HOMME MUR
Quant à Laurence, elle partit d’un éclat de rire et répondit dédaigneusement qu’elle ne se sentait aucun goût pour le métier de .garde-malade.
Delphin Nivard fut blessé au vif de ce refus, sur lequel il ne comptait pas. Il s’imagina que Germain n’était pas étranger à sa déconvenue, et son amourpropre froissé lui mit au cœur une âcre rancune doublée d’un violent désir de ven- .geance. Il n’en fit rien voir, estimant, comme M. de Talleyrand, que la vengeance est un mets qui se mange froid ; mais il se jura que le diable n’y perdrait rien, et qu’il saisirait la première occasion de faire paver aux Lafrogne l’amertume de son humiliation.
I Quant à Mlle Lénette, lorsqu’elle apprit les velléités matrimoniales de Nivard et le Tefus de Laurence, elle haussa les épaules : — Il est fou, dit-elle, épouser une jeunesse
à son âge et avec sa figure ! Les hommes ne doutent de rien, ma fi ! et Laurence a bien fait de lui rabattre le caquet... Je suis aise de voir que cette petite fille a encore assez de bon sens pour ne pas se donner au premier chien coiffé, et il faudra qu’un de ces jours, quand nos vignes seront chavées, je me mette en quête d’un honnête garçon qui consente à l’épouser.
Malheureusement, la tante Lénette ne devait pas voir refleurir ses vignes. Vers la mi-carême, elle prit froid pendant une longue station à l’église, et fut forcée de s’aliter. Elle avait soixante-quatorze ans, et à cet âge-là les fluxions de poitrine ne pardonnent guère. Deux jours après, elle était à toute extrémité, et le curé de Notre-Dame lui administrait les derniers sacrements.
Quand elle se trouva seule avec ses neveux, après le départ du prêtre : — Mes enfants, dit-elle, c’est fini, je sens que je m’en vais.
Les deux Barbeaux étaient atterrés. Habitués à voir la tante alerte, droite et robuste, ils s’étaient imaginé que leur intimité à trois ne se briserait jamais, et ils ne pouvaient croire à un si brusque dénoûment. — Ce n’est pas possible, tante Lénette, murmurait Hyacinthe en sanglotant ; Dieu n’aura pas la cruauté de vous enlever ; il faut que vous nous restiez. . . que deviendrions-nous, si vous n’étiez plus là?
— C’est vrai, reprit la tante, c’est un gros crève-cœur de se quitter quand on s’aimait comme nous nous aimions... Vous n’êtes guère habitués à vivre seuls, mes pauvres enfants!... Hyacinthe, tu trouveras les clés des armoires dans mon secrétaire, tout le linge est rangé par douzaines... Qui s’en occupera maintenant de votre pauvre linge, et quel malheur que je n’aie pu durer au moins jusqu’à la prochaine lessive!... Germain, mon fi, n’oublie pas de faire ckaver nos vignes au commencement d’avril...
Hélas! je dis nos vignes, comme s’il ne fallait pas quitter toutes les choses de la terre...
Les sanglots étouffaient les deux frères, et à ces derniers mots ils éclatèrent violemment.
— Ne pleurez pas, continua plus faiblement M118 Lénette, laissez-moi bien vous
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regarder encore une fois, et embrassonsnous.
l’embrassèrent tous deux. L’effort qu’elle avait fait pour leur parler l’avait épuisée, elle commençait à suffoquer. Au bout d’une grosse demi-heure de silence, elle releva la tête et demanda si ses nièces avaient été prévenues.
— Oui, ma tante, répondit Germain, elles sont venues trois fois depuis hier, mais je n’ai pas voulu les laisser monter de peur de vous fatiguer.
— Envoie-les chercher, murmura MIle Lénette, ce sont nos seules parentes... Il faut être bons pour elles!... Je veux les embrasser aussi...
