décida à passer par dessus des considérations d'ordre moral et entra en pourparlers avec l'archevêché de Paris pour l'aliénanation du couvent.

Déjà en 1840, elle avait fait feire des ouvertures aux Carmes rétablis en Belgique, mais cette combinaison n^avait pas abouti; Mgr Aifre ayant eu connaissance des projets de la mère Camille, songea à acheter le couvent pour y créer ime école de hautes études ecclésiastiques ; après une année de n^odations, la cession fut convenue en principe, moyennant un prix de 600.000 francs ; la vente est du 2^ juillet 1841 . Mais les religieuses devaient rester dans l'ancienne maison jusqu'à ce qu'on leur en eût trouvé une autre, et qu'on y eût £sdt

les travaux nécessaires ; trois années se passèrent ainsi, et c'est seulement le 2^ avril 1845 que les Carmélites se transportèrent dans leur nouveau couvent, rue de Vaugirard, 86. C'est là que mourut la mère Camille, le 9 mai 1849. En 1853, l^s Carmélites durent encore une fois émigrer par suite de l'expropriation de leur couvent; elles se retirèrent d'abord à Issy, pour venir s'installer, le 21 août 1855, dans le couvent qu'elles ont fait construire avenue de Saxe.

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