ET DE SES DÉPENDANCES
En même temps que la maison de Dieu, s'était élevée celle des religieux . Les Pères avaient habité pendant les premiers temps la petite maison qu'ils avaient trouvée en prenant possession ; mais Taccroissement du nombre des religieux rendit nécessaire la construction du couvent. On commença par élever un corps de bâtiment, celui qui est en façade sur le jardin actuel ; il se composait d'un rez-de-chaussée, où se trouvaient la cuisine, le réfectoire, la salle commune, et d'un étage divisé en cellules; ce bâtiment communiquait avec l'église et avec le chœur des religieux placé derrière le maîtreautel. Les Carmes prirent possession de cette partie du couvent en 1615. En 161 8, fut construit un second bâtiment, parallèle au premier jtt comme lui perpendiculaire à l'église ; plus tard les deux bâtiments furent réunis par deux
l6 LA MAISON DES CARMES
galeries qui dessinèrent au rez-de-chaussée un cloître entouré d'arcades (r).
Du côté où est actuellement la rue d*Assas se trouvait une cour dont les constructions n'occupaient que trois côtés, et qui communiquait directement avec le jardin; les autres constructions qu'on voit à cet endroit sont beaucoup plus récentes, de même que le pavillon saillant où sont installés Tamphithéâtre de chimie et le laboratoire du professeur de physique.
De 1674 à 1676 tous les bâtiments furent relevés d'un étage : le noviciat, qui était à Carrière-lès-Charenton depuis 161 7, fut ramené à Paris et installé dans l'étage nouveau ; au-dessus de la salle capitulaire on fit la chapelle du noviciat, aujourd'hui salle de cours ; en 1681, cette chapelle fut ornée de boiseries et de peintures ; en 1707, la salle capitulaire fut pareillement ornée de belles boiseries de chêne qui existent encore et de dix tableaux
I. A une époque récente ce cloître a été couvert d*une toiture et il sert, pour le moment, aux ; blées solennelles de Tlnstitut catholique*
dont on ne voit plus que les cadres enchâssés dans le lambris.
Le caractère distinctif de tous les bâtiments construits par les Carmes au xvii® siècle est une absence complète de préoccupation esthétique : les façades sont tristes, nues, percées d'ouvertures disposées avec une inélégante irrégularité; les corridors sont bas, à peine éclairés, les cellules étroites et incommodes : ce n'est pas qu'on eût visé à l'économie : il suffit pour se convaincre du contraire de regarder les murs construits en pierres de dimensions extraordinaires. Ce que les Carmes voulaient, c'était une maison de pauvre apparence, qui n'inspirât pas à ses habitants le dégoût de la vie austère qu'ils devaient y mener : et les intentions des fondateurs avaient été fidèlement exécutées.
Au commencement du xvni® siècle fut construite l'aile qui avance parallèlement à l'église dans la direction de la rue de Vaugîrard (i). Là nous commençons à trouver une
I. Cest là que se trouvent actuellement les appartements du Recteur et la bibliothèque de théolo^e.
l8 LAi MAISQNv DES CARMES
préoecupation artistiqixie : les^ pièces sont vastes, les plafonds élevés, les fenêtres lai^ment percées; rescalîer ttDurnant en pierres de taille, dont une partie est enterrée sous Ifes remblais de la cour, est une œuvre curieuse qui contraste avec le reste des bâtiments. QUelie fut la destination première de ce pavillon qui rappelle le logis de Fabbé, juxtaposé dans certains couvents aux vieilles bâtisses conventuelles? n me paraît permis de supposer que les Pères Cannes avaient élevé ce corps de logis pour lès hôtes dé distinction qu'ilsavaient à recevoir : des prélats, des biènfèiiteurs laïques de passage à Paris venaient demander l'hospitalité dans le couvent :.or il était assez difficile d'offrir à* ces hôtes une cellule de moine, et d'ailleurs la vie religieuse aurait eu peu à gagner au voisinage d'étrangers menant grand train et recevant force visites ; on avait donc isolé autant que possible ce pavrllbn des Heux: réguliers, et, grâce à cette précaution, Tes bruits du^ dehors n'arrivaient qu'atténués jusqu'à la communauté qui devait vivre dans le recueillèraent et le'siience.