Un nouvel étouffement lui ôta la parole. Hyacinthe avait fait mander Mme de Coulaines et sa fille ; mais avant qu’elles eussent fait le trajet de la rue des Saules à la rue du Bourg, l’ange de la mort, dont le vol silencieux va plus vite que les pas humains, éôût entré dans la maison Lafrogne et avait frôlé de son aile les yeux et les lèvres de la tante. Quand les deux nièces arrivèrent essoufflées au haut de l’escalier, M110 Lénette avait cessé de vivre.
Le spectacle était navrant. Catherinette venait de fermer les yeux de la morte et d’allumer deux cierges à son chevet. Hyacinthe s’était affaissé dans un fauteuil; Germain, comprimant violemment ses lèvres avec son mouchoir, allait et venait comme une âme en feine à travers cette antique chambre où MUo Lénette avait passé une bonne partie de
son existence. Les vêtements qu’elle avait quittés l’ avant-veille étaient encore épars sur des chaises, conservant dans leurs plis quelque chose de la personnalité de celle qui* n’était plus. A côté de l’étui à lunettes, levieux paroissien à reliure brune était resté sur la cheminée où elle l’avait déposé en rentrant de l’église ; mais la tante Lénette nedevait plus en tourner les feuillets jaunis, elle ne devait plus agrafer autour de sa longue taille l’austère robe de mérinos tant de fois portée. Toute cette bonne vie familière d’autrefois, cette tranquille intimité était à jamais détruite.
Tandis que Mme de Coulaines et Lau rence, agenouillées devant le lit, murmuraient une prière pour cette vieille fille qu’elles avaient peu connue et qu’elles n’avaient guère aimée, Hyacinthe exhalait sa douleur en plaintes entrecoupées, pleines d’une naïve amertume.
— Elle est partie... Nous ne la verrons plus!... Si seulement elle avait été longtemps malade, mais non, morte en deux jours, là, d’un coup... Ah ! c’est trop dur !...
A la brune, les cloches de Notre-Dame se mirent à sonner en mort. Toute la nuit, les deux Barbeaux veillèrent près de la défunte, et le lendemain à midi, la tante Lénette s’en alla reposer auprès de sa sœur et du père Thoiré, dans le cimetière Sainte-Marguerite, plein d’arbres, plein de grandes herbes, d’où l’on voit les coteaux de vigne verdoyer et les maisons de Villotte fumer au soleil levant.
Ils vivaient automatiquement, sans s’inquiéter de ce qui se passait autour d’eua.
Pendant les premiers mois qui suivirent la mort de Mlle Lénette, les deux frères furent trop abasourdis pour sentir toute la gravité de la perte qu’ils venaient de faire. Ils vivaient automatiquement sans s’inquiéter de ce qui se passait autour d’eux ou au dehors. Ils laissaient la direction du ménage à Catherinette, ne voulant voir personne, se mettaient à table sans appétit, mangeaient sans savoir ce qu’on leur servait, et ne prenaient plus goût à rien. Hyacinthe errait çà et là comme un corps qui a perdu son âme ; Germain ne pensait plus à la chasse, et ne mettait plus les pieds au bois.
Parfois seulement, à la fine pointe du jour, ils se glissaient furtivement, chacun de son côté, hors du logis. Ils filaient discrètement par des ruelles détournées et étaient tout étonnés de se retrouver au détour d’une allée du cimetière. Ils restaient là une bonne partie de la matinée, sans se dire trois paroles, tout occupés à jardiner autour de la fosse de la tante Lénette. Les pluies d’avril
avaient déjà tassé la terre, ils y avaient fai planter des fleurs et ils les arrosaient silencieusement.
Mais quand ce lourd engourdissement se fut peu à peu dissipé et qu’ils rentrèrent dans la vie consciente et active, alors ils commencèrent à sentir combien la défunte leur manquait. Une attaque de paralysie, les privant tout d’un coup de leurs yeux et de leurs jambes, les eût rendus moins impuissants et désorientés que cette brusque mort de MI!e Lénette.
