‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 38 sur 464 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

6. Catolicon français, p. 77. [Pièces curieuses en suite de celles du sieur de Saint- Germain..., t. V, Anvers, 1044.)

MATHIEI" DE MOKCUES 4b

l'air du vérital)le pamphlet clandestin, imprimé l'uiiivement et à la hâte, du pamphlet honteux, facile à dissimuler, qui ■< se porte sous la cape et se distribue à la brume, au coing des rues, à l'escart des commissaires ' ».

De Morgues et ses amis ne se faisaient pas faute de dévoiler la manœuvre ; et le public ne s'y trompait point, en suivant avidement la polémique : n quinze ou vingt feuilles de Mathieu de Morgues recherchées avec péril étaient achetées sept ou huict pistoles - », alors que l'on ne donnait pas 2>lus de cinq sols du plus gros livre de Sirmoiul, l'un des écrivains du Cardinal.

Ces détails confirment 1 importance que Richelieu attribuait à ces attaques ; il ne fallait pas laisser le roi sous l'impression d'accusations aussi spécieuses et d une telle portée. Une prompte réponse s'imposait : de là cette succession rapide de factums qui s'entrecroisent sans trêve pendant quelques années -^ ; dans cet assaut à passes rapides où il semble

t. Mcnipi'e de Francion, ou response :tu nninifesle anr/tois, 1027. {Variélés liisl. el litt., t. X, p. 207.)

2. Lettre de change protestée (1637), p. v>. [Recueil de pièces, etc.. Anvers, 1043.)

3. Le premier pamphlet de Mathieu de Morgues contre le Cardinal est : c La très- Itumbtc, tres-veritable et Ires-importante Remonstrance au roy » (1631) ; la même année voit paraître une « Response » qui provocpie l'année suivante les « Reparties à la Response... n (1632). — Les " M'ais et bons advis de François fidèle» (1631) répondent à la « Défense du roy et de ses ministres par le sieur des Montar/nes » parue avant la Il Tres-humhle Remonstrance », de même i[ue le « Coup d'Eslat » et !"« Entretien des Champs-Eli/sées n qui sont tous trois des justifications de la conduite du l'oi vis-à-vis de la reine-mère.

En 1631, le Cardinal faisait publier quatre autres factums, dont le premier lui est attribué pei'sonnellement : <c Remonstrance à monsieur par un François de qualité ». — « Le vieil courtisan désintéressé ». — " Discours au roy touchant les libelles... » — " L'innocence justifiée... » — De Morgues leur répliqua à la fois par la <i Charitable remonstrance de Caton chrestien ».

L'ii Advertissement aux provinces par le sieur de Cléonvilte <> 1631), attribué h Sii'aïond, provoquait l'apparition de I'k Advertissement de Nicocleon à Cléonville » (1632); plus lard la u Première lettre de change de Sabin à Nicocleon » amenait la <i Lettre de change protestée » (1637).

En 1639, il y a une trêve, mais non pas au sens réel du mot, car l'un des adversaires a été réduit au silence ; la reine-mère est alors en Angleterre, et négocie son i-etour en France; de Morgues resté en Belgique pour ne pas nuire aux négociations, et peut-être aussi par une prudence très justifiée, a posé sa plume. C'est dans cette année que Richelieu fait publier, sans nom de lieu ni d'imprimeur, le « Recueil de pièces pour servir à l'histoire » où sont réunis tous les factums déjà parus en sa faveur; par un artifice assez na'if, l'a Advis d'un théologien sans passion », écrit jadis par de Morgues en 1627, était inséré dans le corps de l'ouvrage, au lieu d'occuper en tète sa place dans l'ordre chronologique. La réponse de Mathieu de Morgues tardera cette fois davantage ; le « Jugement sur la Préface » ne paraîtra que lorsque la reine-mère aura

que les deux lutteurs ne veuillent pas se laisser soul'tler, la réplique ne se fait pas seulement de livre à livre; elle se fait de page à page, de passage k passage, l'on pourrait presque dire de ligne à ligne, tant les deux adversaires jouent d'un jeu serré, aussi serré que vite, dans ce duel à mort, où chacun d'eux comprend la valeur d'une accusation, d'une phrase, d'un mot auc]uel l'ennemi peut attacher un sens blessant pour le roi. Car, dans le fond, la tactique de Richelieu est la même que celle de Mathieu de Morgues ; si en apparence, tout au moins, il se justifie, ses efforts tendent surtout à montrer comment son adversaire attente à la personnalité royale.

