‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 379 sur 464 · Tallemant, Ilisl., t. II, p · texte numérisé non relu

Tallemant, Ilisl., t. II, p

5. De Pontcharliaiii s'est étendu longuement dans ses Mémoires sur ce point intéressant; en voici le passage le plus saillant : c< J'ai cy-devant représenté le chagrin et déplaisir que le Roi rccevoit de se voir méprisé et comme abandonné, n'ayant personne à sa suite que deux ou trois gentilshommes ses domestiques, entre lesquels étoit M. de Luynes, et quelques valets suivans ; et s'il y en avoil quelquefois d'autres, c'étoient ceux qui, par la fonction de leurs charges, ne pouvoieut l'aire autrement, comme les capitaines, lieutenans et enseignes des gardes de son corps, et quelques capitaines ou niemlires du régiment de ses gardes ; mais c'ctoit bien rarement, et s'il y en avoit quelques-uns, les autres alloient faire leur cour chez la Reine sa mère. Il se voyoit donc réduit, il y avoit plus de six mois, à se promener dans les Tuileries où il avoil pour compagnie un valet de cliions et quelques jardiniers, quelque fauconnier, ou autres ayant charge d'une volière qu'il y avoit fait faire. Il passoitson temps à faire faire quelques élévations de terre, s'amusoil à en faire porter les gazons, et y faire travailler en sa présence, voire même lui-même conduisoit et menoil les charrois et tombereaux sur lesquels on porloit de la terre, et faisoitces vils exercices et passe-temps, pendant qu'il méditoil d'autres desseins...

i< Le Roi méditoit donc depuis longtemps de s'oter de cette tyrannie... uneautre fois, il avoit dessein, au cas qu'on l'eut mené à l'armée comme on en avoit parlé, de s'en aller dans ladite armée pour y commander absolument... D'ailleurs on lui avoit ôté la plupart du régiment de ses gardes et de ses suisses sous prétexte de les envoyer à l'armée; on desseignoit d'eu faire approcher d'autres de sa personne qui dépendissent entièrement de la Reine-mère et du maréchal d'Ancre ; l'on avoit éloi-

Son premier acte vis-à-vis de la reine-mère, après l'assassinat du maréchal d'Ancre, retlétait cette obsession; aux premiers mots d'accommodement que celle-ci lui lit apporter par son écuyer, de Bressieux, il répondait « qu'il n'était pas à propos qu'elle eut d'autres gardes que les siens. Et un instant après, Vitry vint lui oter tous ses gardes, et il mit à leur place des gardes du roi ' » .

Plus tard, Louis XIII et son ministre se rencontraient dans la même arrière-pensée sur un point qui les intéressait tous deux également ; lorsque le duc d'Orléans fît sa soumission au roi, après l'exécution de Cinq-Mars, il lui était imposé de n vivre comme simple particulier dans le Royaume, sans gouvernement, sans compagnie de gendarmes ni de chevaulégers... - »

Dans le chapitre précédent, nous avons fait remarquer le soin du Cardinal à éviter toute ingérence dans l'administration de la maison royale; il fut moins avisé, le jour où il adressa au roi un mémoire où il était question de ses gardes; ce document ne nous est malheureusement point parvenu, et il faut noter en passant combien est significative cette disparition d'une pièce où Richelieu a manifesté ses idées sur un point qui l'intéressait particulièrement, disparition anormale ot qui a tout l'air d'avoir été voulue.

Il s'agissait de laisser les gardes du roi à l'armée ou de les faire revenir immédiatement auprès de S. M. ". Bouthillier par les mains duquel fut remis ce Mémoire informe Richelieu du u très mauvais effect » qu'il avait produit : « S. M. s'est picquée avec déplaisir, qui a paru aussy tost sur son visage, de ce que vous avés mis dans le mémoire, au sujet de ses gardes, de la seureté de sa personne et de son estât », et il avouait même qu'il regrettait de ne point l'avoir arrêté, comme il en avoit eu d'abord la pensée.

Richelieu n'oubliait rien et la leçon ne fut pas perdue. Cinq ans plus tard, au siège d'Arras, le Cardinal est saisi d'une question qui touche à la discipline des gardes du roi; il l'en informe aussitôt, sans commentaires, et en lui demandant ses instructions, par un de ces mémoires à deux colonnes, dont la première est réservée pour la réponse, sorte de note de

frné M. de La Curée avec la compagnie des chevau-légers de sa garde, l'on essayoit de s'assurer de l'affection et inlention des capitaines, lieutenans et enseignes des gardes de son corps (Mém., éd. Michaud, p. 38ri et 386).

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