I.KS FINANCES
de caisse .Ippréciable ; il était équitable qu'il en fut dédomman^é personnellement. C]e qui achève de caractéi-iser la nature de cette indemnité est la rubrique sous laquelle figure celte dépense de 600 livres, complètement en dehors des autres taxes groupées dans un chapitre différent, ainsi que le caractère absolument personnel que lui donne au Compte la mention qui en est faite ; elle y est inscrite, en ellet, au-dessous d'une autre allocation, de même ordre, sans conteste possible celle-là, d'une somme de 200 livres pour les frais d'un voyage elYectué à la fin du mois d'août pour les atïaires de Son Eminence.
Alors que la taxe des espèces monnayées figure à la dépense extraordinaire, ce qui est logique, car elle est à la fois exceptionnelle et imprévue, les taxes proprement dites sont portées au chapitre de la menue dépense ordinaire de décembre ; nous les examinerons successivement suivant leur ordre d'inscription.
La première est la taxe de l'hôtel de Richelieu payée au sieur Grandcerf marchand et commissaire du grand bureau des pauvres.
Le grand bureau des pauvres est le bureau central de bienfaisance dont la principale ressource consiste dans la taxe spéciale imposée sur tous les habitants domiciliés de la capitale ; trente-deux membres, tous personnages notables, le composent ; seize d'entre eux, commissaires honoraires ou de conseil, sont pris, en nombre déterminé parmi les conseillers du roi en sa cour de Parlement, les chanoines de l'Eglise de Paris, ou de la Sainte-Chapelle, les curés docteurs ou bacheliers en théologie et les avocats de la cour ou du Chàtelet : un conseiller des Comptes leur est adjoint pour la partie comptable. Les seize autres <■ tant nobles, officiers royaux ou marchands, et bourgeois de tous estats, sont choisis es seize grosses paroisses et quartiers de Paris, esleuz et nommés par les marguilliers des paroisses, qui ont la charge et superintendance de la distribution de l'aumône des pauvres chacun de sa paroisse ou de son quartier ». Ce sont ces derniers qui avec le collecteur « font la queste de l'aumône tant par les maisons qu'au dedans des églises, font apporter au bureau les rôles des restes qui sont dues, visitent les pauvres '... »
Grandcerf est en 1639 le commissaire du quartier Saint-Honoré ; avec ses collègues accompagnés des prévôts des marchands et échevins de
1. Felibien, Hisl. de la Ville de Paris, Paris, 1725, t. III, p. 736 et suiv. Pièces justif.
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Paris, il a été présenté par le pivKurour général du roi à la Cour, où il à prêté serment de reinplii- ses t'onctions pendant deux ans, " sans aucuns gages, ni profit, sinon la j,'iàcc de Dieu ->. Deux t'ois par semaine, ordinairement le lundi et le jeudi, et quelquefois les jours de fête, à une heure ou deux après-midi, il se rend au Bureau des pauvres situé, depuis 1613, dans un immeuble que les administrateurs ont acheté place de la Grève, près de l'Hôtel de \'ille ; l'on y discute des questions pendantes, les procès et atfaires des pauvres, la délivrance des legs testamentaires, les dons, les taxes arriérées ou incomplètement payées, des mesures à prendre contre les récalcitrants ou les retardataires... Grandeerf raconte à ses confrères sa visite à l'hôtel de Richelieu avec le collecteur car il a tenu à l'accompagner chez le premier ministre où il a eu un mol aimable de M. d'Auxerre qui a mis sur le reçu de 62 livres, la taxe la plus élevée du quartier, son visa sans lequel Euzenat ne paierait point.
Un des plus » notables hommes » du quartier, certainement, que Grandcerf et aussi l'un des plus populaires, en dehors de cette charge pacifique, car sa belle prestance lui a valu d'être Enseigne dans la Colonelle de M. RouUier, maître des Comptes, sou voisin de la rue Saint-Honoré, colonelle qui comprend le chitl're respectable de 370 mousquetaires et loO piquiers ; l'on a pu admirer la façon martiale dont il en porte le drapeau en deux circonstances mémorables. Le 28 janvier 1622 et le 10 janvier 1623, en ell'et, sa colonnelle a fait partie. des quinze mille » gens de guerre bien vêtus et bien armés » qui ont traversé Paris, les rues balayées, les maisons pavoisées, et les fenêtres illuminées par des lanternes tricolores, pour aller à la rencontre du roi. lors de son entrée triomphale dans sa bonne ville, au retour de ses voyages en Guyenne, en B 'arn et en Lang-uedoc '.
La deuxième taxe portée au Compte est celle des lanternes, renseignement des plus intéressants pour l'iiistoire de l'éclairage k Paris, vu la rareté des documents de l'époque sur ce point, car les règlements de police, depuis 1608 jusqu'en 1667, ne s'occupent que du nettoiement, et ne concernent que les taxes des boues '-.
1. Félibicn, Ilist. dp la Ville de P.iris. Paris, 172"), t. V, p. 545 el 549. — Une demoiselle Anne-Magdeleiiic Graiulceif, fille de... épousait le 20 mars 1708 Gabriel AUegrain, peintre du Roy, fils d'Estienne AUegrain, aussi peintre du roy en son Académie royale (Reg. de Sainl-Euslache. Kug. Piot, Etat civil de quelques artistes français, Paris, 1873, p. 2).