La vie des^ Carmes était à la fois apostolicps^ et cnntfiinplative ; ila avaient cherehé à roiigine à. a'étahlir dans ua quartier, isolé, et lora de Iel fondatioiL ila étaient à une certaine dia-^ taencer de la ville ; mais, pendant le xvu^ siècle, la ville se rapprocha d'eux et commença à. Les entourer : d'où résulta pour eux une préoccupation grave : des maisons de la rue Cassette et de la rue du Regard on voyait tout ce qui se passait[diez eux . Il fallait aviser aux moyena de se renfermer et de pratiquer dans son esprit comme dans sa lettre la règle de la clôture..
Du: coté du, suxl, ils n'avaient encore rien à craindre, le parc du. Luxemhouig occupait, tout L'autre côté de],la rue de Vaugirard et les tiararns où furent percées un peu plus tard Lea rues deFleurua et de l'Ouest (aujourd'hui rue d'Assas).
Au: nord,, dans le tjiangLe formé par la rue du. Gherche-MidL et la rue Cassette, des cornnuinautés religieuses s'étaient établies peui après Le& Carmes^
ËiLi634,,Lss Augustines de Laoa avaient agfaetéle terrain qui longeait la rue du Cherche^
Midi jusqu'à la Croix-Rouge. Cette communauté traversa en 1663 une crise qui feillit en amener la dispersion ; elle se reconstitua en embrassant la règle bénédictine : ce couvent 'était connu sous le nom de Notre-Dame de Consolation.
En 1653, les terrains situés rue Cassette entre Tenclos des Carmes et la rue du Vieux- Colombier avaient été achetés par les Bénédictines de la Conception de Notre-Dame.
Originairement établies à Rambervillers, ces religieuses avaient dû fuir pendant la guerre; elles avaient trouvé asile successivement à Saint-Mihiel, à Montmartre, à Saint-Maur; puis elles étaient venues se fixer à Paris d'abord rue du Bac, puis rue Férou, en attendant Tenregistrement de leurs lettres patentes, qui ne fut accordé qu'au bout de six ans : elles n'entrèrent donc dans Jeur couvent qu'en 1659. ^^^^ se vouaient à l'œuvre de l'Adoration perpétuelle, et reçurent le nom de Filles du Saint-Sacrement, nom sous lequel elles furent approuvées en 1676 par Innocent XI et en 1705 par Clément XI. Ces deux couvents
possédaient tous les jardins contigus au couvent des Carmes, qui n'avaient donc aucun voisinage incommode à redouter du côté du nord.
Mais il n'en était pas de même au levant, rue Cassette, et au couchant, rue du Regard, où s'étaient élevées de nombreuses habitations particulières. Les Carmes, pour arrêter les regards indiscrets, prirent le parti de sacrifier une partie de leur terrain pour y construire, en façade sur la rue, de hautes maisons qui leur serviraient d'écran. Il leur était facile de régler le plan et les servitudes des maisons qu'ils construiraient de manière à ne pas laisser de vues sur leur enclos. Ce projet tut mis à exécution entre 1669 (hôtel Salvandy, rue Cassette) et 1741 (hôtel de Dreux, rue du Regard). L'hôtel d'Hinnisdal est de 1704- 1705.
En 1790, les Carmes avaient, rue Cassette, l'hôtel d'Hinnisdal et quatre maisons, rue du Regard cinq hôtels et trois maisons, à l'angle de la rue du Regard et de la rue du Cherche- Midi un grand hôtel, l'hôtel de Toulouse, actuellement hôtel du Conseil de guerre.
Les Pères ne tardèrent pas à constater que,
s^ite avaient fsdt de gros sacrifices ponrisolcr 'leur ■couvent, ils étaient loin d'avoir ^fEut mie mauvaise aiBaire. La location 'de >ces niaHiiniM: <et hôtek leur créa un revenu qui était évalué en T778 à 100.000 livres, et qui, diaprés Via- 'ventarre dressé en 1790, montait encore àphiB de 66.000 livres.
A ces ressources, il faut ajouter le bénéfice que donnait la vente de la fameuse «au de mélÎBse, qui jouissait au xviii* siècle d'mœ Tenommée extraordinaire. Le couvent eut mê- •me à soutenirii cette occasion un procès contie les pharmaciens de Paris ; en 1780 une tnm- "saction intervint et le brevet royal fut con- "firmé moyennant le payement annixel d'une Bomme de mille livres au profit du collège âe pliarmacie. Le produit de latente de Teau^-fe méfese «'élevait BU moment de la i^évoluâon 'à, '2D.OOO KvreB par an.
