LA MAISON DU CARDINAL DE KICIILLILI
un exercice corporel, doit logiquement, dans cet ordre d'idées, précéder les mathématiques : vingt-deux ans plus tard, la persistance de cette idée se retrouvera dans les premières lignes des » Lettres patentes de Louis Xn' pour l'établissement d'une Académie royale de danse en la ville de Paris » où la danse est présentée comme « l'un des arts lès plus honnêtes et les plus nécessaires à former le corps et à lui donner les premières et les plus naturelles dispositions aux exercices des armes... »
Favier est donc le collaborateur immédiat de Bourdon ; il dirige à la fois les exercices de voltige, suivant les règles de Tuccaro ', le saut, la lutte, la nage, le maniement de la pique, destinés à développer la force et l'agilité de ces adolescents, et aussi les exercices de danse et de maintien ; ils sont tous liés intimement, car ils servent à donner la bonne grâce nécessaire à un gentilhomme destiné à la Cour, aussi bien pour porter sans gaucherie et avec aisance la pique et le mousquet que pour se présenter convenablement dans les salles de conversation et dans les assemblées de bal.
Ce dernier point de vue seul est suffisant pour c[ue la danse fasse parlie intégrante de l'éducation d'un n honnête homme » et au tout premier rang, sur la même ligne que les exercices corporels et le manège ~ ; l'austère Fortin, lui-même, insi.ste sur sa nécessité ', et l'on trouve le maître à danser auprès d'un jeune gentilhomme de (pialité, avant même d'être en âge de commencer les armes ou de monter à cheval ^.
La danse est du reste en grande vogue; elle trouve grâce devant les censeurs les plus sévères; à propos des ballets, l'intarissable abbé de Marolles fait l'apologie de la danse du temps, non point » des vilaines mascarades qui courent dans les rues le jour du Carnaval, ni moins encore de ces danses impudiques qui se font quelquefois en des maisons particulières,... mais de la danse honnête oii rien ne choque la modestie et la bienséance, de sorte que les Cardinaux, monsieur le Nonce apostolique, et les yeux des Prélats les plus saints et les plus religieux en sont témoins, aussi bien que toute la Cour, en présence du Roi et de la Reine ^ ».
C'est l'un des divertissements favoris de la Cour ; dans les bals qui se
1. Ai'clianifO Tucc;iro, Trois (linlixjiirs sur l'crorcice ilr sauter ni vollirjrr on inir. Avec les figures ijui servent h lu parfuicte ilemonslralion et inlelligence du iticl arl, Paris, V:M.