Tallemant, Ilist.. t. V, p
La Maison ni' CAnoi.NAL ne Richelieu. *
98 t„\ MAISON Dr CARDINAL DE RICHELIEU
tage avec succès, il est en danger de ne se l'endre jamais fort agréable, et de ne pouvoir prétendre k de plus grands emplois '. »
Le préjugé contre les lettres persistera toutefois longtemps encore chez la noblesse de province, et il nous vaut une page bien curieuse du maréchal de bataille des armées du roi, de Caillières, « sur l'erreur de ceux qui méprisent la charge de secrétaire - ». Elle l'est d'autant plus, qu'elle constitue un tableau saisissant de l'évolution qui s'est faite en un demi-siècle dans les idées'*, depuis les timides conseils deFaret, et le coup d'état littéraire de Richelieu :
« C'est une chose étrange que la tyrannie de la coustume, qui nous force à suivre le nombre et à rejetter la raison. Escoutez parler les nobles de Provinces, ils demeureront d'accord qu'un Particulier ne peut mieux chercher sa fortune qu'à la suite d'un Prince ou d'un Ministre d'Estat; que les emplois qu'il luy donne sont autant de degrez pour y monter; (juil doit avoir lame souffrante et commencer par les moindres services pour arriver aux premiers honneurs ; qu'au sortir de Page il assaye d'estre genlilhonime servant, ou gentilhomme de la \'enerie ; mais si on luy propose la ciiargede secrétaire, ils la tiendront au dessous de sa condition ; ils diront qu'il ne doit porter la plume que sur son chapeau et qu'il luy scroit honteux de laisser son épée pour se charger d'un portefeiiille. Il faut avouer que de pareils donneurs d'avis sont des Juges bien competans en cette matière, et qu'ils sçavent admirablement bien faire le discernement de l'honneur et de l'utilité des emplois : c'est bien entre le point d'honneur, d'assurer qu'il est plus glorieux de donner k boire à son maistre pendant ses repas, que d'expliquer ses pensées et ses intentions dans ses lettres ; qu'il est plus honorable de penser ses chevaux, et de fouetter ses pages, que de converser avec des Ambassadeurs, et d'estre dépositaire des plus importans secrets d'entre la Cour et luy ; à mon avis il aura bien plus de plaisir de s'entretenir de sa chasse et de ses chiens, que de ses grandes Négociations: et sa suffisance paroistra bien mieux a détourner une beste, qu'k mettre en ordre les affaires qui luy passent par les mains. Si l'on en considère l'utilité, il ne faut que s'informer de ceux (jui ont esté secrétaires, pour apprendre que pas un n'a jamais manqué de fortune ''. »