En résumé, les recettes du cDuxrent sVâte- -vaienteuTvgo 3113.589!., 16 s., 4.d.,aet, cféduction faite des dépenses, il Testait un eseoédent dcT^ecEttes de'62.276 1., i6 s*, 9 3d.
On pourrait craindre ^pe cette piDspérité
I^ MAISON DES CAïCME>S 23
matérielle eûtcausé quelque préjudice b la légnlarite de la vie refligieuse : il n-en est rien. Lobineau et Féllbienéciiivaient em7^ •: c (Le cou¥eiït des Cannes déchaussés, Fun 'des plus austères et les plus réguliers de Paris, a produit un grand -nombire de >r6tigieus tsontemfifetife .dont -la ipiie toute cachée.«n Jésus^Chrigt a été et est encore d'une grande .édification pour l'Église, j»
Il feiut cependant reconnaître que les Carmes «valent un Tuornent adopté les erreurs janséxiistes. La correspondance de M. Olier ne laisse aucun :doute à ce aujet : différentes lettres «écrites £ntr^ 1646 et T65 5 donnent des. détaîk très significatif, mais nous sommes en droit de supposer que les Carmes se soumirent <de8 premiers lorsque le jairaénisme fut condamné par (Innocent IL.
Il :est à signaler d'ailleurs qu Want net après (Dette période malheureuse, nous -voyons tes iOannœs déchaussés remplir des naissions 'im^ portantes et travailler à la ré^nérationiûes ordres religieux en Prance. Le souvent des Billettes au Marais était desservi .d^uis sa
fondation par des chanoines réguliers; mais la vie de ces chanoines avait fini par être très peu régulière et ils furent invités en 1631 à céder leur couvent aux Carmes de la Réforme de Rennes (i). Le supérieur envoyé aux Billettes, le P. Thibaut, avait passé Pannée 1616 au couvent des Carmes déchaussés, chez qui ses supérieurs l'avaient envoyé se pénétrer de la règle et des vertus du Carmel. Cette nouvelle maison de Carmes releva donc indirectement de celle de la rue de Vaugirard, et elle eût sans doute conservé longtemps Tesprit de ses fondateurs si les religieux qui Thabitaient n'avaient trop vite oublié les bons exemples qu'ils avaient reçus de leurs frères de la stricte observance.
En 1657, la discorde s'était mise chez les Grands-Carmes de la place Maubert : ce furent deux Pères de la rue de Vaugirard qui reçurent et accomplirent la mission honorable mais difficile de rétablir la paix et la régularité dans le couvent.
I. Cette réforme avait été opérée en 1604 par le P. Bouhours.
Enfin nous trouvons les Carmes au berceau de TŒuvre des Missions Étrangères : ils sont chargés de Tévangélisation de la Perse, et c'est un Carme, le P. Bernard de Sainte-Thérèse, qui a fondé rue du Bac la maison où devaient se préparer les futurs apôtres des infidèles. Ce religieux reçut le caractère épiscopal et devint le fameux évêque de Babylone qui a donné son nom à une des rues qui avoisinent le séminaire des missions étrangères.
La communauté des Carmes vécut ainsi pendant près de deux siècles dans sa première ferveur, sans qu'aucun événement notable vint se produire dans son existence ; le fait le plus considérable est l'élection en 1659 ^'^" '^^^" gieux de Paris, le P. Tardy, comme supérieur général de l'Ordre entier des Carmes.
Les religieux, en s'adonnant à la prédication, ne négligeaient ni la vie contemplative ni les études sacrées. Leur bibliothèque, établie audessus de la nef de l'église, comptait environ 12.000 volumes dont le catalogue est à la bibliothèque de l'Arsenal à Paris ; il est composé de II volumes in-folio, dont un pour les ma-
irascrîts; qirëlqiies-'uns de ces mannscrîts ^amient une grande valeur, entre auttes'rexemplaire original de la Ckramgue de Plvdsomrd.
*Cette bibliothèque sera dispersée pendant la îlévolution. A côté des Pères qui s'adonnaient Bux tra va ux du saint ministèf e et de irenseignement, il y avait les frères qui cultivaient dans le jardin la fameuse mélisse etfabsciquaient Teau si renommée qui était une des gr osae B sources de revenus de la maison. Des laboratoires avaient été installés avec un inatériel considérable évalué en 1790 à la ^somme idât €0.000 livres.
