udiger, La maison r^r/lée, p. 1 et
3. Claude Kleury, Les devoirs des maîtres et des domoslirfues, p. 17"> et suiv.
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détails qui leur semblent « bas » et indignes d'eux. Chez le seigneur dont le train ne va pas jusqu'au gentilhomme, c'est lui, en effet, qui en remplit les fonctions, et le remplace dans les circonstances où le cérémonial seul est en jeu ; <( il faut qu'il ait bon air, qu'il sache bien complimenter ainsi que cela lui est ordonné, afin de s'en tirer avec honneur ' ». Les écuyers du Cardinal sont plutôt des compagnons de moindre qualité -, continuant comme chez les rrinces, la tradition féodale, dans laquelle le cheval est inséparable du seigneur; c'est à ce titre qu'ils ont le soin de ses chevaux et de son équipage personnels seulement, car ils n'ont pas à s'immiscer dans le détail des Ecuries qui constituent un service indépendant. Au testament de Richelieu, du reste, ils sont également nommés avant les gentilshommes, et appelés " ses écuyers »; ce n'est qu'après ces derniers que vient, dans cet acte, de Roques, l'écuycrdes écuries qui reçoit le legs correspondant ii sa charge, ainsi qu'un sieur de I-^ort simplement appelé i< écuyer ».
Comme nous le verrons tout à l'heure, ils constituent un rouage de la maison, et c'est ce qui les différencie également des gentilshommes, car à l'inverse de ceux-ci, ils y sont attachés, et ne la quittent point ; ils accompagnent le Cardinal au même titre que son maître de chambre, et sont à sa disposition pour les devoirs d'étiquette, comme nous l'avons dit plus haut, d'après Audiger. Richelieu allant, un jour, en 1633, de Royaumont à Paris, passe sous les murs de Saint-Denis ; le cardinal de La Rochefoucauld, (jui était dans l'abbaye, occupé à la réforme du monastère avec les commissaires du roi, lui dépêche aussitôt son neveu, M. de Chandenier pour le complimenter et lui donner avis de ce qu'il fait; Richelieu lui renvoie sur-le-champ son écuyer de Graves, pour le remercier de sa civilité •'.
Les gentilshommes servants, s'ils rendent quelques menus services, témoin Chamaraute, l'un d'eux, appelé dédaigneusement par Tallemant « porte-parasol du Cardinal » '', sont, au contraire, uniquement, auprès de Richelieu pour lui tenir compagnie ; aussi, par le fait même que leurs fonctions ne comportent aucune idée spéculative, ils constituent l'un des grands luxes du temps ; on ne les trouve que dans les très grandes maisons, car si un gentilhomme, écuyer ou non, se donne dans ces condi-
i. Audiger, La maison rérjlée, p. 27.
2. i( L'écuyer » n'a pas la noblesse de la chevalerie qui présuppose une noblesse entière. Denis Godefroy, Abrérjé ries trois Estais, Paris, 1682, 11'= part., p. 66. .3. Kélibien, Hist. de l'abbaye rie Saint-Deni/s en France, Paris, 1703, p. 4.59. i. Tallemant, llisl.. t. V, p. 278,
ÉCLYERS KT GEM ILSIIOMMKS SERVANTS 183
lions, c'est toujours à un plus haut ou plus puissant que lui. Le Cardinal n'avait garde de les omettre dans la composition de la maison du Pont de Courlav ; lorsqu'il la réformait, il lui accordait " trois gentilshommes contant son escuyer qui se serviront des laquais de M. le général des gallères et des chevaux de son escurie ' ». Cette précaution de sa part, vis-à-vis de son prodigue neveu, nous éclaire sur la dépense qu'entraînait cette domesticité spéciale de luxe, sans parler de celle du couvert. La Renouillière, un pauvre cadet de Vendômois, encore plus inventif, avait trouvé le moyen de s'y soustraire; << le gentilhomme qu'il avait, ne luy coustoit guères à entretenir, car ils estoient d'accord entre eux que quand l'un d'eux disneroit, il ne souperoit point, et que, quand il souperoit, il ne disneroit pas le lendemain ; ils logeoient dans une auberge, où l'on payoit par repas ; ainsy, ils ne despensoient pas plus tous deux pour la nourriture qu'auroit fait un seul -. »
Les six écuyers et gentilshommes servants de Richelieu lui forment, comme on le voit, une véritable cour ; mais s'il aimait à s'entourer de gentilshommes, ce n'était pas seulement par amour-propre et pour rehausser le lustre de sa maison ; il était guidé par une considération pratique autre que celle de l'apparat ou le besoin d'affirmer la grandeur de sa race et nous sommes ainsi naturellement conduits de la sorte k dire quelques mots de ses idées et de ses vues sur la noblesse.
Par tradition, la noblesse vit de l'épée qui est à la fois son origine et sa raison d'être. Sous ce rapport, la seconde moitié du xvi° siècle a été pour elle l'âge d'or, par une recrudescence des mœurs féodales, compliquées et aggravées par l'acuité des passions religieuses; sans parler des exactions pour lesquelles l'impunité est acquise d'avance, la contribution de guerre territoriale est toujours payée ou par le protégé ou par le vaincu, en même temps que le concours ou la neutralité sont toujours largement et fréquemment rétribués par les chefs des partis en lutte, aux dépens des uns ou des autres. Avec la pacification due à la fois à Henri IV et à l'épuisement des énergies, la fin des guerres de religion a amené pour la noblesse une ère désastreuse ; c'est la ruine, que cette paix ' trop longue pour cette caste qui ne fait que dépenser, sans produire, tant qu'elle ne se bat point, et « ne peut durant la guerre tant gaigner et espargner par voyes légi-