Ibid., Empyrica, p
6. Léon Brièle, ColL de documents pour servir ii Vhist. des hôpitaux de Paris, Paris, 1887, t. IV, p. 347.
valu d"ètre à nouveau réélu en IC»:}.")' ; voilà l)ien des titres qui expliquent qu'il soit nommé au Compte avant les deux apothicaires, Perdreau et Blouyn, à l'article unique du Compte qui le concerne.
Mathieu Berthereau, le chirurgien, vient à l'Etat des gages après l'apothicaire Perdreau, à côté duquel nous l'avons déjà vu au chapitre du Cabinet, et aux appointements de 150 livres comme lui; c'est un nouveau venu dans la maison du Cardinal. En 1()35, en efïet, Pierre Leroy, du Mans, occupe ces fonctions, comme le prouve l'Etat de la marine-, et il a fallu sa mort, survenue en mai 1()38, à la suite de blessures reçues dans une attaque par des voleurs au bois de Boulogne ', pour que Berthereau entre au service de Richelieu.
Le nom de Berthereau ne figure nulle part dans la correspondance du Cardinal, pas plus que dans les Mémoires du temps ; au commencement de ce chapitre, nous avons donné les raisons de ce silence. Il méritait mieux cependant, car il est assurément la plus haute personnalité de marque de l'entourage immédiat de Richelieu; dans la société du xvu" siècle, il a joué un rôle important par ses relations, ses amitiés, son érudition et sa valeur professionnelle, sans parler du nom de son maître et client, et de la collaboration bien modeste, et bien courte, il est vrai, qu'il lui a prêtée, mais qui a suffi pourtant à sauver de l'oubli d'autres noms moins intéressants à tous les titres.
Après avoir terminé ses études d'humanités à Angers, sa ville natale, Berthereau se rend à Paris pour faire son cours de philosophie au collège de Lisieux, où le jeune Duplessis-llichelieu, à peu près du même âge que lui, fait alors aussi ses études, dans le même cours, au sortir du collège de Navarre. Peut-être s'y sont-ils connus, et coudoyés sur le même banc; mais tandis que son condiscijile, le jeune et brillant cavalier qu'est alors le futur Cardinal, va terminer son éducation de noblesse à l'académie de Benjamin, Berthereau prend la voie diiïérente que lui tracent ses goûts, sa situation sociale et peut-être aussi ses ressources ; il fréquente les écoles de médecine et de chirurgie, et suit assidûment les cours des professeurs, tout en s'applicpiant à l'IIôtel-Dieu aux premiers travaux de la chirurgie pratique.
Comment les deux condisciples se retrouvent-ils au siège de La Rochelle,
1. ï)u Broiil, Lea Antiritiitrz de l:i Ville de Paris, Paris, 1640, p. 753 et 760.
2. Sourdis, Correspnniinncr, I. III, p. UtiO. Il est question de l-'ieiTe Leroy dans une lettre do Richelieu du 10 juin 1636. — Aubery, Mémoires, Cologne, 1667, I. III,
3. Guy Patin, Xouveau recueil de lettres choisies, Rotterdam, 169S, t. IV, p. 106.
LA sANTi'; m; niriiEi.iEr 215
le jeune Richelieu devenu cardinal et premier ministre tout-puissant, et le jeune carabin de Saint-Cosme, arrivé chirur<^ion militaire, et prenant la maîtrise de chirursi^ie?
Berthereau, un angevin, a-t-il l'ait partie de cette pléiade de volontaires de l'Ouest qui, sans distinction de croyances reliji^ieuses, ont répondu au cri de ralliement du Cardinal '■ assez puissant pour étoulîer le grondement des passions toutes récentes de la Ligue -' par le réveil des vieux souvenirs de l'occupation anglaise ? N'ayant pas tie fortune pour attendre la clientèle, ou dédaigneux du sort obscur de la majorité de ses confrères ignorants, s'est-il engagé dans la compagnie d'un régiment f|ui va au siège, où ses connaissances praticpies lui permettent d'obtenir le grade de petit officier, qui le classe comme chirurgien entre le sellier et le fourrier à la solde mensuelle de 22 livres 10 sols? S'esl-il offert pour aller à l'île de Ré assiégée, dont la garnison est privée de toutes ressources ? A-t-il eu recours à son ancien camarade du collège de Lisieux, heureux de l'employer à un moment désespéré où il utilise toutes les énergies et toutes les valeurs que sa mémoire merveilleuse lui rappelle? Le Cardinal, le premier, s'est-il souvenu de lui à un moment critique ? Tout autant de questions insolubles, sans doute; un fait seul est certain, c'est que la fortune de Berthereau commence devant les murs de La Rochelle, évidemment grâce à la protection puissante et à l'amitié de Richelieu.
A partir de ce moment, elle est liée à celle du Cardinal : lors de la guerre du Piémont, Berthereau a le titre de chirurgien-major de l'armée, et sa charge en fait certainement l'un des auxiliaires directs de Richelieu dans les opérations militaires. La trêve qui lui permit de revenir à Paris pour y prendre le grade de chirurgien de robe longue, grade qui l'agrégeait au Collège des chirurgiens privilégiés dut correspondre à la période de 1629, pendant laquelle le Cardinal termina la guerre du Languedoc par la paix d'Alais, avant de revenir en Italie pour prendre Pignerol et sauver Suze. La biographie très sommaire à laquelle nous devons ces renseignements nous apprend encore qu'à la fin des expéditions qu'il fit à sa suite, Berthereau reçut du Cardinal, en plus de larges récompenses, le litre de chirurgien-major des places et armées royales ; n'est-ce point à lui que de Morgues faisait allusion lorsqu'il écrivait » qu'un autre maréchal de France (Toiras) a moins de récompenses et de pensions, après