llùd.. l. VI. p. 007. 2 novoiiibie
120 I.A MAISON DL- i-.AliDlNAL DE UICIIEI.IEU
Les documents lus de la sorte avalent-ils été laissés par mégarde ;"i sa disposition, comme le rapportent Tallemant', qui ignorait son nom, et de Caillières ■ qui l'avait connu personnellement? Etait-ce, comme le raconte Moreri ■', un piège du Cardinal, désireux de mettre à l'épreuve sa fidélité et sa discrétion ? (Hioi qu'il en soit, et nous pencherions plutôt pom- la première version, le Cardinal élait impitoyable, et d'autant plus que, d'après sa lettre rapportée plus haut, et le témoignage précieux et impartial de Caillières, il av.iit confiance en son nouveau domestique, s'était épris d'amitié pour lui et » connnençait à l'employer à des choses importantes » ; à ses exigences de iidélité absolue, s'ajoutait donc encore le dépit de voir sa confiance mal placée. Sa rigueur n'allait pas cependant jusqu'à réserver le sort de Fancan à ce trop curieux secrétaire, car dans la suite, d'après d'Argonne, il lui procurait un canonical « qui fut sa plus grande richesse jusqu'à sa mort ». L'amitié de Le Masle ne l'ut sans doute pas étrangère à cette mansiuHude (jue la légende partiale n'a pas retenue et qui se manifestait encore d autre fat;on, car nous retrouvons le nom de Gaudln dans la liste des écrivains pensionnés par le Cardinal *.
i. « Un joiino hommo dont ji' n'ny pu sçavoir le nom coinnicnvoil :i eslrc foii hion avec luy. Mais un jour, il vil que co monsieur lisoil quelques papiers (|ui psloiont sur la table, (^ette curiosité luy tlosplul, il le regarda d'un œil de despil, et le lendemain, il le congédia sans luy en dire la raison. » (Tallemant, Ilisl., t. 1, p. 441.)
2. « J"ay connu un homme pour qui le Cardinal de Richelieu avoit pris de l'amitié, et qu'il commcnçoit d'employer à des choses importantes. Un jour le Cardinal rentrant de son parc dans sa chambre, sur la talilc de la(]uelle il avoil laissé des papiers, surprit ce jeune garçon qui en lisoil (juclipiun. I^e ("aidinal ne luy parla que dos yeux, et l'ayant fièrement l'cgardé, il les resserra luy-mesme, et deux jours après il fil commandera ce mal-avisé courtisan de se retirer en sa maison, et depuis ne s'en voulut jamais servir, » (De Caillières, La Fortune des gens de qualilr, Pans, 1680, p. 83.)
3. Il Le Cardinal île Richelieu avait demandé à M. des Roches, un lecteur tel qu'il le fallait pour charmer ses fâcheuses insomnies. M. des Roches lui présenta le jeune Gandin, bien fait, spirituel et capable de servir et de plaire. Le Cardinal qui ne manquait jamais de mettre ses serviteurs à l'épreuve, ne fut pas longtemps sans tendre un piège à son nouveau domestique, lui laissant sous les yeux des lettres ouvertes, qui pouvaient exciter sa curiosilé et lui apprendre des nouvelles. Cependant cette éminence (|ui faisait semblant de dormir, mais ([ui veillait exactement sur son homme, le surprit on défaut; comme s'il avait voulu lui dérober la vue de ses lettres, jelta promptement ses mains dessus. Gaudiu, peu avisé, ayant donné dans ce panneau, demeura tout étourdi et arrêta sa fortune dans le milieu de sa course. Il fut congédié, et le Cardinal dit à .M. dos Roches : " Ce jeune homme a trop d'esprit, apprenezlui à en avoir un peu moins, n II lui procura néanmoins dans la suite un canonical qui fut sa plus grande richesse jusqu'à sa mort. M. des Roches qui l'aimait, lui avait résigné sa grande chantrerie de Notre-Dame de Paris, mais, le temps lui ayant manqué, il ne posséda point d'autre dignité que celle d'Official de l'archevêque de Paris (Péréfixe) qui le considérait. » (Moreri, Dicl., Paris, 17.'i9, t. V : Gaudin.)