‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 7 sur 464 · LE DOCUMENT H · texte numérisé non relu

LE DOCUMENT H

V voit sa main. Il reflète ses goûts, ses inclinations, ses tendances. L'on y retrouve même la mise en pratique de certaines idées personnelles (|ue le Cardinal a exposées et développées dans son Testament politique, et il en constitue à ce titre une sorte de corollaire vécu d un intérêt puissant.

Il ne faut toutefois lui demander aucun secret d'Etat, aucun renseignement politicjue nouveau ; nous devons même avouer que notre curiosité a été vivement déçue sur ce point. Changez les noms propres et vous aurez l'état de la maison d'un très grand seigneur dans le milieu du .wiT' siècle. Quelques rares détails seulement nous ont permis des rapprochements donnant lieu à des remarques dans cet ordre d'idées. Rien qui révèle l'emploi de tel ou tel domestiijue à l'une de ces missions secrètes pour lesquelles le Cardinal iitiHsail f[ét[uemnient ses serviteurs; rien qui constitue la plus petite irrégularité dans celte belle ordonnance ([ui semble celle de la vie la plus normale et la moins agitée pour l'époque. Pour n'en citer qu'un seul exemple, l'abbé Deschamljres, de son vrai nom Chambers, un Ecossais, a été employé à des missions secrètes dans son pays, précisément en cette année de !()3!) ; or il figure sur l'état par une simple mention à ses fondions régulières et apparentes d'aumônier de la maison, qu'il devait renqDlir, on en conviendra, d'une façon fjuelque peu singulière. Cette réflexion renforce l'opinion que nous avons émise, sur le caractère de document officiel que présente le Compte, document destiné à la postérité au même titre que les innombrables notes et mémoires que le Cardinal a laissés pour expliquer ses idées et justifier sa conduite. Richelieu ([ui pensait que le secret est l'àme des all'aires et le >■ principe le plus essentiel par lequel elles peuvent réussir ' », n aurait certainement point divulgué ses secrets aux scrilies dont le concours était nécessaire pour rétal)lissement régulier des comptes de sa maison ; il les dissimulait à bien d'autres ! On connaît de reste sa défiance soupçonneuse vis-à-vis de tout le monde, et même des siens. L'auteur des Meniuircs de M. le Comte de Rochefur/ a pris comme canevas des épisodes les plus piquants de ce roman historique quelques-unes de ces négociations mystérieuses qui furent, avec son vaste espionnage, l'âme de la politique du Cardinal. Notre ambassadeur en Angleterre, Bellièvre, était lui-même, d'après Avenel '^, dans l'ignorance

1. Deageant, Mémoires. Grenoble, 1008, p. ■i2. Aubery, Ilist. du Curdinal do Richelieu, Paris, 1660, p. S84.

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