‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 48 sur 464 · Aubery, Hist. du Cardinal de Richelieu, p · texte numérisé non relu

Aubery, Hist. du Cardinal de Richelieu, p

l'un de ses secrétaires, disait : (( Je ne puis aller vous trouver, car nous vivons icy dans la plus estrange servitude du monde, et avons affaire au plus grand tyran qui fut jamais '. » L'anecdote est peut-être apocryphe, mais elle peint Ineu la maison de Richelieu oii l'obéissance absolue est la règle, et que l'on sent étreinte par une main de fer qui ne se desserre jamais.

Malgré cette u tyrannie », elle était ardemment rechercliée, et Richelieu pouvait répondre à de Morgues par cet argument sans réplique, que <( s'il estoit si mauvais maître, il n'y auroit pas tant de presse à le suivre, n}' entre ceux qui le suivent tant de débat à qui l'aimera le niieu.v •' ».

Le Cardinal n'exagérait point, et son génie trouva autant de dévouenjents obscurs que de haines ; les siens lui étaient réellement attachés dans leur admiration sans limite, et il le leur rendait aussi sincèrement, dans un réel besoin d'afîection, le seul sentiment dont il ait été la dupe, car il (1 aimait ceux dont il croyait estre aimé ^ ». et c pourvu qu'il fut persuadé qu'un homme l'aimât, sa fortune étoit faite ^ ».

Si Richelieu tient aux siens, c'est d'abord parce qu'ils sont de sa maison ; chaque fois qu'il en parle, il ne manque jamais d'affirmer cette solidarité: ce Je vous envoyé un gentilhomme, l'un de mes domestiques '

qui m'appartient qui est à moi. » Qui touche au serviteur touche au

maître, dans cette société encore féodale, et un affront <|uelconque, si minime soit-il, fait à un domestique, engendre souvent des querelles sanglantes entre les maîtres.

L'attachement réciproque qui les lie k leurs serviteurs est la conséquence de la communauté dans la fortune et dans les vicissitudes de la vie mouvementée d'alors ; il fait du reste la force de la « famille » du xvu'' siècle que nous avons définie au début de ce chapitre, et il en est la base véritable ; c'est l'une des caractéristiques les plus saillantes des mœurs de l'époque. A ce point de vue, celle-ci est tout entière dans le joli mot du maréchal de Biron pressé par son intendant Sarrau de réformer sa maison et examinant la liste de ses gens qui lui étaient inutiles : » ^ oyla donc ceux dont vous dites que je me puis bien passer, mais il faut scavoir s'ils se passeront bien de moi, eux '^. » Et il n'en chassa pas un.

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