‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 169 sur 464 · Ibid., t. II, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. II, p

0. .\bbé .^l'choii, Ilisl. delà chapelle des rois de France, l'i)'t-[~dll, Paris, I. Il, p. 329.

7. Eugène Miintz et Emile Molinier, Le chAleau de Fontainebleau au XVll' siècle d'après des documents inédits Mém. de la Soc. de l'hist. de la Ville de Paris, 1885, t. XII, p. 331, 345 et 357).

176 LA MAISON DU CARDINAL DE RICHELIEl'

de Fontainebleau, par ordonnance du 5*^ jour de janvier 1641, la somme de 300 livres pour ses gages durant les mois d'octobre, novembre et décembre de ladite année 1640, en considération de l'actuel service qu'il rend continuellement ez armées de Sa Majesté cy III'' 1. »

En 1641, il figureà cet état pour la même somme; en 1642, pour 1.200 livres, comme » ayant le soin de l'aire les desseins du dict cbasteau pour la dicte année entière».

Une curieuse physionomie, comme on le voit, que celle de ce gentilhomme maniant également à la lois l'épée, le crayon et la toise, tout en servant de mentor à son quasi-royal élève, et émargeant en même temps sur la monstre de son régiment, à l'état des gages des officiers de la marine et à celui des ol'iiciers des bâtiments royaux.

D'après le P. Anselme, il fut plus tard maréchal de camp et gouverneur du Havre.

Pour terminer ce chapitre, nous devons dire quelques mots d'une lacune apparente qui frappe vivement dans le Compte. L'on n'}" voit figurer, en effet, aucune pension de poètes ou d'hommes de lettres, alors que Richelieu, comme le roi et les grands seigneurs de son temps, en servait un grand nombre ' ; d'après Aubery, elles étaient « de 400, 600, 900, mil et jusqu'à 1.200 livres » ; cet auteur était bien renseigné, car il a eu entre les mains une liste assez exacte dont il cite les principaux noms.

Les rares pensions que nous venons de voir, ne s'appliquent, en réalité, qu'à des personnes faisant partie de la maison du Cardinal, sauf celle du marquis de Brézé, son neveu, (jui s'explique d'elle-même par ce fait, et elles sont justifiées par des considérations spéciales. Deux d'entre elles sont de véritables pensions alimentaires : l'évêque de Chalcédoine était sans ressources, comme nous l'avons vu, avec en plus, les charges de son rang ; il devait en être de même de Desrin ; quant à la troisième, celle de Picot, l'ancien trésorier, elle n'est qu'une pension de retraite.

Il en est autrement des pensions des gens de lettres qui, eux, ne font point partie de la maison ; il n'y a donc pas de motif pour qu'elles y figurent, pas plus que les autres dépenses qui ne s'y rattachent point, achats de terres ou de maisons, grosses réparations, constructions ou opérations financières, telles (juc ])aiement de bulles, placement de fonds, etc., car la maison seules fait l'ol)jcf du Compte.

La même distinction est observée dans la comptabilité de la maison

1. t)e Nforgues, Remunatrancv île (laloii (^lireslien. 1031, |j. li. iHecueil de pièces. etc., Anvers, 1043.)

AIMDNKS, liONS i:r .PKNSIONS 177

royale : si l'on jette un coup iIVimI sur l\4;il des receltes et dispenses de la Caisse de Tépargne pour 1639, on voit ipie les pensions milinaires y forment un chapitre spécial distinct de celui de la maison du rui ' ; de même, dans les comptes de Louis XIV, les gr.itilications ou |)ensions aux gens <le lettres (k)t)i-169U) sont portées au chapitre de la Dépense des bâtiments '-'.

Chez le Cardinal, le paiement de ces pensions même n'était pas fait dans la forme comptable usuelle rig^oureusement suivie pour l'administration de la maison, puisque c'était Desbournais, le valet de chambre de Richelieu, qui l'effectuait lui-même directement.

L'on peut répondre à ces considérations par quelques objections que nous croyons devoir exposer. Les pensions de gens de lettres constituent une dépense réglée et prévue, et quant à la forme de leur paiement, l'évèque d'.\uxerre paie tous les mois une somme relativement considérable pour la menue dépense, en dehors de la forme comptable ordinaire usitée pour les autres.

