‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 381 sur 464 · Ibid., t. m, p. 942 (notes · texte numérisé non relu

Ibid., t. m, p. 942 (notes

3. P. Anselme, Le Palais de ihoniieiir, Paris, IC63 : De l'ordre de la séance tenue au Te Detim'pour la victoire'de Leucate, 1637, [^p. 251.

il s'ensuivit « une grande dispute jusques à inottre la main au pistolet. Le Cardinal céda : ■< il aurait bien voulu n'être pas venu dans le camp ». Le Roi qui en fut averti dit : voilà une dispute qui pourroit coûter bon à Monsieur le Cardinal, il se seroif bien passé de se trouver là, et sa compagnie ne doit point marcher devant celle de Monsieur le Comte. Les gens-d'armes des Princes du sang vont immédiatement après ceux de mon frère ' . »

La maison militaire du Cardinal, tt'lle (pu" nous la voyons en 1G39, s'accrut rapidement, car d'après Aubery « la crainte de perdre un si grand ministre croissant tous les jours de plus en plus. Sa Majesté lui ordonna encore depuis d'avoir auprès de lui pour sa conservation, une compagnie de Gendarmes et une de chevau-légers, de six-vingt maîtres chacune, avec les officiers ordinaires qui étoient les plus braves et les plus qualifiés du Royaume- ».

I.a conspiration de Cinq-Mars eut pour effet de provoquer dans 1 esprit de Richelieu, la recrudescence de ses terreurs d'assassinat; quand, à son retour de Lyon, il reçut à Ruel la visite du roi, sa défiance contre lui était telle qu'il commandait que les gardes qui avaient accoutumé de qviitter les armes en sa présence, les gardassent sous leur casaque, sans les montrer, tant il craignait quelque entreprise sur sa per.sonne; il fît presser le roi de lui permettre d'entrer dans Saint-Germain, avec ses gardes armés, car lorsqu'il y allait, les Gardes l'accompagnaient jusque près du château où ils s'arrêtaient pour l'attendre au retour, et lui entrait seul dans la Cour où il était aisé au roi qui avait ses gardes autour de lui de disposer de sa personne à sa volonté; il alla jusqu'à faire demander au roi d'abord par Chavigny puis par des Noyers le renvoi de ceux qui approchaient le roi et qui lui étaient suspects par la fidélité qu'ils lui témoignaient, et leur ancienne amitié avec le favori disparu, de Troisville, le capitaine des mousquetaires, Tilladet, des Essars, et la Salle, capitaines au régiment des Gardes. Sur l'insistance de Chavigny pour le renvoi de ces quatre officiers .. le Roy lui demanda s'il était plus juste que le Cardinal se mêla de ceux qui l'approchaient que ceux qui étaient prés du Cardinal et dont il ne s'était jamais mêlé... Des Noyers revint à la charge, sans plus de résultat; il fallut la menace de Richelieu de se retirer au Havre pour que le roi cédât, par lassitude et la mort dans l'âme •' » .

« Les défiances augmentaient tous lesjour.s l'un contre l'autre, en sorte

I. Puysegur, Mémoires, Paris, 1747, l. 1, p. 200. i. .\ubery, Hisl. du Card. de Richelieu, p. 598. 3. -Monglat, Mém., Paris, 1728, t. II, p. 58 et suiv.

llfl I.A MAISON ni" CARDINAL DE RICHELIEU

qu on a raison de dire quils se sont t'ait mourir tous deux. » Si la mémoire du passé revint à Richelieu avec la vision de la potence du maréchal d'Ancre, après la trahison de Cinq-Mars, le roi de son côté, devant l'agonie de son ministre, eut le même geste qu'au lendemain de la mort de l'ancien favori : « Il vint à Paris ce jour-là; il ne vit le Cardinal qu'un moment devant qu'il rendit l'esprit, et lorsqu'il sortit du Palais- Cardinal, il voulut que les portes en demeurassent saisies par ses Gardes '. » Le mot qui le suivit l'ut assez significatif: « il disoit après la mort du Cardinal qu'il n'auroit jamais de favory à Gardes ' ». Si Richelieu n'entendit point le mot. il eut, avant sa mort, la connaissance du geste (lui atteitrnait le suhlime dans l'inirratitvide : ils ne soulig-nent tous deux que trop bien cette sourde rivalité qui se déroula pendant seize ans autour de cette brillante maison militaire. ^

En terminant, de Morgues nous servira encore à fixer quelques-uns de ses traits, et non des moins curieux. C est le sujet sur lequel s'est le plus volontiers exercée la verve du pamphlétaire; il est peu de libelles où il n'ait été exploité, par de Morgues plus que par tout autre, car il est le mieux renseigné de tous ses confrères, et sait pouvoir ainsi à la fois frapper le plus sûrement le Cardinal et exciter le roi contre lui.

D'un coté, en effet, il est au courant des alarmes perpétuelles dans lesquelles vit Richelieu, et de leur origine", il connaît cette vision sanglante qui hante son esprit -^ et qui revient dans ses cauchemars % qu'il a même peut-être surpris à son chevet; aussi se plaît-il. tantôt k décrire ses terreurs, et à les accroître, en lui montrant combien elles sont fondées, tantôt à le railler ironiquement de les feindre •'.

Il lui rappelle qu' « il tient ses amis pour suspects et croid ses ennemis dangereux, (]u"il se déflîe de .sa table, de son lict et de l'air qu'il respire, qu il est contraint d'employer des escrivains pour adverlir c[u'on se garde bien d'entreprendre sur sa vie, parce que ce seroit un crime de lèzemajeslé au premier chef '' " ; " qu'il se fait environnerde gardes, non comme

1. Mdiitpi'iisipr, )fi'-)n(iires, éil. Micliiiinl, p. li'i. .. L avis qu'on en donna au Cardinal avant qu'il mourut le mortifia sensililomcnt. »

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