Habitués à se reposer sur la tante pour toutes les choses du ménage, ils n’entendaient rien au gouvernement d’une maison, et les moindres détails domestiques prenaient pour eux l’importance d’une affaire d’Etat. Qu’il s’agît de commander le menu d’un dîner ou de renouveler leur garde-robe, ils se regardaient tous deux avec des yeux ahuris, et finissaient par s’en remettre aveuglément à la décision de Catherinette.
Or celle-ci, qui avait toujours été un instrument passif entre les mains de Mlle Lénette, manquait absolument d’imagination et
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d’initiative. Les deux Barbeaux dînaient mal : au milieu de l’abondance de toutes choses, ils étaient privés de ces gâteries et de ces petits soins que la sollicitude de la tante leur prodiguait, et que l’habitude leur avait rendus nécessaires comme le pain et le sel.
Ils s’embrouillaient dans ces trousseaux de clés que MIle Lénette maniait avec tant de dextérité. Au fond de ces profondes armoires où la tante rangeait le linge avec un ordre méthodique dont elle avait emporté le secret, les deux infortunés ne savaient rien trouver. Ils passaient des heures à chercher un mouchoir de poche ; puis, de guerre lasse, après avoir bouleversé tous les rayons, ils s’asseyaient découragés en face des piles de linge effondrées, et murmuraient d’un ton lamentable : — Ah ! si la tante était là !
Un soir de mai, après une journée dépensée à l’une de ces laborieuses recherches, le souper fut plus détestable encore que de coutume. Catherinette avait servi à ses maîtres deux plats qui leur étaient antipatlriques : une langue braisée et des œufs ' l’oseille. Par surcroît, la salade, mal assaisonnée, n’était pas mangeable. Les deux frères, assis devant leurs assiettes intactes, restaient taciturnes, fatigués et maussades, quand Germain, posant brusquement sa fourchette, murmura ces mots, qui semblaient la conclusion d’un long soliloque intérieur : — Non, vrai, ça ne peut pas durer plus longtemps !
— Qu’est-ce qui ne peut pas durer, cadet? demanda Hyacinthe, tiré à son tour de sa méditation par l’exclamation de son frère.
— Eh! la vie que nous menons... Nous sommes bien portants, encore jeunes et fort à notre aise, et avec cela nous vivons plus misérablement que le dernier des tisserands de la rue de Véel.
— C’est vrai, mon camarade, mais c’est la faute des circonstances, et nous n’y pouvons rien... Ah! si la pauvre tante Lénette était là !
— Oui, si elle était là, les choses iraient autrement ; mais enfin la chère femme est partie, et nous ne pouvons pas passer le restant de nos jours à nous lamenter, tandis que la maison s’en va au désarroi... Nous ne
sommes plus des enfants, Lafrogne, et il faudrait pourtant prendre un parti.
— Quel parti, Germain?
— Ah! voilà!... dit le cadet, en pliant lentement sa serviette ; tu vas pousser les hauts cris, et je sais bien que ma proposition a son mauvais côté, mais de deux maux il est sage d’éviter le pire... Donc je pensais que Catherinette est vieille, qu’elle ne peut suffire à tout et que... bref, il serait urgent qu’il y eût une femme à la maison.
— Hum ! répliqua Hyacinthe qui écoutait en trempant une croûte de pain dans son vin pur, c’est chanceux... Si nous prenons une femme de charge qui nous volera et deviendra une façon de servante-maîtresse, ce sera tomber de fièvre eu chaud mal.
— Qui te parle d’une mercenaire? riposta Germain ; non, il nous faut une femme qui veille à nos affaires avec un dévouement qu’on ne trouve pas chez une domestique, et pour cela il faut que l’un de nous se marie.
— Oh ! oh ! oh ! se récria Hyacinthe sur trois tons différents... Y songes-tu? A nos âges, avec nos habitudes, introduire ici une étrangère qui n’aura ni nos goûts, ni nos façons de vivre, et qui d’aventure prendra en grippe celui de nous qui deviendra son beaufrère. C’est dangereux,
— Il le faut ! répéta nettement Germain, et, si la pauvre tante pouvait parler, je crois qu’elle nous donnerait ce conseil.
