‹ La maison du temple de Paris, histoire et description: histoire et description, avec deux planchesChapitre 116 sur 184 · K 40, DO 11 ; avec vidimus en · texte numérisé non relu

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ploitation des terres volés ou vendus à vil prix. L'entretien de tous ces biens exigeait en général de grosses sommes; combien plus les réparations alors nécessaires! En outre, ils ne rapportaient presque rien pour le moment, du moins dans les campagnes. La misère des fermiers était générale ; des guerres continuelles enlevaient les hommes valides, et les terres demeuraient incultes, faute de bras. De sorte que les revenus diminuaient, les charges augmentant d'autant, et les couvents étaient partout réduits à une extrême pénurie.

Et cette situation se prolongea longtemps. Les détails que nous venons de donner ont été relevés dans plusieurs inventaires du Temple de Paris, notamment dans le registre de visite du grand prieuré, adressé au pape Grégoire X, sur sa demande, en 1373 *. L'inspection des comptes et des prix de locations pour la censive de Paris montre également que pendant longtemps les recettes restèrent inférieures aux dépenses. Elles ne les dépassèrent que lorsque, les murs de Paris ayant été reculés, le domaine de l'Ordre tout entier fut exploité et couvert de riches maisons, d'hôtels, et de boutiques qui commencèrent à donner de la valeur et de la vogue au quartier, surtout aux xv' et xvi* siècles.

Mais cette source déjà assez fructueuse de revenus fut soudain tarie en grande partie par Tordonnance de Henri II, en date du mois de mai 1553 ', qui décrétait le rachat de toutes les rentes et droits fonciers constitués par les seigneurs domaniaux sur les maisons de Paris. Afin de ne pas trop dépouiller les propriétaires, le roi s engageait à leur assigner, dans les six ans, d'autres biens, terres et immeubles, cens et rentes, d'une valeur équivalente.

L'Ordre ne paraît pas avoir reçu les terres dont il est parlé dans l'édit. Mais il est certain du moins qu'une rente lui fut assignée sur les revenus des greniers à sel et le domaine de la ville, et payée par le prévôt des marchands et les échevins. Ajoutons aussi qu'on trouve dans le registre de comptes de 1564 ', pour la première fois, « la recelte payée par les prévôt et échevins

2. Imprimée souvent. Voy. MM 172 (registre de comptes de 137!); Fontanon, Edits et ordonnances des rois de France, I, 797; Isambert, Rectttil général des anciennes lois françaises. — EUc fut enregistrée au ParlementT le 8 mai (i6{(/.\

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pour les rentes rachetées suivant Tédit de 1553, par les particu« liers » dont la liste est donnée avec les sommes remboursées.

Malgré les dédommagements accordés, cet acte royal devait causer un tort réel à tous les seigneurs domaniaux ^ Depuis lors, en effet, les tenanciers du Temple ne lui durent plus en général que des droits seigneuriaux, les lods et ventes, c*est-à-dire fort peu de chose. La Maison conserva néanmoins, comme on le constate dans les livres de compte, ses droits sur la plupart des bâtiments appartenant à des communautés religieuses, et elle continua de percevoir quelques rentes qui lui étaient dues pour des servitudes ou à titre d'indemnités. Quelques maisons étaient louées aussi par la Ville de Paris pour y loger de grandes administrations, comme les bureaux de Tlnlendance générale, le long du mur nord de TEnclos, ou le Mont-de-Piété de la rue des Blancs-Manteaux et celui de la rue de Paradis.

Bientôt le Temple chercha une nouvelle source de revenus dans la location à baux emphytéotiques, à long terme, des hôtels nouvellement construits dans l'Enclos et les rues avoisinantes qu'on venait de percer au milieu des terrains restant de Tancienne couture. Ce système excellent lui assurait un revenu fixe considérable. Les baux étaient conclus d'une curieuse façon : le prix en était stipulé en bloc, pour toute la durée du bail, et divisé ensuite en annuités. Ainsi, en i784 % le bail que le prince de Gonti avait conclu pour son hôtel de Guise, dans TEnclos, était Oxé à 99 125 livres, pour seize ans et trois mois, et Tannuitc à 6100; celui qu'il avait également conclu pour Thôtel de Vernicourt était fixé à 16 000 livres pour quatre ans.

Geci va nous amener à donner quelques détails sur l'histoire des revenus fonciers de l'Enclos et des « marais » avoisinants. Longtemps le bénéfice que l'Ordre, pouvait tirer des terrains qui

1. Au commencement du xyii» siècle, les ennemis de l'Ordre firent plus encore : ils demandèrent nettement la réunion des domaines de TOrdre de Malte à la couronne. On trouve le résumé de ces propositions dans une brochure de 1627, « Abrégé dés mémoires donnés au roy sur la réunion de rOrdre... à la couronne » (M 28, in-12). La même année, TOrdre s'em. pressa de répondre par une autre brochure sous ce titre : « M alte suppliante aux pieds du roy... contre Tauteur de l'Abrégé... » {iàid., pet. in-4«). C'est une revue de tous les privilèges accordés à l'Ordre par les rois de France dans les différentes provinces, et des nombreux services rendus en retour par lui. — Le projet n'eut pas de suite.

entouraient Téglise et les bâtiments conTeDtaels demeura à peo près nul. On laissait ces terres en caltore, moyennant nne redevance plus importante en nature qu'en espèees* D'habitations particulières, il n'en faut pas compter avant le xy^ siècle : encore étaient-elles à cette époque en nombre fort restreint* En 1409 * par exemple, déduction faite de quelques baux non relevés dans le livre des recettes courantes, les « louages du Temple » rapportaient seulement 36 livres 12 sous. Et en 1480 * on ne compte encore que 8 locataires, dont la redevance annuelle varie entre 24 sols et 8 livres •.

Ce n*est qu'à partir de l'édit de 1553, du rachat des rentes foncières de la Ville que la Maison du Temple, s'ingéniant à chercher ailleurs un remède au mal, prit le parti de bâtir aatour d'elle, dans sa propre enceinte, des hôtels particuliers et des maisons de location qui seraient bien entièrement à elle. Les principaux étaient donnés à baux à long terme : on en faisait un compte à part; mais la majeure partie consistait en loyers ordinaires annuels dont les chiffres varient beaucoup. On trouve même un assez grand nombre de chambres isolées, ou de petits appartements analogues à nos « garnis », qu'on louait au jour le jour. En 1783, on en peut compter 234, occupés par une population flottante *. D'autres logements étaient accordés par charité ou faveur; on les inscrivait pour mémoire, avec l'évaluation de leur prix, et de même pour les maisons momentanément vides, ainsi que les bâtiments conventuels, l'hôtel du bailliage, etc., mais ces derniers sans évaluation de valeur.

Les principaux locataires (on les qualifiait même de propriétaires, quand leur bail était emphytéotique) sous-louaient une partie de leurs appartements ; ainsi le priace de Gonti| que nous avons mentionné plus haut, avait environ quinze sous-loeaiaires.

i. MM 142.

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