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dès 1626, il la citait lui-même comme « des mieux réglées de l'Europe ' ». L'admiration qu'elle a universellement provoquée ne peut être mieux expliquée que par ces quelques lignes du moraliste contemporain qui a certainement le mieux connu et fouillé la question : « Une famille est en petit l'image de l'État qui n'est que l'assemblage de plusieurs familles ; plus la famille est grande, plus il y a de rapports entre ces deux sortes de gouvernements. C est toujours conduire des hommes vivants en sociétés. Pour le bien faire, on a besoin d'un grand art ; il faut avoir de la raison pour soi et pour les autres '. »
Avant d'entrer dans le détail de la maison de Richelieu, la question du recrutement de ses gens se pose naturellement la première ; la Correspondance ne nous donne sur ce point aucune indication, mais là, non plus qu'ailleurs, le Cardinal n'a été à l'aventure, et a obéi, comme toujours, à une règle précise qui se dégage, par synthèse, de l'examen de plusieurs particularités.
L on voit tout d'abord en rapprochant les états des comptes de sa maison en 1026, en 1639, et celui de son testament en 16i2, qu'il garde longtemps ses domestiques ; cela prouve qu'il est satisfait de leurs services, et ([ue, par conséquent, il a suies choisir. N'a-t-il pas dit de l'Etat dont la famille est une réduction « qu'un des plus grands avantages qu'on puisse lui procurer est de destiner un chacun à l'emploi qui lui est propre ■' » ? 11 se pique, du reste, de se connaître en hommes, car il a laissé écrire de lui-même à de Silhon que « si un homme n'a qu'une bonne qualité, il la sçait choisir au milieu de plusieurs défauts, et discerner un grain d'or parmi du gravier et des ordures ^ ».
C'est encore cette même règle d'unité dont il ne se départ jamais là où il est le maître de ses actions, qui le guide dans son choix; elle se manifeste ici sous des côtés en apparence étrangers l'un à l'autre, mais qui, à les bien considérer, se relient, se fondent et s'harmonisent et se résument dans le seul mot de communauté. Tenant, en effet, avant tout à la fidélité et au dévouement, il veut se les assurer de la manière la plus forte possible, en créant autour de lui une cohésion d'énergies bandées vers le même but, ce que ne lui donnerait point une simple réunion de personnalités même choisies ; il connaît trop la valeur du groupement dans
1. Aflvis d'iia Théologien sans passion, iG26. [Recueil de diverses pièces pour servir à Vhisloire. 1639, p. 660.)
2. Abbé Claude Fleury, Les devoirs des maîtres et des domestiques, p. 4.