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70 I.A MAISON nr I VIIDI.NAI, DE lilCHEI.IF.I'
motifs; l'un doux. \c plus puissant certainement, est la jalousie autoritaire du Cardinal pour tout ce qui touche à la marine, jalousie aussi forte (jue celle du roi pour les choses de rarmée ; il est. au contraire, fort viaisemhlahle que Richelieu, tenant essentiellement aux services de Hcbron, et redoutant son mécontentement, peut-être devant des demandes de fonds au roi restées sans réponse, l'avait l'ait inscrire lui-même d'office à la marine, tout en reportant sur le roi et à son insu, cette i^éiiérosité, pour en rehausser la v;deur aux yeux du « l)on colonel » comme il l'appelait. Cette supposition, (jue nous faisons sous toute réserve, est quelque peu autorisée p.ir les circonstances d'un fait postérieur : l'année suivante, le Cardinal appuyait auprès de Louis XIII la demande que lui faisait, pour la deuxième fois, le colonel, de la rançon de Mesternic, im olFicier impérial fait prisonnier, rançon de i.OOO escus i< (lui lui a3"deront ;i subvenir à ses affaires ' n ; le colonel ne parlait rien moins que de cesser de servir, s'il n'obtenait satisfaction. L'insistance pressante et alarmée du C-ardinal auprès du roi nous fait connaître, avec les besoins pécuniaires répétés du colonel Ilebron, l'estime dans laquelle le tenait Richelieu, et aussi sa crainte de le perdre, avec son désir d'apaiser et de satisfaire un officier qui avait déjà eu des mécomptes avec la générosité du roi : il l'assurait encore quelques mois plus tard de son Il atl'ection, bienveillance et service ■ n.
Pour Cinq-Mars d'Efliat, le jeune lils de l'ami de Richelieu, et le futur favori de Louis XIII, la question est tout autre. Cette année de 163.'} mar([ue le début de sa fortune, et le Cardinal qui pense peut-être déjà ;i le pousser à la cour, veut se l'attacher par des faveurs; mais pas plus pour lui (|ue pour le colonel Ilebron, il n'est question d'un poste impliquant une idée de service personnel auprès du grand maître, une idée de « domesticité » à un titre (juelcon([ue. N'est-ce point là encore un calcul de Richelieu qui ne veut point compromettre leur fortune future auprès du roi, et a évité ainsi de leur témoigner aussi directement des sympathies capables de les j)er(lre d'av.ince dans l'esprit ombrageux et jaloux de Louis XIII ?
L'hypothèse séduisante que nous avons émise n'est donc pas infirmée, semble-t-il, par ces particularités ; le Cardinal pouvant disposer à son gré des emplois qui dépendent de sa charge, ne les a-t-il point, au début de ses fonctions et de propos délibéré, répartis entre ses domestiques les plus capables et les plus dévoués, en tenant compte de leurs loisirs et de
I. .\voiK-l, Lellrrx... (. V, |). VSO. 21 juin Hi:»(i.) ;'. //.(./., t. VI, p. 200. 12 octobre 1C3."..)
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loiir valeur, pour tirer parti d'eux? (^uami il a pris en inaius ce nouveau ministère, n'a-t-il pas voulu avoir dans chaque service des éléments qui soieul !)ien à lui, placer dans clia(jue bureau un homme sur et éprouvé sur le dévouement duquel il puisse compter, un agent ([ui sera « ses yeux », suivant l'expression de révê([ue dAuxerro '; y créer, en même temps, ainsi, une amhiance de discipline, ivgie par les principes même qui dominent sa propre maison? Cette mainmise originelle par les siens sur les choses de la marine ([ui est son «x^uvi'e, et Id'uvre ([ui lui lient le plus à cœur, concorde i)ien, du reste, avec son principe d'unité, son caractère soupçonneux et déliant, sa passion du contrôle, son désir d'être tenu au courant de tout.
En tout cas, et quels que soient ses causes et son point de départ, cette pratique était courante, et avait passé à l'état de tradition ; dans tm état de prévision des gages du personnel de la marine pour 1637, l'on retrouve à peu près tous les noms de la maison que nous avons cités, aux mêmes postes et avec les mêmes appointements, les secrétaires et la maison médicale, Jacques Picot, Nicolas Sejournan, les deux Seneschal, un sieur de la Garde, maintenant prénommé Pierre, et parmi les écrivains, les deux sommeliers du Cardinal, René Bruneau et François Letellier, ce dernier, cette fois sans son surnom '-.
Le nom de leur maître ouvrait toutes les portes aux domestiques de Richelieu, et l'ombre de sa pourpre leur servit encore d'égide après sa mort. De la maison, une partie entra au service de son successeur, le cardinal Mazarin, Euzenat l'argentier, Lespolette le valet de chambre, et Blouyn l'apothicaire, entre autres ; ce dernier eut, avec Seneschal, son parent par alliance, la récompense de leur dévouement, et nous verrons plus loin à quelle fortune ils s'élevèrent, à la cour du règne suivant, ainsi que quelques autres comme Jacques Picot et Chamarande ; cela seul prouve que le Cardinal se connaissait en hommes. D'autres, tels que (^itoys, Berihereau et Le Masle, largement pourvus, reprirent, à la mort de Richelieu, leur indépendance: un très petit nombre entin, ce sont les musiciens, passèrent immédiatement après au service du roi et restèrent avec Louis XIV dans la maison royale, après la mort de leur second maître.