‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 40 sur 464 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA M.HSO.X 1)1- RICHELIEU : GÊSÉRALITÉS. — LA MAISON AL' XYll-^ SIÈCLE ; LES DOMESTIQUES ET LA FAMILLE. — LliS KAPPORTS DU CARDINAL AVEC LES SIENS ; LE RECRUTEMENT ; LES CAGES. l"ÉTAT DE LA MARINE DE 103.5.

La maison d'un j^rand seigneur au xvii'' siècle est le groupeiiienl, non seulement des serviteurs de toutes catégories qui répondent aux besoins de la vie, mais encore de tous ceux qui, à un titre quelconque, se sont attachés au maître et associés à sa fortune. Ce groupement est « la famille' » dont les unités de tous ordres sont désignées sous le nom de « domestiques », deux termes pris dans l'acception latine, et qui garderont longtemps encore, surtout le premier, le même sens -.

La renaissance guerrière, marquée avec acuité par la période des guerres de religion, a ravivé les coutumes féodales avec la tradition de vasselage qui rend les compagnons d'armes solidaires du seigneur ; si, à leur fin, radoucissement relatif des mœurs a changé le principe de ce feudisme, son caractère est resté le même. Il y a encore une autre cause: dans cette société devenue moins belliqueuse par la force des circonstances, le seul moyen de parvenir, pour la noblesse (jui n'a plus la ressource des armes, est de se placer sous l'égide d'un patron puissant qui reconnaîtra un jour de longs services ou manifestera sa faveur par le don d'un bénéfice ou d'une charge.

Ce véritable contrat bilatéral, absolument analogue à celui des siècles antérieurs, n'entraîne avec lui aucune idée de subalternité humiliante, et à bien l'examiner, et en se dégageant de nos idées modernes, cette offrande de soi-même, volontairement et librement consentie et acceptée, ne manque pas dune certain grandeur; il s'y mêle comme une idée de parenté que le terme de " famille », employé pour désigner ce lien, rend encore plus saisissant.

1. Aveiiel, Lettres..., t. III, p. 37 et 872. C" d'.Vvaux, (Jorresii. inédite avec son père (Auguste Boppc), Paris, 1S87, p. 233.

2. De Caillit-ros, La fortune des gens de ijualilé. Paris, 1G80, p. 232. Aljljé J.-,I. Dugucl. Conduite d'une dame chrétienne pour vicrc saintement dans le monde. Paris,

S2 LA MAISON Dt CARDINAL DE RICHELIEU

Ce contrat est complet et ne comporte pas de restrictions : on « se donne ' >> à quelqu'un, on « est à - » quelqu'un, on le » sert domestiquement ^ ». Richelieu le premier nous fournit un exemple, en écrivant « qu'il s'est donné au roy et à la reyne-mère '' » ; M. le Prince « donne pour domestique ''' » son jeune fils, le duc d'Enghien à « M. le Grand Maistre » le cousin du Cardinal ; M""" de Liancourt « donne » son lils, le comte de la Roche-Guyon au maréchal de Gassion ''. Dans le même ordre d'idées, un maître cède souvent à un tiers l'un des siens ; Richelieu donne un jour, à Bautru qui l'emmène en Espagne, Maugars, le célèbre joueur de viole, qui est à lui '.

Si les gentilshommes se donnent avec leur épée, les écrivains et les poètes se donnent avec leur plume : Costar « se donne » à l'abbé de Lavardin, ensuite évèque du Mans ^ et quelques années plus tard, quand une culture moins méprisée aidée par la nécessité matérielle, aura fait aux lettres une place plus large dans une société moins rude, le surintendant Fouquet dira en parlant de son poète devenu son secrétaire : « M. Pellisson m'a fait l'honneur de se donner à moi •• ».

Un grand train de maison n'est pas seulement un luxe qui provoque parfois des rivalités bruyantes "^ ; il est aussi une obligation, selon les mœurs du temps. « Une multitude d'officiers et de valets, plusieurs carrosses, un grand nombre de chevaux, tout cela peut convenir à un grand seigneur à qui il sied bien de soutenir son rang et sa grandeur par ce faste ". » « La bienséance ne lui permet pas d'aller seul et à pied par la Ville comme un bourgeois ^- », a dit auparavant un autre moraliste qui s'élève pourtant contre le nombre exagéré des serviteurs. 11 est vrai que la diversité des emplois qui le justifie est presque illimitée; la maison royale, du reste, n'est-elle point là pour donner l'exemple, elle où tout a

1. \vene\, Lettres..., l. III, p. 23. Tallemant, Ilist., t. V, p. 40, 30,433.

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