‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 272 sur 464 · I.A liOVCHE · texte numérisé non relu

I.A liOVCHE

de Le Tellier, qui, le lendemain, fera sécher d'envie son ami et confrère, Hester ', le grand spécialiste pour le ling-e, auquel il doit le procédé pour figurer une fleur de lys, la galanterie traditionnelle pour les réceptions royales.

Avant l'arrivée de la compagnie, Daicq a vérifié si la table est dressée dans les règles ; il s'est assuré que les assiettes d'argent portant le pain recouvert par la serviette, ont bien les armes gravées tournées vers le milieu de la table, que le couvert est à la main droite de chaque assiette, en commençant par le couteau à la pointe arrondie - au tranchant tourné vers l'assiette, que la cuillère est bien posée le creux vers le bas, et surtout que ces pièces ne se croisent point ; il a placé lui-même à droite de l'assiette du Cardinal son cadenas de vermeil, rempli la salière, et disposé le couteau, la cuillère et la fourchette sur la serviette qui le couvre ■' ; sou dernier coup d'œil a été pour la salle, car, mieux que personne, il est au courant des exigences du maitre...

Avec son « petit estomac » dont son ennemi aécritqu'«il se digérerait luy mesme, s'il ne dévorait toute la France ^ », le Cardinal est dune sobriété remarquable ; lorqu'il dine seul avec des Noyers, au grand désespoir de celui-ci habitué à plus forte chère, et obligé de dîner alors une seconde fois ■', son repas se compose seulement de deux plats et d'une salade '' ; il est même souvent transformé en une causerie intime dont quelques familiers, comme Citoys, le maître de chambre et l'abbé de Bois-Robert font les frais, avec en plus, d'aventure, quelque agent diplomatique auquel Richelieu veut faire honneur " ; chez lui, cette frugalité est aussi affaire de principe, car depuis longtemps, il estime « qu'une heure qu'on donne au ventre tient tout le jour l'esprit en tormente ** » ; mais en revanche, si le Cardinal (( abhorre les festins '■' », s'il aime comme ordinaire « un traitement modéré », il le veut impeccable d'ordonnance aussi bien qu'irréprochable de propreté ; ce n'est là du reste que la conséquence naturelle de la netteté et de la précision qu'il apporte à tout ce qu'il fait et qu il tient

1. Crespin, UOEconomie, etc., 1641. {Variétés hist. et lift., Paris, 18t3, t. X, p. 22.)

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