‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 29 sur 464 · MATHIEU DE MORGUES · texte numérisé non relu

MATHIEU DE MORGUES

sur lun des taljleaux de sa vie privée ; elle nous initie à quelqu'une de ses habitudes, de ses passions, nous révèle un trait de son caractère ; de là, l'importance de cette source pour tout ce qui touche personnellement Richelieu. 11 est peu de questions sur lesquelles elle ne nous apporte un détail inconnu, souvent bien inliiiie, mais toujours intéressant et tvpique ; aussi aurons-nous fréquemment l'occasion de la retrouver.

De Morgues n'est pas seulement redoutable pour le Cardinal à ce point de ^ale spécial ; il l'est tout autant sur la question purement politique. Il a, en effet, vécu à la cour, il en connaît toutes les intrigues et leurs dessous, ce que lui ont permis sa situation privilégiée et aussi ses relations d'amitié avec des hommes éminents comme Serviu, Gillot, Derivaux, et puissants comme Beauclerc, le premier secrétaire d'Etat, et Heroard, le premier médecin du roi '. De plus, sa mémoire le sert; « il a beaucoup appris depuis 1612 et peu oublié- » ; il a même eu en son pouvoir une partie des papiers authenti([ues relatifs à toutes les affaires auxquelles le Cardinal a été mêlé, à l'intérieur comme à l'extérieur-^.

Les haines déclarées ou occultes qui enveloppent son ennemi le servent, et il est aussi bien renseigné sur ses faits et gestes que documenté sur le passé '*, car il a gardé « des amis dans toutes les rues de Paris, depuis qu'il y a prêché dans toutes les paroisses ' ».

Enfin, il est l'élève du Cardinal comme dialecticien et comme pamphlétaire, et il applique à son ancien maître, devenu son adversaire, les procédés qu'il tient de lui.

En face de Richelieu qu'il traite avec une pitié méprisante ^', il a la conscience de sa force ; l'on sent un homme à l'aise dans cette lutte, tellement k l'aise qu'un de ses rares lecteurs dira plus tard, un peu naïvement, de lui que « d'un air fort tranquille et avec une apparence modeste, il traite fort mal le Cardinal " ».

De Morgues connaît sa propre valeur comme écrivain et comme polémiste. Avant lui, les pamphlets et en particulier ceux qui étaient dirigés

1. Lettre de change protestée, ou réponse à la lettre de change de Jean Sirmond, caché sous le nom de Sabin, 1637, p. 4. {Recueil de pièces pour la défense de la reynemère... Anvers, 1643.)

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