— Oui, si nous pouvions rencontrer une seconde tante Lénette... murmura Hyacinthe, devenu rêveur.
— Un peu plus jeune pourtant ! objecta Germain.
— Le choix n’est pas facile, poursuivit l’aîné des Barbeaux ; par le temps qui court, où trouver une femme qui puisse s’intéresser à nos affaires et s’habituer à notre régime ?
— Qui sait? Nous n’aurions peut-être pas à l’aller chercher bien loin... il me semble que nous l’avons sous la main.
— Et qui donc ?
— Notre cousine de Coulaines.
— La mère ou la fille? demanda ingénûment Hyacinthe, un peu effaré.
— La mère est un peu mûre, répondit Germain en faisant la grimace; non, je parle de la fille, naturellement.
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— Laurence! s’écria l’aîné en joignant les mains, mais elle a dix-neuf ans à peine.
— Tant mieux, elle n’a pas encore eu le temps de prendre de mauvais plis, et nous la façonnerons à notre gré.
— Mais la différence d’âge?... Ne te souviens-tu plus de ce que tu disais à Nivard ?
— Nivard est usé, et nous sommes verts et gaillards... Et puis songe que du moment où nous nous décidons au mariage, il est plus prudent de prendre une femme dans notre parenté ; notre fortune ne sortira pas de la famille, et, de plus, Laurence, qui est pauvre, sera liée à nous à la fois par le sang et par la reconnaissance. En choisissant une étrangère, nous nous exposerions aux mêmes risques sans rencontrer les mêmes avantages.
Germain prêcha si bien qu’il finit par convaincre Hyacinthe; ils tombèrent d’accord que le choix devait s’arrêter sur M118 de Coulaines. — Elle est un peu jeune, murmurait Hyacinthe en vidant son verre à petits coups, mais enfin. . . va pour Laurence !
— Affaire entendue ! s’exclama Germain en secouant la main de son frère ; maintenant il ne s’agit plus que de décider lequel de nous se mariera.
— Quelle plaisanterie ! reprit Hyacinthe, c’est toi, naturellement. Tu es le moins âgé, et, entre nous, j’ai cru déjà m’apercevoir que la jeune personne ne t’était pas indifférente. . .
— Peuh ! fit l’autre, j’avais du plaisir à la regarder, mais elle me plaira tout autant comme belle-sœur que comme femme...
D’ailleurs, tu es l’aîné, et c’est à toi que revient l’honneur d’être chef de famille.
— Merci de l’honneur ! dit Hyacinthe en se levant pour protester, je te cède mon droit d’aînesse. Je suis timide, gauche, quinquagénaire, je serais un trop triste sire aux yeux d’une femme.
— Allons donc ! tu es doux, tranquille, d’humeur agréable et accommodante ; c’est ce qu’il faut dans l’état du mariage, tandis que moi, avec mon caractère entier, bourru, et avec mes mœurs de chasseur, je suis un ours trop mal léché... C’est toi qui iras devant M. le maire.
— Non, non, Germain ! s’écria le
malheureux Hyacinthe d’une voix suppliante, les femmes me font peur.
— Et moi, je les épouvante...
— Voyons, cadet, soyons sérieux... Tout à l’heure, tu m’as persuadé que la maison péricliterait si l’un de nous ne se mariait point, et je suis tombé d’accord avec toi... mais je pensais que tu te chargerais de l’affaire.
— Moi ! j’avais au contraire l’idée que la chose te revenait de droit.
— Non, décidément, je suis trop vieux.
— Et moi trop grognon !
Ils restèrent un moment silencieux, se promenèrent les yeux baissés et la mine perplexe ; puis, venant à se rencontrer et à se regarder en face, ils se mirent à rire mélancoliquement.
— Il faut pourtant prendre une résolution, reprit Hyacinthe.
— Eh bien, tirons au sort, répliqua Germain, sans quoi nous n’en finirons jamais.
