‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 288 sur 464 · octobre · texte numérisé non relu

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3. H. de Rohan, De l'inleresl des princes et estais de la chrestienté, Paris, 1638, p. 20 et 27.

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Sa veuve, la duchesse, continue à s'inspirer de ces principes ; mais la mort de son mari a été le signal de vicissitudes de toutes sortes ; l'équilibre délicat et périlleux qu'elle doit maintenir est rompu par sa propre famille ; ses deux beaux-frères, le prince Thomas et le Cardinal de Savoie se sont déclarés pour l'Espagne contre elle. L'Empereur ayant rendu un décret qui casse le testament de son mari et qui la prive de la tutelle de ses enfants ', le roi d'Espagne a permis au prince Thomas de quitter la Flandre pour travailler, de concert avec le marquis de Leganès, gouverneur de Milan, à chasser du Piémont les Français qu'elle y a appelés à son secours, mais qu'elle oc soutient pas des subsides promis, fidèle à la ligne de conduite du feu duc Amédée. Chivas est pris par le prince Thomas ainsi que Crescentin; Quiers, Moncallier, Yvrée, ^'erruese rendent à lui ; Turin, où elle s'était réfugiée, résiste une première fois à l'attaque du prince Thomas, grâce aux forces du cardinal de la Valette, mais le départ du comte d'Harcourt de la côte de Provence pour aller à la recherche de la flotte espagnole, livre aux ennemis le château de Nice, l'une des plus fortes et des plus importantes places de Savoie, ainsi que le port et la citadelle de ^'illefranche. Tout le Piémont est soiUevé contre la duchesse ; la faible santé du jeime duc de Savoie permet d'accréditer le bruit que, s'il venait à mourir, elle est résolue à faire passer la sucession à ses filles au détriment de ses beaux-frères ; il s'y joint des attaques contre sa vie privée, attaques auxquelles les assiduités complaisamment écoutées de son écuyer Daglié semblent donner un fondement.

Dans cette situation désespérée, M""= Christine se tourna vers son frère, mais le cardinal de Richelieu savait trop bien à quoi s'en tenir sur les promesses de la Savoie pour ne point prendre ses précautions ; les conditions qu'il imposait à la duchesse pour une alliance étaient dures ; elle devait remettre entre les mains de Sa Majesté toutes ses places avec ses enfants, et céder de plus à la France un certain nombre de vallées en contre-partie des dépenses extraordinaires où l'engageait sa défense. L'ambassadeur d'Emery d'abord, puis Chavigny furent chargés de cette négociation délicate ; il y avait encore im autre point dont nous avons dit un mot, c'était la remise au roi de son conseiller le P. Monod dans lequel le Cardinal devinait avec raison l'àme de la résistance. La duchesse ne put se résoudre à ces sacrifices, et malgré la reprise de Chivas par le cardinal de la Valette, il fallut la prise de Turin, sa capitale, par le prince Thomas, pour la décider à une entrevue à Grenoble où elle traiterait direc-

1, P. Griffet, Hist. du règne de Louis XIII, t. III, p. 212 et suiv.

La M.\ison Dr Cardi.xal de niciiELiEU. 20

tement avec Louis XIII des dillerents points qui avaient fait l'objet des négociations jusque-là inutiles des agents diplomatiques.

Une trêve proposée par le nonce GaU'arelli qui faisait les fonctions de médiateur fut acceptée de part et d'autre ; elle devait durer du 14 août au 24 octobre; cette trêve fut mise à prolit pour l'entrevue projetée.

Riciielieu fondait sur elle ses dernières espérances ; aussi n'omit-il rien de ce qui pouvait frapper l'esprit et le cœur de la duchesse.

Le roi est arrivé le 21 septembre à Grenoble ' avec le cortège le plus imposant qui se puisse voir ; en plus de sa maison militaire commandée par le marquis de Gordes, capitaine de ses gardes, est venu le comte de Guiche, colonel du régiment des gardes françaises ; le marquis de Montespan, maître de la garde-robe ; il j a l'élite de la cour : le marquis de Mortemar, premier gentilhomme delà chambre, les ducs de Mercœur et de Beaufort, le nonce du pape Bolognetti, Gornaro l'ambassadeur de Venise, les trois secrétaires d'Etat, Ghavigny, des Noyers et La Vrillière jusqu'au comte du Plessis que la duchesse connaît depuis longtemps et qui peut aider à la persuader. Le cardinal de Richelieu s'est présenté lui aussi avec son train le plus fastueux, sa livrée refaite k Lyon jusqu'aux bottes, sa vaisselle redorée et mise à neuf dans cette ville...

Trois jours après ", la duchesse arrivait de Ghambéry à Grenoble avec la princesse de Savoie, sa fille aînée, accompagnée d'une suite nombreuse et d'un grand équipage : les marquis de S. Damien, de Pianezze, de Lubin, et de S. Maurice, revenu récemment de France où il était ambassadeur, entre autres, ainsi que les comtes de Morelte et Philippe Daglié, ses principaux confidents. Elle redoutait l'entrevue à laquelle elle s'était refusée longtemps, et avait pris la précaution d'envoyer son fils à Montmélian ; dans cette série de conférences qui durèrent plus de quinze jours, elle eut à subir de rudes assauts ; mais ce fut en vain que le Gardinal y déploya toutes les ressources de son génie de diplomate, tour à tour insinuant et menaçant, dictant au roi ■' tous les discours capables d'émouvoir la duchesse, faisant appel à la raison d'Etat comme aux sentiments de famille ; tout fut inutile, et dans ce tournoi diplomatique, il dut s'avouer vaincu malgré « la magie de sa parole '' », devant les pleurs de la femme qui n'étaient peut-être qu'un calcul. Gette page du Gompte,

i. Micliel Le Vassor, Hlul. iIu ri^r/npde Louis XIII, t. IX, 2'- partie, p. .349 et suiv.

2. Hassompiene, MénKjires (M" de Chaiitérac), Paris, 1<S77, t. IV, p. lilO. — Moiiglat, M/'iiioirea, Amsterdam, 1727, t. I, p. 307.

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