Gantez, L'enlrelien, des musiciens, p. 24b
La SiusiQuË 253
LsetaminI n qu'il avait dédiée à Le Masle pour arriver au Cardinal et dont « on fit un quanquan, qu'il sembloit, dit-il, que j'eusse mordu la lune •> '. L'excellent chantre avait été plus loin pour s'attirer la faveur du chanoine tout-puissant, grâce à laquelle la médisance railleuse de Paris lui reprochait avec ironie d'avoir obtenu la maîtrise de Saint-Innocent : « Au contraire, confesse-t-il ingénument, j'ay fait envers luy comme ce chirurgien si niais et si courtois qui faisoit la barbe à ses chalans, et encore leur donnoit-il à boire, et moy après luy avoir dédié une œuvre, je fus encore si fou que de luy faire des présens des choses les plus exquises, et cependant n'a jamais rien fait pour moy, disant qu'il estoit malade lorsque je l'employois. Cette considération est cause que je ne veux plus dédier mes œuvres aux grands '-. »
Ce trait de résignation philosophique sans amertume achève de peindre ces grands enfants, aussi naïfs qu'insouciants, aussi désintéressés qu'infatués, avec une susceptibilité chatouilleuse d'un comique émouvant. L'esquisse n'est pas chargée : Mangars '• refuse l'abbaye de Saint-Julien quoique valant cinq cents livres de plus qu'une autre avec laquelle il a le choix, et qui appartenaient toutes deux k de Morgues, dans la crainte qu'on ne l'appelle <( saint Julien le menestrier » ; c'est encore lui qui s'obstine à ne pas jouer devant un musicien de M"' de Savoie, un signor Horatio, bon joueur de harpe, pour ne pas déchoir ; il en faisait du reste autant pour le roi d'Espagne qui ne voulait l'entendre que derrière une jalousie et qu'il voulait voir en jouant devant lui, comme son roi à la cour de France. Lambert ^ est peut-être moins fou, mais tout autant visionnaire ; toujours engagé de-ci de-là dans des parties où il ne gagne rien, promettant à tout le monde, et manquant à tout le monde, assidu du « Bon-Puits » et du « Riche-Laboureur » avec ses amis Dalibray, Pailleur et Benserade ■'' ; s'oubliant dans une cave de vin muscat à la Croix du Tiroir, un soir qu'il doit chanter chez le Cardinal ; marié quasi de force par celui-ci à sa fiancée, une de ses élèves, la fille de Bel- Air ; gueux du reste comme ses confrères, et « bizarre comme la plupart des gens de musique » ; ne pensant point à sa fortune à laquelle les étrangers doivent songer pour lui, le vrai prototype de cette classe « hors rang » pour laquelle il n'est pas d'échelon dans l'échelle sociale du xvii' siècle, et