‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 39 sur 464 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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MATHIEC DE -MORGUES 49

d'une réelle éloquence dans son âpre vigueur, d'une dialectique serrée et nerveuse, qui méritait autre chose que 1 "oubli et à laquelle on pourrait mettre comme épigraphe cette sentence de l'auteur, que » c'est une petite occupation de ne trier que des mots ' ».

En effleurant seulement ce point qui a déjà été étudié ■, l'on peut même se demander si, une fois de plus en la circonstance, Richelieu n'a pas fait preuve, par l'importance qu'il a attachée à cette lutte, de cet esprit élevé de divination de 1 avenir qu on ne peut lui méconnaître. De Morgues, son ennemi acharné et irréconciliable, tout en lui révélant la puissance des Lettres, n'a-t-il pas été le véritable artisan de la légende aussi fausse que sinistre qui a longtemps plané sur ce grand génie si français et le poursuit encore parfois ? Alors que l'histoire nous fournit de nombreux exemples d'opinions courantes d'un ordre synthétique, abritant sous une idée maîtresse des faits isolés plus ou moins critiquables, au point de les laisser dans 1 ombre, pour ne retenir que le Principe dégagé des contingences, il semble que pour Richelieu, le contraire se soit toujours systématiquement produit : le détail écrasant l'Idée supérieure et la dominant dans la mémoire populaire. Ses conceptions supérieures ont été comme étouffées par la coalition des intérêts privés qu il a sacrifiés pour elles, le plus souvent en se faisant violence ; le souvenir est resté surtout de ces derniers; une sentimentalité inexplicable, dune bienveillance souvent prévenue et appuyée quelquefois aussi sur des détails historiques mal explicjués ou insuffisamment contrôlés, s'est attachée à la mémoire de ceux que l'on a appelés ses victimes et qui étaient en réalité des ennemis de la France et de son œuvre qui se confondent. Ne semblet-il pas que de Morgues, le premier, servi peut-être par l'aveuglement de sa passion qui la empêché de s'élever aux idées générales, ait été l'auteur inconscient de cette tactique savamment perfide, que par sa méthode analytique, éminemment dissolvante, sj)éciale à son pamphlet, combinée avec la persistance inlassable de l'attaque, il ait le premier brisé dans l'opinion publique ce faisceau de causes finales convergentes vers 1 unité que Richelieu a incarnée et qui a inspiré ses moindres actes ?

Nous ne nous sommes pas seulement appesantis sur cette guerre de plume, pour en dégager le véritable caractère, malgré l'intérêt qu'il présente ; notre but a été aussi et surtout d'en déterminer la valeur au point de vue documentaire; on voit combien elle est considérable. L'impor-

1. Lettre de chnnrjc protestée, 16.37, p. l:î. (Recueil <le pièces, etc. .\nvers, 1643.1

2. G. Kagniez, Mathieu de Morgues et le procès de Richelieu. (Rev. des Deux Mondes, i" décembre 1900.;

La Maisos du Cardinal de Richelieu. *

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LA MAISIjN DU CARDINAL DE RICIIELIEL

tance seule que le Cardinal a attribuée à ces libelles, avec le soin qu'il a mis à les réfuter prouve celle des renseignements que l'on peut y puiser ; cette étude générale préliminaire à ce point de vue était d'autant plus indiquée que nous aurons souvent recours à cette source dans les chapitres qui suivent, afTcclés au détail de la maison de Riclielieu.

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