De plus, dans l'état de la Caisse de l'épargne en 1639, si les pensions ordinaires sont portées à part de la maison du roi, celle-ci ne comprend pas davantage les écuries, les offrandes et aumônes, et les troupes de la maison du roi, autant d'articles qui, dans notre Compte, figurent à la dépense de la maison du Cardinal.

Ces deux objections sont de peu de valeur ; mais il en est une autre qui est plus digne d'attention, et sur laquelle nous insisterons davantage pour ce motif. Aubery fournit une explication de l'absence au Compte des pensions de gens de lettres, qui parait tellement logique et rationnelle, que nous ne pouvons moins faire que de la reproduire textuellement en son entier :

« Le Cardinal prenait même un soin particulier des pensions des gens de lettres, voulant qu'ils en fussent payez exactement, dès les premiers jours de l'année, et sans aucun déchet. C'est pourquoy se devant faire un decry des monnoies sur la lin du mois de Janvier, son luninence s'avisa, pour leur sauver le dommage qu'ils en eussent pu souffrir, d'enjoindre au sieur des Bournais, son premier Valet de chambre, qui avoit soin des Pensions, d'en différer le payement jusqu';\ ce qu'il luy dist. Cependant la pluspart, étant allés, au terme ordinaire, pour recevoir leurs pensions, furent extrêmement surpris de la réponse que leur fît des Bournais, qu'ils

1. V'« d'Avenel, Richelieu et la monarchie absolue, t. 11. p. 448.

2. Gabriel Peignot, Documents authentiques et détails curieux sur les dépenses de Louis XIV, Piiiis, 1827, p. 39, :,1, 69, 100. 121.

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<7S i.A MAisdN m lAiihiNM. i)F. iU(:iii:i.ii:L'

eussent un jieu île patience, et eurent peur ipie ce ne fust pas tant un delay tie peu île jours, qu'un retranchement pour toujours. Mais l'alarme n'ayant duré que jusqu'à la (in du mois, ils receurent celte singulière marque de bonté, avec de nouveaux ressentimens et d'extraordinaires lémoig-nages de reconnaissance '. »

La décri des monnaies dont jiarle Aubery fut, en elFet, édicté par le décret du 31 mars 1640, enregistré et publié le 3 avril'-. Ce décret célèbre dans l'histoire monétaire ne fixait pas seulement la création du fameux louis d'or', dont le nom personnifiera jusqu'à nous la monnaie nationale ; il ré'^lait le cours des nouvelles espèces, ramené au louis pris pour étalon ; et pour éviter la perturbation résultant de l'application du nouveau barème, il donnait un délai de trois mois pour son application ; c'est donc à lin juin 16i0 seulement, que les porteurs d'anciennes espèces n'ayant encore pu ou voulu s'en débarrasser, se trouvaient lésés par le changement de cours ; les pensionnaires ayant touché leur pension au commencement de l'année avaient donc six mois pour en écouler le montant « sans déchet^ ».

Un rapide coup d'œil sur la situation monétaire à la fin de 1639 montrera combien les appréhensions du Cardinal au sujet de la bourse de ses pensionnaires sont fondées à ce moment.

La Déclaration du roi du 17 novembre 1039 portait << que les espèces d'or ne seront exposées que pour le prix de leur juste poids » ; elle constatait aussi que celle du mois de juin 1636 ayant le même objet, n'avait pas été observée et n'avait donné comme résultat que la recrudescence de la fraude par l'altéralion et la roj^nure des espèces.

liUe n'eut pas plus d ell'et que la précédente, et le conflit entre les payeurs de rente, à l'Hôtel de ville et les rentiers, les premiers voulant imposer leurs espèces pour la valeur à laquelle ils les avaient reçues, ceux-ci prétendant ne les recevoir qu'au poids, amenait la nouvelle Déclaration du 23 novembre. Les payeurs avaient gain de cause, mais il leur était enjoint, pour éviter toute spéculation et le renouvellement de l'incident, de faire le dépôt ofliciel de toutes les espèces qu'ils recevraient, dans le courant de la semaine suivante.

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