Ibid., t. III. p
58 LA MAISON Dl nARDFNAr, DE RICIIEMEU
ment dite, l'un d'eux, Pierre de Broc, abbé de Cinq-Mars, est son maître de chambre, le jeune Testu, un neveu de celui-ci, fait partie de ses pages ; le capitaine des gardes, de la Houdinière, est un allié de cette famille ; ;iu Compte, figure encore un de Broc, le commandeur de Cinq-Mars, auquel il confie des missions. Auprès du Cardinal, et à dilférents titres, nous ne voyons pas moins detrois membres de la famille Citoys, deux de la famille Séneschal ; Charpentier et Cherré deux de ses secrétaires sont cousins, de même cjue Le Masle, le surintendant et Jacques Picot, un des contrôleurs de sa maison. Lorsque ce lien naturel n'existait pas, Richelieu a dû le créer en facilitant les alliances entre les siens, pour cimenter ces éléments épars, constituer autour de lui une ambiance complète de fidélité, et se placer ainsi au centre d'un cercle fermé de dévouements associés où la trahison ne peut pas pénétrer. L'union de Blouyn, son apothicaire, avec une demoiselle Séneschal, le nom que nous venons de voir, en est un exemple ; des recherches minutieuses en fourniraient assurément d'autres.
A ne l'envisager qu'au sens politique, cette méthode assurait de plus au Cardinal de véritables otages, et un pareil calcul, s'il est d'un ordre à la fois plus pratique et moins élevé, ne pouvait que l'affermir dans cette voie, et le rendre inaccessible aux sollicitations provoquées par le désir de s'attacher à un maître aussi puissant.
Inversement, que l'un des domestiques tombe en disgrâce et tous ses proches y sont impliqués ; Richelieu ne veut point, par le même principe qui a guidé son choix, laisser subsister dans sa maison le moindre germe possiljle de désordre; c'est ainsi seulement que l'on peut expliquer la disgrâce incompréhensible de son iiomme d'alVaires Langloys qui, avec Dorval, sont, l'un emprisonné, l'autre exilé sans motif apparent et malgré leur innocence, après l'arrestation de leur frère, l'écrivain Fancan, familier et secrétaire du Cardinal '.
En mettant à part les Suisses qui, de par une vieille tradition, font le service des portes dans toutes les maisons de Paris, il n'y a que trois étrangers dans celle de Richelieu, un aumônier,- l'abbé Deschambres ou Chambers, un page de l'Académie, le jeune Hebron, et un commensal, l'évêque de Chalcédoine, Richard Smith, qui figure au chapitre des Pen-
1. Léon Geley, Fancan el ta jjolilique de Richelieu, Paris, 1884, p. 307 et suiv. Journal (le monsieur le Cardinal dur de Richelieu qu'il a fait durant le grand orage de la Cour. Paris, lfi6^>, t. I, p. 20S. En l6Si, Langloys n'était pas encore élargi, au témoignage de Saint-Germain clans la « Renionslrance de Calon chrestien » parue cette année, in-i", p. 171. « Celuy-là (Fancan) n'a esté ruiné que pour vous avoir trop cognu, et sceu vos secrets qui tiennent encore son frère prisonnier. ■>
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sions. Tous trois sont de même langue, deux Ecossais et un Anglais, t'ait intéressant à constater, si on le rapproche des événements les plus importants de la vie politique du Cardinal, dans ses rapports avec l'Angleterre : sa préoccupation de créer une marine nationale puissante dès ses débuts au ministère, l'ingérence des Anglais dans sa lutte avec les protestants de France et la flotte de Buckingani venant appuyer leur manifeste de 1620 devant 1 île de Ré; l'humiliation de la maison royale de France en Angleterre dans la personne de la sœur du roi, épouse de Charles P''; enfin, la persécution contre les catholiques qui achève de donner à cet antagonisme un caractère d'acuité permanente. Nous aurons l'occasion de revenir sur la sympathie de Richelieu pour ses malheureux coreligionnaires dOutre-Manche, lorsque les noms de Chambers et de Richard Smith viendront à leur jilace, le premier au sujet de ses missions dans son pays, le second au sujet de laide que trouvent auprès du Cardinal les catholiques réfugiés en France : mais il nous a paru bon de signaler d'abord en passant cette sympathie dans sa << famille >■ par la présence de ce petit groupe d'étrangers, les seuls de sa maison, qui ont une origine commune.
Le Cardinal était un maître difficile, " rude à ses gens et toujours en mauvaise humeur ' » ; son caractère très inégal devait mettre son entourage à de dures épreuves: ses infirmités, ses souffrances physiques, « cette fièvre de lion - » qui ne le quitte pas, ses préoccupations et ses soucis continus de toute sorte expliquent de reste cette nature inquiète et tourmentée comme celle d'an malade (pi'il fut à peu près toute sa vie ; de Morgues la certainement le mieux dépeinte, avec une malveillance acharnée dont il faut tenir compte : « Aiijourd'hui il caresse ung homme avec chaleur, demain il le reçoit avec froideur, après-demain il luy faict cognoistre que sa visite luy est à charge, et cette humeur ne le(|uitlt' non plus que pour ses plus proches que pour les estrangers et pour ses serviteurs ' il se fâche contre les personnes, contre les affaires, contre sa
fortune, contre soy mesme ^ ». « Lorsqu il n'est pas tourmenté de la bile