Comme nous l'avons vu, les travers de ce dernier sont les mêmes que ceux du Cardinal ; aussi Richelieu se solidarise-t-il avec Louis XIII, mais il lui fallait le faire à son tour avec assez de précautions pour ne pas le découvrir.

Voilà ce qui donne k cette polémique une physionomie spéciale ; ce n'est plus une joute ordinaire de vulgaires pamphlets ; c'est une véritable lutte diplomatique, aussi dangereuse pour l'un que pour l'autre adversaire.

Le Cardinal y apportait ce souci du détail dont il était coutumier, et le soin de Saint-Germain à user du même procédé prouve qu'il connaît d'abondance cette particularité et qu'il a été à son école.

Chaque accusation, chaque grief, chaque affirmation comme chaque négation est relevée une à une ; Richelieu était trop beau joueur pour laisser croire qu il fût un point devant lequel il ne pouvait que se taire, et il relevait toujours le gant. Mal lui en prit quelquefois, car il avait aff;iire à un adversaire bien renseigné, et son silence équivaut alors à un aveu que son adversaire enregistre triomphalement '.

poidu loul espoir (U; voir cesser son exil; mais le pamphlétaire u'a rien perdu de sa viyueiir dans le reiios ; la réponse est aussi virulente que les libelles précédenls, et le sulilerfuifo cuiployé pour 1"" A<hHs n lui sert de llièse pour une nouvelle diatribe.

I. I.'un des pamphlets de Mathieu de Moryues nous en Iburnil deux exeni[)les curieux. .V une première accusation d'avidité, Richelieu a déjà répondu; la riposte suit de près, avec la précision ([u'il aime, et qui fait honneur à son élève : " Page Uill : Le (Uinliiiul n'a point d'uppuintemens (]:ins l'Eslat de la marine. On met ce qu"on veut sur le papier, et en elTet, on pille ce qu'on peut; on n'a point répondu à l'accusation du comptant île deux millions de livres passés par force en la Chambre des Comptes. »

Kt plus bas : a Page ICI : il dict que les Estais se trouveront en lu Chambre des Comptes; mais non pas l'emiiloy en destails des sommes immenses délivrées sur des comptants, ou sur les certifications d'un valet. •> lieparlies sur la response à la treshunihle, tres-veritable et Ires-importante Remonslrance au Roy, tG.'i2, in-4°, p. 86.

Au chapitre rie la Chambre, nous retrouverons ce dernier pei'sonnago mentionné

MATIIIKU DE MOROLES 4/

Malgré son empire sur lui-niéiiie, la [jatience échappa plus dune fois à Richelieu devant ces attaques incessantes ; ce fut, entre autres, à l'occasion de ses richesses démesurées ; après avoir essayé vainement de dénég-ations qu'il sentait inutiles, il fit hrus(pienient volte-face, non plus en refusant de discuter le chiffre de sa fortune, mais en s'en targuant au contraire, et déclarant que, quelle qu'elle fût, elle était méritée et inférieure à celle du maréchal d'Ancre '. S il fut certainement mal inspiré ce jour-là de rappeler au roi ce nom abhorré, de Morgues, de son côté, n'osa point le suivre sur ce terrain trop dangereux.

Souvent, c'est à demi-mot et seulement par allusions voilées que procède le pamphlétaire, lorsqu'il s'agit d'une question où l'on pourrait relever contre lui le crime de lèse-majesté ; l'un de ces sous-entendus le plus gros de menaces fut certainement celui qu'il risqua sur le motif de la rupture de la France avec l'Angleterre - ; on sait le rôle qu y joua la personnalité de Buckingam et ce que la chronique a conservé de sa rivalité avec Richelieu au sujet d'Anne d'Autriche.

Dans un premier libelle, il l'attribuait à des motifs dus k la fois k la politique et k un choc de vanités personnelles ; le Cardinal ne tomba point dans le piège ; aussi son ennemi revenait-il à la charge en 1633, cette fois avec une insinuation dont le mj-stère semblait cacher les plus hauts scandales •'. Elle ne fut pas relevée davantage, et de Morgues se garda d'insister sur un point aussi délicat.