Il prit son carnet, en arracha deux feuillets sur lesquels il écrivit séparément le nom d’Hyacinthe et le sien ; puis, les ayant pliés et jetés dans son chapeau : — Choisis î s’écria-t-il ; celui dont le nom sortira se vouera au conjungo.
— Un instant ! dit Hyacinthe, qui surveillait avec terreur les apprêts de son frère, il faut faire les choses en forme, afin que celui qui tombera au sort ne puisse accuser l’autre d’avoir triché...
Il appela Catherinette par la fenêtre de la cour, et quand elle se présenta :
— Ma fille, continua-t-il, tu vois ce chapeau... Il y a dedans deux billets; tu vas fermer les yeux et en prendre un au hasard.
Catherinette regardait alternativement les deux frères d’un air hébété, et se demandait si les deux Barbeaux ne devenaient pas fous. Pourtant, sur un geste impératif de Germain, elle retroussa sa manche et plongea la main dans le chapeau.
Hyacinthe, l’œil fixé sur Catherinette, suivait le geste de la vieille servante et sentait un petit frisson lui passer le long de l’épine dorsale ; en même temps, il formait mentalement le souhait que son nom ne sortît pas.
— Voici le papier ! dit la cuisinière en
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retirant du chapeau l’un des billets qu’elle tendit aux deux frères.
— Donne, repartit vivement Germain, donne à mon frère Hyacinthe, et va voir à ta cuisine si j’y suis !
Il la poussa dans le vestibule, et, avant qu’elle eût le temps de se reconnaître, il ferma la porte en dedans. Hyacinthe cependant dépliait le billet qui tremb 1 a i t légèrement entre ses doigts.
L’aîné des Lafrogne s’était rapproché de la fenêtre pour mieux lire, et son long profil naïf se découpait sur la blancheur des rideaux.
— Eh bien ? fit l’autre impatient.
— Il y a « Germain », répondit Hyacinthe avec un gros soupir de soulagement. — Il passa le papier à son frère, qui le lut et le froissa entre ses doigts: — C’est fichtre vrai! grommelat-il.
— Allons, reprit Hyacinthe d’un ton affectueux et guilleret, du courage, mon pauvre cadet ! En résumé la Providence a bien fait les choses... Il ne me reste plus qu’à aller en causer avec notre cousine de Coulaines.
— Rien ne presse ! répliqua Germain d’un air bourru.
— Si fait ! mieux vaut dès aujourd’hui savoir à quoi nous en tenir... A moins pourtant que tu ne te repentes déjà.
— Nenni, je n'ai qu’une parole, murmura Germain devenu subitement rêveur.
Hyacinthe prit son chapeau et courut chez Mm0 de Coul aines.
Précisément Laurence venait de se retirer dans sa chambre, et la veuve était seule dans la salle à manger.
Hyacinthe lui exposa de son mieux l’embarras où les avait mis la mort de la tante Lénette, et il lui de manda solennellement pour son frère cadet la main de MUe Laurence.
MmB de Coulaines n’en pouvait croire ses oreilles.
Après la façon plus que froide dont elle avait été traitée par les Lafrogne, cette démarche étonnante lui faisait l’effet d’un brusque changement à vue dans une féerie.
Néanmoins elle sut contenir prudemment sa joie et répondit avec un grand air de dignité qu’elle était très honorée de la proposition de son cousin ; mais que, le mariage étant une chose sérieuse, il était de son devoir de consulter d’abord sa fille. Bref, elle demanda la nuit pour réfléchir et promit de rendre réponse dès le lendemain.
Sitôt qu’Hyacinthe se fût retiré, elle gagna lestement la chambre de Laurence.
Celle-ci, assise sur une chaise basse auprès de la fenêtre ouverte, lisait un roman aux dernières lueurs du soleil couchant qui plongeait derrière les arbres du jardin d’en face. Au bruit de la porte, elle releva la tête et fut surprise en constatant la mine épanouie de sa mère.
Mme de Coulaines lui prit gaiement le
Catherinette avait toujours été un instrument