De Sillioii, Le ministre d'Eslat, Paris, 103'.), p
0. G. llanotaux. Maximes d'Etat et fragments politit/ues, p. 777.
l'oRDKE et l'économie de RICHELIEU 21
Aussi, des contemporains, ou ennemis ou observateurs superficiels, lui ont-ils reproché à la fois son avarice et sa magnificence, surtout cette dernière pour les motifs qui se verront au chapitre suivant ; c'est l'un des fonds communs aux pamphlétaires de l'époque, d'autant plus empressés à relever cette bizarrerie apparente pour ameuter l'opinion contre lui, que « les choses de peu d'importance », comme le dit l'un d'eux, « sont parmi les peuples plustost remarquées que les grandes ' ». Tallemant la résumée dans une de ces constatations laconiques dont il est coutumier : « Le Cardinal était avare ; ce n'est pas qu'il ne fist bien de la dépense, mais il aimait le bien -. » Richelieu s'en est défendu souvent, jamais aussi bien peut-être que parla plume de l'un des siens, de Sdhon, qui a certainement exposé les vues de son maitre dans son « Ministre d'Estat ». « Il est magnifique et despense avec esclat, non pas à cause que naturellement il n'estime point les richesses... mais à cause que la prudence lui ordonne ainsi, et d'autant que les occasions et sa dignité le requièrent. Il ne fait pas pourtant de cette pompeuse dispensation, et de ce superbe usage des richesses qui n'est que pour la monstre et le dehors, la base de son honneur et le fondement de sa gloire. 11 sçait que tous les prodigues ont plus de volonté pour despenser que lui ■'... »
Jaloux comme il l'est du lustre de sa maion, » dont la grandeur a esté sa plus grande folie ^ », le Cardinal fait preuve pour ses proches, du Pont de Courlay son neveu, et de Brézé son beau-frère, du même souci d'une dignité ordonnée; il n'admet ni leurs dépenses excessives ni leurs prodigalités désordonnées auxquelles la malignité du temps a pu voir une allusion dans les derniers motsdeSilhon ; il reprochera plus d'une fois et durement à son neveu, de contracter, par son faste déréglé '', des dettes continuelles, lui qui les a en horreur, mais il finit toujours aussi par les payer, en paraissant céder aux prières de la duchesse d'Aiguillon.
Par une suite logique, ce n'est pas seulement dans sa propre maison et dans sa famille que Richelieu « n'a garde de pécher contre la bienséance des choses ^ » ; ce souci se manifeste dans tous les actes de sa vie publique, comme dans toutes les questions diplomatiques où le prestige de la maison royale est en jeu. Qu'il s'agisse dune réception à la
1. M. de Morgues, La vérité défendue, 163r), p. 41. (Recueil de pièces pour la défense de la reyne-mère..., Anvers, 1643.)