Lors([ue la personnalité du roi est directement en jeu, l'on voit intervenir des ruses inattendues. Pour compromettre de Morgues, on lui attri-

ailleurs, et ce n'est pas l'un des renscigncmcnls les moins intcressanls que nous fournisse (le Morgues.

D'autres fois, le pamphlétaire répond d'un seul mot, on relevant laconiquement une eircui' de date, en reprochant à son adversaire do ■ lui bailler le change ». [Ihid., p. 82.1

1. liesponse au libelle inlilulé : Tres-hiiinhle, Ires-ieritable et tres-imporlanle llemunslrance au Roij, 1(532. [Recueil de diverses pièces pour servir à l'Histoire, 111.30, p. 030.)

2. Il la piésontait comme •< un ellot de la qucrello pailiculièro de ces deux esprits vains, admiraux frais émoulus, aussi scavants l'un que l'autre, qui après s'estre souvent picotez par discours rapportés aux uns et aux autres, par lettres fréquentes et dans qucl([ues rencontres et prises de vaisseaux, pour commencer l'escarmouche, avaient enfin oblige leurs maislres à venir aux mains ». [La Ires-Itumble, tres-veritable et très-importante Remonstrance au Roy (1631), in-4'', p. 62.)

3. K ... 11 eut dissimulé et piastre leur faute (des Huguenots) s'il n'eust esté picqué contre les .\nglois, et principalement conti-e le duc de Buckingam, pour des sujets c|ue la prudence nous fait taire. » La Vérité défendue {[(jZ'j;,, p. 11. [Recueil de pièces pour la défense de la reij ne-mère... Anvers, 1043].)

Ijue dus pamphlets injurieux pour la rovauté et favorables k la cause de l'Espagne ' ; il s'en défend énergiquement, en protestant de son patriotisme ; il en désigne même les auteurs, et il prend à son tour sa revanche : il dévoile le rôle qu'il a joué dans la confection des libelles auxquels il a collaboré jadis par l'ordre ou sous l'inspiration du Cardinal, et il signale les insinuations blessantes pour le roi dont il a, alors, vainement demandé la suppression -

Au chapitre de la maison militaire de Richelieu, nous aurons l'occasion de parler de l'un des sujets qui revient le plus fréquemment sous la plume de Mathieu de Morgues, parce qu'il a été la source de la défiance réciproque et occulte qui a toujours séparé profondément le roi et son ministre, défiance qui avait elle-même une commune origine dans le souvenir qui nous semble dominer la vie intime de ces deux hommes, la puissance et la fin du maréchal d'Ancre.

Considérés dans leur ensemble, les écrits de de Morgues, les seuls dont Aubery, le panégyriste du Cardinal, n'ait point parlé, ont une saveur de franchise fougueuse qui manque dans les répliques plus étudiées et moins personnelles des écrivains de Richelieu ; l'on sent trop dans celles-ci, peut-être à cause même de cette impersonnalité forcée, et aussi à cause des préoccupations qui les dominent, et que nous avons signalées, les subtilités d'une argumentation un peu trop spécieuse et aussi trop littéraire pour le caractère de pamphlets auquel elles visent, et (jui rappellent trop les disputes scolastiques.

L'it'uvre de Saint- Germain, faite de pièces volantes écrites presque au jour le jour, n'est pas exempte de certaines grossièretés qui sont dans les mœurs de l'époque ; on les lui a même peut-être reprochées de manière excessive, sans tenir compte des licences de la parole dans la chaire d'alors, car de Morgues touche aux Prédicateurs de la ligue; mais elle présente, on ne pt'ut le nier, de véritables beautés; si son geste fougueux est souvent brutal, il est toujours large, et son verl)e puissant comme celui d'un tribun voulant se faire entendre k Paris du fond des Flandres. La passion de la haine, justifiée jusqu'k un certain point par sa fidélité k sa maîtresse, par la persécution dont il avait été l'objet et par le souvenir de son ami Fancan a souvent donné à son accent une véritable grandeur; là surtout où le fatras d'érudition alors en vogue n'alourdit pas le texte, c'est la belle langue énergique et solide du xvii'' siècle ; il y a de lui telle lettre

1. Jugemenl sur la Préface, 163n, p. 6 et [38. {Recueil de pièces pour lu défense de la roij ne-mère. Anvers, 1643.)

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