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Jal, Dict. critique

4. Georges Mon val, Le laquais de Molière, Paris, 1887, p. 2.

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nommé des Noyers. Un jour ce <^ar(,'oii se mit ;"i tournoyer autour de M. Servien : « Qu'y a-t-il? Qu"as-lu'.' — Peste de vous! j"ay perdu ma gageure : j'avois gagé que vous estiez borgne de l'œil gauche, et c'est de l'œil droit. » Ce mesme, au premier de l'an, leur demanda si Jesus-Christ, quand il nacquit, estoit catholique ? On luy rit au nez. » Je veux dire chrestien », dit-il. On rit encore plus fort. » Pourquoy tant rire? Quelle feste est-il aujourd'huy? — La Circoncision. — Hé bien! ne falloit-il pas qu'il tust .luif ' ? »

Desnoyers est certainement le personnage appelé» le Cousin » àl'Ktat des •'aères de 162(5 et au Testament du Cardinal. Dans ces deux derniers documents, en elFet, il ligure précisément au même rang que sur l'Etat de 1639, après Seneschal dans le premier, après Desbournais, dans le second où le nom de Seneschal est absent. « Le Cousin » est donc un surnom, qui sert à désigner le valet de chambre Desnoyers, de même que Pierre Benard, le garde vaisselle, Jullien Maillard le pannetier, François Le Tellier, le chef d'office sont dits La Ruine, des Lauriers, de la Voulte. Son surnom ne ligure pas, il est vrai, à l'Etat de 1639, comme pour ces derniers, alors que sur celui de 1626, et au Testament, il est désigné seulement par ce surnom, mais le fait s'explique aisément et par des causes concordantes. Il y a d'abord la ditférence de caractère des documents ; l'Etat des gages delà maison en 1626 n'a rien d'oftîciel; c'est une simple note, une sorte de mémorandum plutôt qu'un état régulier ; les gentilshommes servants, le contrôleur, le médecin y sont confondus, sans désignation de leurs fonctions, sous la rubrique générale de domestiques ; il n'est donc pas surprenant que Desnoyers n'}- soit porté que sous l'appellation familière courante que lui donne le Cardinal et peut-être aussi Le Masle.

Le Compte de 1639 a été dressé, au contraire, avec tout le soin et l'importance réservés à une pièce quasi-oflicielle, une véritable pièce d'archives. Si les trois domestiques cités plus haut y sont portés avec leurs noms suivis de leurs surnoms, c'est sans doute parce qu'ils sont connus dans la maison sous ces dernières appellations seulement, mais ils ne sont pas attachés à Richelieu k un titre exclusivement personnel, comme Desnoyers, ils n'ont pas dans la maison le même rang. Ce surnom de « le Cousin » ne répond comme les autres ni à une particularité des fonctions, ni à un défaut physique, le cas sans doute de celui de Le Tellier ; s'il n'a pas tiré son origine de l'homonymie du valet de chambre et du

i. Tallemanl, llisl.. 1. III, p. W),

La Maison du Cardinal de RichelieC. là

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secrétaire d'Etat ', Ion a dû évidemment à un moment donné la lui attribuer ; or un homme seul, dans la maison, a pu se permettre une plaisanterie de ce g-enrc, ce ne peut être que le Cardinal ; et c'est si vrai, que lorsqu'il dicte à Narhonne son Testament, pour désig'ner à son rang Desnoyers, le seul nom qu'il emploie d'habitude couramment pour le désigner vient alors à ses lèvres : « le Cousin » .

Richelieu, et c'est bien encore là une des marques delà précision de son esprit, aime non pas les sobriquets, mais les appellations parlantes : il n'appelle presque jamais le Maréchal de Gassion que » La Guerre 2 », Marillac que « L'épée » ; dans la correspondance d'Etat, le P. Joseph, le roi, la reine ont tous des surnoms.

Un lien de parenté quelconque unissait-il réellement le valet de chambre au secrétaire d'Etat dont le nom patronymique est, du reste, Sublet? 11 est extrêmement probable que non; Tallemant qui n'aimait point ce dernier, et qui a dit de lui qu'il avait une « vraie âme de valet », n'eût pas manqué de le consigner dans la longue historiette qu'il lui a consacrée et qu'il commence par ces mots : « Monsieur de Noyers s'appeloit Sublet ».

Pourquoi le Cardinal avait-il affublé son valet de chambre de ce surnom ? On peut supposer que c'est en raison de la similitude de son nom avec celui du secrétaire d'Etat, si toutefois la nature des relations existant en 1626 entre ce dernier et Richelieu permet cette hypothèse; en ce cas, était-ce simplement pour lui un moyen de les distinguer, à la suite peut-être d'une équivoque ridicule qui est assez vraisemblable, vu le personnage épais qu'était le valet de chambre? Ce surnom a-t-il eu son origine dans une mystification du Cardinal vis-à-vis de son domestique, amusement auquel il se plaisait ? Une anecdote de Ménage rapportée déjà en partie aux Secrétaires expliquerait cette familiarité ^. N'y faut-il

i. Les noms du valet de chambre el du secrétaire d'Etat sont identiques; c'est inexactement que ce dernier est appelé de Noyers; son père est dit Jean Sublet, seigneur des Noyers, dans Vllistoire des secrétaires d'Elat {Kauvelel du Toc, Paris, 1668, p. 291,295); presque tous les contemporains l'écrivent ainsi, à commencer par le roi (.\venel, Lettres..., t. V, p. 490). Les secrétaires de nuit de Richelieu écrivent généralement de Noyers Jbid., t. IV, p. 752; t. V, p. 782, 790, 795, 797, 1002); Charpentier qui tenait la plume sous sa dictée, met tantôt de Noyers {Ihid., t. IV, p. 775, 790J, laiitol des Noyers (Uiid., I. IV, p. 273, 755); quant au Cardinal, c'est presque toujours des Noyers que l'on retrouve dans ses lettres originales (Ibid., t. V, p. 228, 558, 587, 852).

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