juillet
Ce pamphlet inaugure toute une série de libelles absolument distincts de ceux qui les ont précédés, ainsi que des pamphlets contemporains de sources différentes ; leurs caractéristiques sont très accusées ; la plus intéressante, à notre point de vue, découle de la personnalité même de leur auteur.
De Morgues, en effet, a vécu longtemps dans l'intimité particulière du Cardinal ; il est au courant des moindres circonstances de sa vie privée ', de ses infirmités, dont Richelieu dissimule avec tant de soin la nature, des soins assujettissants qu'elles exigent de la part de cette trinité médicale qui l'entoure, de ces dessous lamentablement humains de la dorure du pouvoir ; il connaît son caractère inégal et triste, assombri par les préoccupations dues à son état de santé, et à sa situation politique, et aussi par ses terreurs qui sont la cause de ses insomnies. Aucun de ses goûts nest ignoré de lui, pas plus que ses ambitions et ses faiblesses. Il est au courant de ses procédés de politique, lui qui a travaillé immédiatement sous ses ordres et sous son inspiration directe, aussi bien que de la nature délicate de ses rapports avec le roi. La fortune du Cardinal a grandi sous ses yeux ; il en a .suivi la marche ascendante et les progrès rapides; il a fréquemment constaté ce mélange d'ambition, d'amour du faste et d'avarice dont il n'a peut-être pu pénétrer les causes réelles trop profondes, pour l'avoir observé de trop près ; il a vu se remplir les coffres de Le Masle, noté jour par jour depuis les débuts modestes de Richelieu à son entrée dans la maison de la reine-mère, l'accroissement de ses richesses devenues légendaires.
Sur l'entourage immédiat du Cardinal, il est tout aussi renseigné : il sait le degré d'intimité des domestiques auprès du maître, la confiance qu'il leur accorde, les secrets qui le lient à tel d'entre eux ; il a entendu les propos d antichambre et sait à quoi s'en tenir sur les dévouements auxquels se confie le Cardinal ; il a pu apprécier la valeur de bien des protestations de fidélité, pesé les affections qui l'entourent, il connaît les molùles cachés qui valent au ministre cette coin- empressée : il a vu, en un mot, l'envers de cette puissance.
Pour sa famille, il en est de même ; là encore, il n'ignore rien de ses affections, de ses préférences, de ses déceptions et de ses rancunes secrètes.
Ce rapide exposé montre comijien chaque indication de lui est précieuse; elle nous transporte dans la maison même du Cardinal et soulève le voile
1. Rpinonstrance (le Caton Chreslien, 1631, in-4°, p. 187-191.