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Delamare, Traité de la police, t. IV, p

3. i< Avant cette célèbre époque, on ne comptoit génère que trois lanternes dans chaque rue, à moins que la longueur n'en fui exlraordinaire ; une à chaque coin des rues, et la tioisième au milieu. » Essai historique sur les lanternes, Dôle, 1755, p. 103.

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confiées aux soins d'un commissaire des lanternes, Noël Berteau, " maistre tailleur dhabits à Paris ' ».

La mention spéciale de l'éclairage public dans le Compte de la maison du Cardinal est un nouvel argument dans ce sens ; mais la forme, dans laquelle elle y est faite, contirme en même temps ce que nous avons dit plus haut et du peu d'importance qu'on attribuait à ce service et de la ui'gligence qui y était apportée, toutes les préoccupations étant réservées à la question des boues.

Richelieu lui-même qui a touché à toutes les questions, et qui s'est occupé personnellement de la voirie, pavage et nettoiement, n'en parle point. Seul des commissaires des taxes, le nom de celui des lanternes ne ligure pas au Compte ; le mot de taxe même n'est pas prononcé pour cet objet, comme il l'est pour les deux autres, les pauvres et les boues et contrairement à ce qui a eu lieu pour celles-ci, elle a été payée directement par l'évèque d'Auxerre dans les menues dépenses de mars, le mois qui marque la lin de la période d'éclairage public.

L'absence du détail de la menue dépense ne nous permet pas d'en connaître le montant, un détail qui serait des plus curieux ; il est impossilde d'autre part de le rechercher par la comparaison du total de la menue dépense dans les mois précédent et suivant, février et avril, par suite de son peu d'importance et aussi de la complexité probable des éléments ([ui sont groupés sous cette rubrique et qui nous sont du reste inconnus. Toutefois, pour son évaluation approximative, une base nous est fournie, dans un autre ordre d'idées, par le montant des taxes d'une maison de rapport à cette époque, et dont nous avons la série complète. L'Holel de Bourgogne, appartenant à la Confrérie de la Passion, était loué jjar elle aux Comédiens de la troupe royale du Roi par un bail daté du 18 janvier 11)39 ; or, d'après l'état des Recettes et dépenses de la Confrérie, les taxes de l'hôtel payées en 1040 pour l'année précédente (celle précisément ([ui nous occupe) étaient de 18 livres pour les boues, 6 livres i< pour les chandelles et lanternes » et 32 sols pour les pauvres •. Si l'on applique cette même proportion à l'hôtel de Richelieu, on voit qu'il payait 87 ou I i'J livres pour les lanternes, selon que l'on prend pour terme de comparaison la taxe des boues ou celle des pauvres pour l'hôtel de Bourgogne. Il semble rationnel de s'en tenir k la première ; la taxe des pauvres ne peut guère, en elTet, être prise pour base, car celle que payait le Cardinal devait être relativement élevée, vu non seulement

1. Eugène Defraiico, Ilist. de l'('clairuijp (/es rues df Paris, Paris, 1904, p. 26.

2. Eudore Soulié, liecherches sur Molière et su famille, Paris, 1803. Doc, p. 167.

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rimportance de son hôtel, mais aussi sa liHute dignité ecclésiastique. Le premier chilTre de 87 livres que nous avons émis, paraît, en outre, encore plus vraisemhlahlo, si l'on eu rapproche celui do 30 livres qui représentait en l(i(i:2, vingt-lrois ans plus tard il est vrai, la dépense de chandelle pour la lanterne de la jjrand'porte du palais Mazarin pendant les six mois d'hiver '.

La taxe des boues, la plus importante, vient la dernière, ces fameuses boues de Paris dont le << reproche amer faisait monter le rouj^e au front » de l'excellent abbé de Marolles, quand de Sorbière dénigrait devant lui la Capitale du royaume et la traitait de Barbare '-. Soixante ans plus tard, Sauvai en parlait avec non moins de rancœur : « Tous les ans, il se lève cent mille francs pour charrier les boues ; cependant, il n'y a point de ville au monde plus boueuse, ni si sale... Ces boues, au reste, sont noires, puantes, d'une odeur insupportable aux Étrangers, qui pique et se fait sentir trois ou quatre lieues à la ronde : de plus cette boue, outre sa mauvaise odeur, quand on la laisse sécher sur l'étoffe, y laisse de si fortes taches qu'on ne saurait les ôter sans emporter la pièce, et ce que je dis des étoffes se doit entendre de tout le reste, parce qu'elle brûle tout ce qu'elle touche, ce qui a donné lieu au proverbe : u II tient comme boue de Paris •'. »

