LES MASSACRES DE SEPTEMBRE
Le Révolution avait marché à grands pas :
la journée du lo avril 1792 marque le moment où, rompant avec les apparences de modération et de légalité, les représentants de la France, et la France presque tout entière avec eux, entrent dans une période de délire furieux qui va renverser tout ce qui existait encore des institutions de la vieille France, et faire de notre pays un objet d*horreur pour les peuples civilisés. La passion antireligieuse s'était éveillée tardivement, mais une fois déchaînée elle porta les révolutionnaires aux actes les plus odieux. Le i®' août les Carmes avaient reçu Tordre de quitter leur couvent avant le i*' octobre et, dès le 1 1 de ce mois, on s'était préoccupé de trouver des habitants à la maison pour le jour où elle serait aban< donnée; on commença à y enfermer les ecclésiastiques dénoncés pour avoir refusé de prê-
ter serment à la Constitution civile du clergé. On laissa les Carmes se renfermer dans les bâtiments intérieurs, et user pour quelques jours encore de la chapelle du noviciat, située au second étage ; Téglise et les locaux attenants furent convertis en prison, ou plutôt on ne s'occupa d^abord d'aucune traifôformation; les prisonniers passèrent leurs premières nuits coudiés sur les dalles de Téglise, ou assis sur les mardies du sanctuaire ; au bout de quelques jours seulement on leur fournit des matelas, puis sur Tordre des médecins on les autorisa à passer une heure le matin et une heure le soir dans le jardin pour empêcher les accidents que ne pouvait manquer de produire Tentassemeot de deux cents personnes dans un espace étroit et mal aéré.
Le 1 1 août une cinquantaine de ^piéties avaient été amenés aux Cannes, et dans le pombre trois évéques : J.rM. du Lau, arclievèque d'Arles, et deux frères appaitenant à TiUustre Êtmille de La Rocfaefoucaidt, évéqiKS Tun deBeauvais, Tautre de Saintxs. M. &a«- •vine, supérieur de la communauté des Clens
de Saint-Sulpice, fut arrêté le même jour avec deux de ses confrères. Soa crime était d'avoir cessé de paraîtie à l'église paroissiale depuis le jour où Tintrus Pcdré avait été substitué au vénérable M. de Pancemont, curé de Saint- SaLpîce,
Le 15 août, des bandes armées envahirent le séminaire d'Issy et la maison voisine qui servait de retraite à des ecclésiastiques âgés et infirmes : M. Cnssac, supérieur de la communauté des Philosophes, fut amené aux. Carmes avec phisieuxB directeurs, séminaristes et pensionnaires de la maison de retraite.
Le 16, arrestation de M. Gallais, supérieur des Robertins à Vaugirard, et de onze de ses compagnons. Le nombre des prêtres incarcérés s'éleva ainsi en peu de jours à plus de 150.
L'état lamentable où se trouvaient les prisonniers ne tarda pas à émouvoir la compassion des habitants du quartier : on obtint la pennissîon de leur envoyer des aliments» du linge; les visites même furent aim>risées, et malgré le danger qu'il y avait à se montrer l'ami des prêtres, un grand nombre de per-
sonnes se présentèrent pour voir les prisonniers : c'étaient des amis qui venaient consoler et encourager les détenus, et aussi des étrangers qui venaient vénérer les confesseurs de la foi, et s'édifier en s'entretenant avec eux des choses du ciel. Mais si des chrétiens fervents n'hésitaient pas à manifester leur respect pour les prisonniers, ceux-ci avaient en retour à souffrir mille outrages de la part de leurs gardiens ; c'est ainsi qu'ils avaient un point de ressemblance de plus avec le divin Maître à l'exemple duquel ils allaient donner leur vie. Quel sort était réservé aux prêtres détenus tant aux Carmes, qu'à l'Abbaye et au séminaire de Saint-Firmin? La populace, qui commençait à sentir qu'elle n'avait qu'à ordonner pour être obéie, réclamait le massacre : le 2^ août, Pétion recevait une députation populaire au Conseil de la Commune et la lecture d'une pétition réclamant la mort des détenus ecclésiastiques était saluée par les applaudissements du Conseil (i)« Le 26, l'Assemblée