‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 278 sur 464 · V'« de Grouchy, Comptes de maison, etc, p · texte numérisé non relu

V'« de Grouchy, Comptes de maison, etc, p

« Chaque table a quatre plats de fruits, soir et matin. Chaque page reçoit quatre pains ; chacun des valets trois, et dix autres pains servent à trancher. >>

Le marché de Seneschal comprend ég-alement les accessoires de la bouche, gages du cuisinier spécial et du servant de cuisine, dépenses du bois, etc. Mais, alors quun prix unitaire sert de base à l'établissement du mémoire qui concerne uniquement la nourriture, il y a eu, au contraire, un forfait pour le linge de table en 1639; le montant, 600 livres, en est donné par l'article spécial de la dépense ordinaire de l'année pour les meubles, et le marché nous en fournit d'autre part le détail : une nappe blanche chaque jour pour chaque table, une serviette pour chaque maître et page, et deux serviettes à cluupie tajjle jiour laver les mains. Voilà un nouveau témoignage de la sollicitude de Richelieu pour tout ce qui intéresse la propreté dans sa maison.

Le gouverneur et les maîtres dînent en même temps que leurs élèves, et ce ne doit pas être un des moindres divertissements pour ces jeunes gens railleurs que d'entendre les discussions des trois maîtres sur leur art; tout à la joie, lorsqu'ils ne voient point apparaître, muni de son inséparable pochette, le s' Favier, leur maître à danser et aussi leur maître de maintien et de belles manières, qui les réprimande vertement sous l'œil moqueur de Bourdon, le maître en fait d'armes, lorsqu'ils mettent les coudes sur la table, s'essuient avec leur serviette le visage couvert de sueur à la suite d'un assaut fatigant, ou d'un exercice plus violent au manège, fleurent le poisson avec dégoût, se curent les dents avec leurs fourchettes, une fois (( rembourré le moule de leur pourpoint », ou coupent en long, comme une pomme, et non pas en travers, les oranges qui sont servies quelquefois avec le rôti, certains jours de gala, une galanterie du cuisinier, qui vaut à Seneschal un triple ban de cette jeunesse bien endentée...

Le contrat de Seneschal, que nous avons en partie reproduit, ne peut se rapporter à l'année de 1639 qui nous occupe; il y est en effet question du linge de corps, alors ({iie, d'après le détail du Compte, le linge de table seul figure en 1639. De plus, il y est spécifié 12 valets, alors qu'il n'y en a que 10 dans notre année ; toutefois, le chiffre moyen de 34 livres indiqué dans l'analyse de cet acte pour la dépense journalière, se rapproche sensiblement de celui que donnent les règlements mensuels de 1639 ; ceci suffit à nous prouver que dans cette dernière année, le nombre de personnes nourries est, k peu de chose près, le même que dans l'année du contrat précité, autrement dit qu'en 1639, le contrat de Seneschal com-

prend la nourriture des pages, de leurs maîtres, et des 3 valets de ces derniers, ainsi que des valets de pied ; nous n'avons pu arriver à déterminer daprés le Compte, de prix de base unitaire; peut-être y en avait-il plusieurs, l'un pour les maîtres, l'autre pour les pages, le troisième pour le reste de la livrée.

A la dépense ordinaire que nous venons de voir, vient s'ajouter celle qui est occasionnée par les convives occasionnels ou de passage, « les survenans », comme on les appelle; et ce n'est pas un point négligeable que celui-là dans le budget d'une maison de l'époque, avec la fréquence des voyages et la complication du train dont on se fait suivre ; car le survenant est reçu et traité avec tout son é([uipage et toute sa suite, et son hôte tient à honneur de déployer pour lui l'hospitalité la plus magnifique. Vers la fin du siècle, ces traditions de générosité se limiteront au maître qui sera seul reçu et enverra ses valets et ses chevaux à l'hôtellerie voisine ' ; l'on citera alors comme une exception remarquable la générosité du chancelier de Bellièvre qui tient tous les ans, pendant ses vacances, à sa terre de Grignon, une table magnifique, et qui paye « en outre aux hôtelliers toute la dépense des valets et des chevaux qu'amènent les maîtres qui le viennent voir - ». Au milieu du siècle, les mœurs n'en sont point encore là; lorsqu'en 1618, de Bassompierre reçoit à lionceau, où il est capitaine, la visite du roi qui y demeure dix-sept jours, il en est poiuune dépense de dix mille écus •*; onze ans plus tard, il en coûtait la même somme à Louis XIII pour la réception de Sir Edmond, 1 ambassadeur extraordinaire d'Angleterre qui pendant dix jours était défrayé avec toute sa suite à l'hôtel des Ambassadeurs extraordinaires '*. Le duc de Montmorency faisait mieux ; pendant deux mois, il logeait et traitait avec un faste prodigieux, à Pézenas où étaient assemblés les Etats généraux de la province, le cardinal de Richelieu, accompagné des maréchaux de Bassompierre, de Marillac et de Schomberg qui s'y étaient rendus de Montpellier, après l'édit d'union de la Chambre des Comptes avec la Cour des Aides de cette ville -''. Il y avait aussi de plaisantes exceptions à cette coutume de politesse ruineuse : de Coupeauville, connu pour son avarice, disait en riant, de son abbaye de la Victoire, où il habitait, que ce

1. Sandras de Courtilz, Méni. de Monsieur le comte de Rochefort, La Haye, 1710,

2. Amelot de La Houssaye, Mémoires, La Haye, 1737, l. H, p. 62.

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