Sauvai eût été moins affirmatif dans sa comparaison, s'il avait pu lire, avant d'exhaler ses plaintes, le petit poème des Bues de Madrid'^, cette satire descriptive, dont le naturalisme <( à la senteur aiguë » eût consolé l'abbé de MaroUes ; sa peinture n'en est pas moins bien exacte, et, malgré l'opinion de Balzac qui la déclarait « meilleure que le marbre de Madrid -'' », la (> crotte de Paris », avec sa réputation proverbiale, a exercé la verve de tous les satiriques du xvii"^ siècle '•.

Louis XIII, enfant, se trouvait mal de la puanteur du ruisseau, dans

1. AlexisMonteil, Traité des matériaux manuscrits, Paris, 1836, t. II, p. 126. — Hist. des français des divers étals, Paris, 1843, t. VIII, p. 442 (Compte de recepte et de despeiice qui a esté faicte par le sieur de la Boudre, trésorier de Mgr le duc de Mazariny : année 1662).

2. Abbé de MaroUes, Mémoires, Amsterdam, 175o, t. II, p. 2.^7 et 266.

■ 3. Sauvai, Hist. et recherches des antiquités de la ville de Paris, Paris, 1724, t. I, p. 186.

4. Baron de WalelT, Les rues de Madrid, Madrid i^Liège), 1730.

o. Amédée Roux, Letirvs du comte d'Avaujc à Voiture, Paris, 1858, p. 39 [Lettres françoises de Balzac à Voiture.

6. P. L. Jacol), Paris ridicule et burlesque au XVII' siècle (Claude Petit, La chro-

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la litière (jui le portait de Saiiit-Cloud ;i Paris, en entrant dans le faubourg Saint-Honoré ', et la spirituelle M'"" Pilou, tombant dans la boue en allant au sermon aux Minimes de la Place Royale, s'y rendait, au lieu de rentrer clioz elle, si sale et si puante que tout le monde la fuyait, et qu'elle avait de la place de reste'-. Pour être juste, il faut ajouter que la houe de Paiis avait aussi ses amateurs, comme elle avait eu par avance ses chantres'; avant que M""^ de Staël n'eût rendu célèbre celle du ruisseau de la rue du Bac, la maréchale de Témines en aimait tellement l'odeur, qui' lorsque les boueurs étaient dans sa rue (la rue Christine où elle lof^eait) on ouvrait toutes les fenêtres de sa chambre, ne la trouvant pas toujours de la fine et assez faite ''. Tallemant a conté de lui-même la jolie anecdote ■'' dans laquelle, pour aller voir une jeune veuve qu'il aimait, et qui logeait chez sa sœur rue Montorgueil, il cherche chez les loueurs de chevaux de la place Maubert oii il habitait, luie monture <( assez raisonnaijle pour passer pour un cheval bourgeois », ayant honte de paraître crotté devant ses amours; c'était le 11 octobre 1636, et il n'y avait » alors ny chaises ny galoches », ajoule-t-il mélancoliquement, un épisode de jeunesse amoureuse qui semble avoir inspiré Balzac dans l'un des plus jolis passages romantiques de la Pcuii de cliagrin.

Cet état de la voirie est l'une des causes de la vogue des bottes, l'unique chaussure permettant d'alfronter la rue *>, et « les gens de robe sont même obligés d'aller au Palais en cet équipage ' ». 11 influait même, à un moment donné, sur la mode dans l'ajustement, en faisant inventer « l'usage des jarretières chasse-mouches, larges, à grandes franges, pour défendre à la crotte de toucher au bas** ».

Aussi, n'est-il pas de question d'édilité (jui ait soulevé plus de difficultés, et donné lieu à plus dédits, d'arrêts, et règlements^.

ni'/w sr:iii(hitrusp, p. ■>&. Bei'lliod, Puris hiirlrst/iie, p. 120. Scai-ron, La foire de Saint- Germain, p. 171). Collelet, Le tracas rie Paris, p. 197 el 214. lîoileau, Les embarras de Paris, p. 294).

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