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LES CARjMES
PENDANT LA ilÉVQLUXIQN
En 1789, le couvent des Carmes comptait •64 religieux, dont 42 prêtre. iLe Prieur était le P. Ambroise de Saint-Joseph (Pierre-JoBBBfdi Gilet de JBaffionville). L'observance régulièïiE continuait à se maintenir et la maison était im ^bjet d-édifination pour ies £dèles de la paroisse Saint-Sulpice.
La convocation des Etats généraux £ûte par le roi Louis XVI parut à la iin de 17S&, et la ville de Paris, qui avait à élire soixante députa le 20 avril ir7%, -fiit dÊvisée en-soixante dffîtncfiB éleotorans:. L^un de ces districts £ut "Bon lieu de réunion dans les bâtiments ducoit- •jçœnt, et prit Je nom de 'dktrict des Carmea; ^lèslk 14 juin, k 'Couvfint devint ^^aUemont le lieu de rassemblement d'une compagnœ gcLb
garde nationale, et les relations entre les religieux et les citoyens furent d'abord extrêmement amicales.
Lorsqu'après le 14 juillet, les districts furent appelés à élire des comités permanents, le comité des Carmes désigna le prieur du couvent comme dépositaire des contributions volontaires apportées par les citoyens ; le blason des Carmes fut choisi comme marque distinctive du district et placé sur le drapeau de la compagnie de garde nationale. Le 21 juillet, il fut décidé qu'une messe quotidienne serait dite dans Téglise des Carmes pour le succès de l'Assemblée nationale. Les séances du comité de district et les assemblées générales devaient commencer par la récitation du Vent, sancte sptrïtus.
Le 17 août, le comité décide de se faire représenter par une députation au grand pèlerinage fait à Sainte-Geneviève « pour le succès de la Révolution ». Le 25 septembre, quand le district eut à nommer un nouveau président, le choix des électeurs désigna Tabbé de Courbon.
Il eût été difficile alors de prévoir la tournure sanglante que devaient prendre les événements : tout était à la fraternité, et les religieux mettaient un point d'honneur à prouver leur attachement aux idées du jour. Ils en trouvèrent bientôt une occasion : la garde nationale venait d'être réorganisée; elle devenait une milice régulière soldée par la commune ; le district des Carmes eut ainsi à lever, loger et solder une compagnie de cent hommes. Le 17 août, le prieur offrit un des bâtiments du couvent et un terrain adjacent pour servir de caserne; le 17 septembre, le comité de casernement accepta cette offre, mais comme le bâtiment était reconnu insuffisant, on demanda qu'il fut surélevé d'un étage ; la dépense était évaluée de 10 à 12 mille livres; les religieux étaient invités à faire l'avance de cette somme, dont les intérêts leur seraient payés jusqu'à parfait remboursement. Cinq jours après, le prieur et seize religieux signaient un acte en forme; ils s'engageaient à c céder à MM. les représentants de la Commune, séant à THôtelde ville, l'usage des gre-
3Q LA. MAISON DBS C./»RMR»
nieas à blè et autres lieus^ amus: L'étanâus-cifun terrain, de. ving( toises sur ¥Îiigt-92^. planté eiLmarronnia^^, pour rëtabliaseinentids:!». caiffi*rng du distrÎGt ».
Us s^engageaient à. faire bâdr à. lexacs. frais le mur mitoyen^ plus* le pccdongement desdits greniers jusqu'à las rue- de Vaugiracd, av-ec mu retour d'équerre air le bois, comprenant, ai: reis 'de -chaussées une cuisine^, uni c£>rp» de: garde et un chauffoir ou salle d'exendce^ Le tout surmonté de deux étages pour lea chambres de MM. les officiers et sergents et d!uit grenier pour magasins
C'est air ce plan que la caserne fiit constniite;. seulement, au lieu, de coûter lo àâ 12 mille livres, comme on l'avait aj^osé,.
elle revint à 32.268^ livres 2.1 deniers..
Pendant que l'entente la plus- cordiales se maintenait entre les- religieux et le district^ les événements marchaient :. TAssemblée voteot,.
le 13 février 1790, une loi qui abolissait le* vœux monastiques ; on accordait cependant aux religieux qui refuseraient de sortir de leuc couvent la permissioiL de vivm: en conir
nmn. dans ua certain nombce de maisons où.
devaient être réunis: ceux qui déclareraient ne pas vouloir profitea: de la. liberté qui leur était rendue.
