‹ La maison du temple de Paris, histoire et description: histoire et description, avec deux planchesChapitre 143 sur 184 · LE TRÉSOR ROYAL — LA PRISON D'ÉTAT · texte numérisé non relu

LE TRÉSOR ROYAL — LA PRISON D'ÉTAT

Le Temple de Paris a renfermé dans ses murailles, à des époques difTérentes, deux institutions importantes, également étrangères à rOrdre qui leur donnait asile : un trésor, c'est-à-dire un dépôt des sommes d'argent et des objets de prix confiés à la garde des religieux par le roi, les princes et même les simples particuliers; et plus tard, une prison d'État et de ville. — Ce trésor et cette prison, dont la durée d'existence — pour chacun d'eux — ne dépasse probablement pas deux ou trois siècles, ont un rapport commun : c'est que leur existence a sans doute été motivée par la garantie de sécurité qu'offraient — de même que le Louvre ou le Châtelet — le donjon et l'enceinte fortifiée du Temple. C'est pourquoi nous avons cru pouvoir les réunir tous deux dans un même chapitre.

Nous ne possédons pas encore actuellement, sur l'histoire du trésor royal au Temple, toutes les informations désirables. Maints témoignages parfaitement clairs permettent de constater son existence à telle et telle époque, mais certains points restent trop vagues pour qu'il soit possible de se rendre bien compte de son organisation. On ignore à quelle époque exacte a commencé et pris fin cet usage des rois de déposer une partie de leurs biens dans les maisons des Templiers et quels furent le» motifs qui les guidèrent. — Il est certain que, non seulement

en France, mais en d'autres pays *, les rois choisirent les couvents de cet Ordre, dont ils avaient éprouvé la fidélité et la force, pour faire garder une partie de leurs revenus, et qu'ils y puisaient ensuite selon leurs besoins, en vertu d'un mandat signé de leur main.

Le plus connu, et sans doute le plus important de ces trésors, était celui de la Maison de Paris *.

La première allusion qui y soit faite se trouve dans le testament de Philippe-Auguste en 1190. On y voit qu'un religieux était spécialement chargé de la garde du dépôt ', mais qu'il fallait aussi, pour la délivrance des sommes, la présence d'un délégué du roi. « In receptionibus averi nostri, Adam, clericus noster, praesens erit et eas scribet, et singuli habeant singulas claves de singulis archis in quibus reponetur averum nostrum in Templo, et Templum unam. De isto avero tantum nobis mittetur quantum litteris nostris mandabimus *. » Ce texte précieux donne une idée déjà suffisante d'une organisation qui est restée longtemps la même.

Sous saint Louis, voici quelle elle était'. Les sommes provenant des bailliages étaient versées directement au trésor du Temple.

1. Ainsi, en Angleterre, le roi déposait, lui aussi, son argent au Temple de Londres. Voici quelques témoignages précis : Royal Letters of the reign of Henry, III, 1862 (Coll. Brit.), t. II, p. 113; lett. 94. — Pandulph, bishop elecl of Norwich to Eustace de Fauconbery, treasarer, and Ralph- Nevillc, vicc-chancellor (30 avril 1220). ■ Discretionem vestram monemos attentius... injungentcs, qualenus circa faclum scaccarii, omnem studium et diligentiam adhibentes, pecuniam quam habere poteritis indomo Templi Londoniae deponalis... • — /d., id. (12 mai 1220). — Id , id. (16 mai), p. 119, lett. 101. « Si... vos vacare contingat... (if you leave London) placet nobis ita. Tamen quod rcdeatis sine mora et deponatis sigillum domini régis sub vestro sigillo in domo Templi donec redealis », etc.

2. Lorsque le grand maître Guillaume de Beaujeu alla toucher à Londres, en 1274, les sommes considérables qu'Edouard III avait empruntées aa trésor de TOrdre en Orient, ce n'est pas à la maison de Londres, mais à celle de Paris quMl les déposa. (Rymer, Fœdera, éd. de 1693, t. I, p. 141.) C'est donc bien à Paris qu'était le principal trésor de TOrdre; et il paraît naturel d'en conclure que là se traitaient les aiïaires les plus considérables avec les prieurs ou les particuliers.

3. Le frère du Temple chargé du trésor royal était considéré par le roi comme étant vraiment un de ses trésoriers en titre. Une lettre de Philippe le Bel, datée de janvier 1287, est adressée « Dileclo et fideli nostro thesaurario et fratribus domus militiae Templi Parisius ». (S 5072.)

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