Monstre du 31 septembre 1639. (Ms. orig. Coll. de l'aut
C'est seulement dans les mois où la Compagnie a son efïectif au complet, que cette somme iloit se retrouver uu Compte sur le certificat de paiement correspondant, et c'est bien ce que l'on y constate ; dans les autres mois, il y a eu des mouvements de personnel, soit par suite de congés pour maladies, soit par suite de décès et d enrôlements, pour combler les vides ; or, le Compte n'accusant que l'efl'ectif réel au dernier jour du mois, celui de la monstre, sans nous donner le détail de ce mouvement, il doit présenter forcément des divergences entre le total de la monstre, et le nombre d'hommes qu'il indique. Cette remarque nous conduit à constater que la monstre est faite d'après le nombre des journées de service, et que par suite l'appel nominal quotidien est le contrôle d'un rôle régulier qui sert de base à l'établissement de celui de la monstre mensuelle, et enfin (jue dans la comptabilité spéciale aux Compagnies, il règne le même ordre rigoureux que dans le reste de la maison.
La maison militaire du Cardinal va de pair, comme on le voit, avec celles des Princes du sang, et même avec celle du roi qu'elle dépasse certainement, sinon par le nombre et par le luxe, au moins par l'organisation, la discipline et la tenue ; aussi, « représentant» comme elle le fait, « une marque de souveraineté ' », a-t-elle joué un rôle important dans les rapports de Richelieu et de Louis Xlll, et à ce point de vue. elle présente un intérêt historique considérable.
Le roi la jalouse pour plusieurs motifs : elle lui semble d'abord un empiétement sur son autorité et sur le terrain qui lui touche le plus au cœur, car il est, avant tout, passionné pour leschoses militaires; Héroard le peint tout enfant avec ce penchant instinctif. Dès l'âge de 'i ans à peine, « il s'amuse aux exercices de guerre-' »; ses premiers jouets sont une arbalète et des armures ; « tous les autres passe-tenqis que la chasse et les armes ne lui sont rien ' » ; il ne se plaît qu'à jouer au soldat, mais non point en chef, malgré son caractère altier; il apporte, au contraire, dans ces amusements du premier âgele goûtdes occupations d'ordre inférieur;
1. CXXXVII. — Les gardes représentent quelque marque de souveraiiielé, el pour ce, les Etats supplient Votre Majesté de ne permettre spécialement en temps de paix, qu'aucun en Votre Hoyaume, en quelque qualité qu'il soit, ait desgardes que la Reine et Monsieur. {Cahier des Ucmonslrances du clergé de France, présenté au lioy durant les Etals généraux du Royaume, tenus à Paris es années 1614 et 1645.) Cet article avait peut-être été inspiré par Hiclielieu lui-même aux États de 1614.
2. Iléroard, Journal de Louis Xlll, t. I,^). 73. ■3. Ibid., p. 92.
il aime ;\ s'assujettir h la rigueur de la faction des sentinelles, à recevoir des ordres, à se faire réprimander, il recherche même les sévérités de In discipline militaire, et s'y plie avec plaisir ; c'est le détail même du métier qui l'attire, et dans lequel il se complaît.
Devenu roi, il continue avec passion le jeu de capitaine et aussi de lieutenant, se plaisant k l'occasion à recevoir les ordres de Toiras, nommé par lui au commandement de sa « compagnie de tireurs en chassant et en volant " ' ; au siège de La Rochelle, il met lui-même, comme un soldat la main à l'œuvre ; si le Cardinal est ai-rivé à galvaniser vers un hut cet esprit à la fois inquiet et versatile, c'est en même temps que par l'idée religieuse, grâce à ce penchant inné et irrésistible, qui est une partie de l'héritage paternel -. Déjà en 1622, dans la campagne du Languedoc, le roi a pris la part la plus active et la plus directe aux opérations des troupes ^.
Si Louis XllI fait d'aventure preuve d'initiative, s'il arrive par exception, à fixer sa volonté maladivement paresseuse, c'est pour des questions militaires ; il envoie en secret dePontis s'instruire dans l'art de la guerre pendant trois mois au fort Louis auprès du gouverneur de cette place, Arnault, Mestre-de-camp du régiment de Champagne, et s'astreint pendant un mois il apprendre de lui avec des « bilboquets ou des figures de plombs » tout ce que l'officier a rapporté de connaissances militaires '*. Avec Puységur, il fait la critique des ouvrages de fortifications k Ilesdin ',
1. i< Le Roy a eu naturellcmoiil de grandes inclinations aux vertus; pour les militaires, il sembloit y estre nay. De sorte qu'à mettre une armée en bataille, à ordonner des fortifications, à pointer lescanons, il y réussissait dès son enfance; je l'ai veu souvent dans ces exercices avec admiration : Pour tirer de l'arquebuse, il estoit le plus juste du royaume.» {Hist. du maréchal do Toiras, Paris, p. 23, 2t), et 27.)
2. ciSa Majesté travaille continuellement; il a réglédepuis huit jours son armée, en sorte que, composée de 12.000 hommes effectifs et de 800 chevaux, la despense n"en reviendra qu'à 4 millions de livres par an, et doresnavant ses soldats ne pourront plus estro privés de leur solde, estant payez tous les neuf jours avec un fort bon ordre. Sa Majesté a réformé les régimeiis nouveaux qui déperissoient et a faict résoudre les maistres de camp de les resduire chacun à une compagnie de 300 hommes ; il faict luy-mesme la reveue de son armée, il visite ses travaux, et a pris li. peine depuis six jours de recognoistre en personne le lieu où il a fait commencer le fort du pont de Salines... Avant-hier Sa Majesté fut ti'ois heures durant à la digue qu'il a faict commencer pour barer le port. Non seulement y faisoit-il travailler à sa veue ; mais, bien que les roys n'entrent point en comparaison avec les aultres hommes, pour m'onstrer à un chascun ce qu'il doiht faire, il voulut luy-mesme mettre la main à l'œuvre... • Lettre de Bichelieu à la reyne-nxf-re, 11 décembre 1627 (.\venel, Lettres..., t. 11, p. 7r,l}.
.■?. Puységur, Mémoires, Paris, 1747, t. I, p. 22 et suiv.