Le S- octobre sui\sant, un décret régla L'exécution de cette mesure législative;. Les supérieurs: devaient fournir à la. municipalité un état nominatif de tous leurs religieux, et ceuxci,, interpellés par un délégué de Tadministratâbn, devaient déclarer si oui ou non ils entendaient continuer à mener la vie commune;, sur lea 64 religieux de la maison,. 56 déclarèrent vouloir persévérer dans leur vocation- La maison restait donc à peu près au complet, et c'est sans doute pour cela qu'en exécution de l'article 18 du même décret du 8 octobre y die fut désignée comme maison de réunion où devaient être groupés des religieux appartenant aux diverses observances de la règle carmélite* Cette mesure ne fiit pas acceptée sans protestation par les Carmes Billettes dontla règle était beaucoup moins austère que celle des déchaussés, et qui passaient d'ailleurs pour interpréter cette règle d^na le
sens le plus large. Dans un long mémoire adressé aux administrateurs départementaux, onze religieux du couvent des Billettes représentaient que les cellules des Carmes déchaussés étaient étroites, dépourvues de mobilier et de cheminées ; ils demandaient donc à rester dans leur propre maison, et, si on persistait à les transporter rue de Vaugirard, qu'on fît les travaux nécessaires pour leur assurer dans leur nouvelle résidence le confort auquel ils étaient habitués. Il va Sans dire que cette requête resta sans efïet et que les Carmes Billettes qui ne rentrèrent pas dans la vie séculière durent aller pratiquer la vie sévère des Carmes déchaussés (i).
En vertu de Tarticle 26 du même décret du 8 octobre, les religieux furent réunis le 24 mars 1791, en présence de quatre délégués de la commune, pour procéder à Télection d'un supérieur. Pierre Gillet de Bassonville, en reli-
I. En 18 12, réglise des Billettes a été affectée au culte luthérien, le couvent est devenu une école primaire protestante, laïcisée elle aussi il y a quelques années.
gîon Ambroise de Saint-Joseph, prieur en exercîcei réunit la quasi-unanimité des suffrages.
Enfin, un des articles les plus importants du décret ordonnait que les biens, tant meubles qu*immeubles, des communautés seraient mis sous séquestre : la consistance de ces biens était établie par une déclaration que le prieur des Carmes avait dû faire dès le 21 janvier 1790* La mesure de confiscation fut appliquée avec rigueur, si bien que, lorsque les Carmes voulurent continuer à se livrer à la fabrication de Teau de mélisse, ils durent introduire une requête à Teôet d'être remis en possession des ustensiles servant à la confec^ tion de cette eau, et cette requête fut rejetée par un arrêté du 8 juin 1791. Cependant le 11 du même mois, les religieux obtinrent la permission de racheter ce qui leur était nécessaire pour la somme de soixante mille livres.
La spoliation du couvent avait d'ailleurs été radicale : de toutes les richesses de leur sacristie» on ne leur avait laissé que deux calices et deux ornements de chaque couleur, ce
qui était manifestement insuffisant pour une quarantaine de prêtres. Ils n'avaient plœ ni cloche, ni ostensoir, ni croix de procession. L*Etat reconnaissait inal lesdisposhicusgénérensès dont les Carmes avaient Édt preuve au début de la Révolution.
Une autre privation très sensible aux religieux était celle de leurs livres : Tuss^e de la t)ibliothèque leur était interdit; en vain le 3 1 mai 1792, le Père Prieur adressa une requête qui, paraît-il*, n'était pas la première; il rq>résentait qu'une communauté de trente-huit religieux ne pouvait se passer de livres; la chose publique ne pouvait souffrir de l'indulgence qu'on aurait pour eux à cet égard, le catalogtie étant aux mains des préposés de lalSation.
Rien ne constate qu'il ait été donné suite à "cette demande.
Au contraire, la passion autircligiensc devenant la note caractéristique du mouvement révolutionnaire, une loi du 17 août 1792 ordonna l'évacuation totale de tous les comrents* Le prieur des Carmes fut avisé de cette mcit sure; le i*' octobre 1792, tous les rdigieux
devaient avoir quitté la maison, mais on n'eut pas à attendre cette date, car avant qu'elle fût arrivée de terribles événements allaient se produire.