‹ La maison du temple de Paris, histoire et description: histoire et description, avec deux planchesChapitre 171 sur 184 · M 18, impr., et S 5545, ch. i (inventaire de · texte numérisé non relu

M 18, impr., et S 5545, ch. i (inventaire de

arrêt obligeant « les compagnons batteurs d'or et d'argent à se retirer incessamment chez les maîtres de méliers », lesdits compagnons adressèrent aussitôt un factum au roi, où ils réclamaient le maintien de leur liberté de travail, en vertu des privilèges de TOrdre; et le conseil fît droit à leur requête en défendant aux maîtres de les troubler, à peine de 10000 livres d'amende *.

Il faut ajouter que les gens de ce métier, au Temple, étaient souvent des hommes fort considérés, dont la garantie avait une haute valeur. Dans la visite de 1665 ', par exemple, où le témoignage des principaux habitants de l'Enclos est invoqué au sujet du bon ordre et de la justice qui y régnaient, on cite parmi ces personnages « honnorable homme J.-B. de la Porte, batteur d'or ordinaire du roy, âgé de cinquante- trois ans, et honnorable homme Pierre Ghambrier, marchand orfèvre, âgé de cinquante ans, tous deux demeurants dans l'Enclos du Temple depuis vingtcinq ou vingt-six ans ». Ce texte fait même penser que le roi cherchait volontiers ses ouvriers parmi les privilégiés de l'Enclos.

Nous arrivons maintenant au moment où les conseils royaux eux-mêmes commencent à battre en brèche ces antiques privilèges. L'arrêt du conseil, en date du 28 janvier 1678, qui, malgré la création du nouveau Châtelet, déclarait respecter les droits de haute justice de l'Enclos et ceux de basse justice du domaine du Temple, ajoutait cette restriction : a sans que toutefois les arti« sans et ouvriers faisant commerce ou métiers puissent s'établir dans l'Enclos sans être sujets à la visite des maîtres, gardes et jurés de la ville ». Les visites, du reste, ne pourront être faites qu'en conséquence des ordonnances du lieutenant de police, qui leur en donnera la permission, et en présence d'un commissaire du Châtelet nommé par lui. Mais défense est faite aux grand prieur, commandeurs, chevaliers et aux ofQciers de l'Ordre d'y souffrir aucuns artisans que sous ces conditions, à peine d'être déchus de leurs privilèges.

Le droit de franchise même paraît néanmoins être demeuré assez intact, comme on le voit par un passage intéressant du mémoire cité plus haut, du grand prieur de Vendôme, en 1701 '.

3. Bulletin de la Société de Vhistoire de Paris, 1881, p. 115.

« Ce n*est pas, dit-il, sans un juste sujet qu'il a plu au roi de coufirmer lesdits privilèges... parce qu'il est notoire à un chacun, et tout ce qu^il y a de fameux marchands et négociants dans Paris sont en état de Tatlester, que, si ledit Enclos n'étoit point un asile et une retraite libre à difTérents marchands et autres gens qu'un malheur inopiné dans les affaires que toute la prudence ne peut prévenir fait tomber dans la disgrâce, il y auroil une inGnité de marchands et négociants de Paris, et même du dehors, qui se trouveroient forcés de passer dans les pays étrangers et d'y emporter leurs effets (parce qu'il n'y a que ce lieu dans Paris qu'on regarde pour asile établi), ce qui seroit d'une conséquence plus dangereuse qu'on ne peut l'exprimer. »

Seulement les visites des maîtres de métiers étaient généralement autorisées. Ainsi le 28 juin 1705, dans une déclaration du roi à la communauté des charpentiers \ on lit « permission aux jurés syndics de ladite communauté de faire leurs visites dans tous ateliers et chantiers, tant du faubourg Saint-Antoine, de l'Enclos du Temple, de Saint-Jean de Latran... et autres lieux privilégiés... Et en cas qu'ils y trouvent des malfaçons, bois défectueux ou des ouvrages contraires aux règlements de police et à l'art de charpenterie , lesdits jurés syndics en dresseront leur procès-verbal et se pourvoiront par-devant le lieutenant général de police, en quelques lieux que lesdiles visites aient été faites... »

La vérité oblige à dire que, en dépit des protestations des grands prieurs , des abus, conséquences naturelles des privilèges, s'étaient glissés peu à peu dans leur exercice, et qu'une surveillance et même des répressions de la justice royale devenaient

1. Delamare, IV, p. 83. On trouve également dans le « Journal des séances du Conseil de commerce », le 23 janvier 1715 (F" 58, T 321), inscription d'une requête présentée par le sieur Perrot, procureur général de Tordre de Malle, exposant « que malgré la franchise du lieu, les jurés de la communauté des fabricants de bas prétendent exiger des ouvriers le paiement du droit de 3 sous par semaine sur chaque métier; sous prétexte d'arrêt du Conseil, du 1«r août 1713... » • Mais il a paru unanimement au Conseil devoir être rendu arrêt par lequel S. M. déboutera le sieur Perrot de l'opposition à Texécution de l'arrêt de 1713. Les ouvriers paieront les 3 sous et on pourra faire visite et procéder par voie de saisie. ■ L'arrêt est applicable également à SaintJean de Latran. On ne sait trop quelles franchises pouvaient rester à un métier aussi rigoureusement surveillé. Il est bien certain a^ moins que tous n'étaient pas dans le même cas.

nécessaires. Le 21 juia 1698, par exemple, les ofûciers du grenier à sel de Paris écrivirent au contrôleur général * une lettre où ils se plaignaient « de ne pouvoir sans danger poursuivre les contraventions dans les abbayes, les maisons royales ou les maisons de particuliers mises en sauvegarde, qui servent de retraite aux fraudeurs de sel, et dont les propriétaires euxmêmes font le commerce ». A cette lettre sont joints deux procès-verbaux attestant les violences dont les plaignants ont été victimes au château de Meudon et aux Gobelins, et où ils déclarent qu*ils n'osent faire constater dans TEnclos du Temple un commerce frauduleux dont ils ont eu avis.

Malgré tout, il restait encore bien des libertés aux protégés du Temple, et on fermait les yeux sur bien des choses qui eussent été illicites au dehors. Les petits métiers, le petit commerce y florissaient à Taise, ainsi que certaines industries à la mode, uniques en Europe : interdites partout ailleurs, elles avaient dans TEnclos tout le bénéfice d'un monopole. Jetons donc un coup d'œii rapide sur la composition de ce monde commerçant des deux derniers siècles. Les visites provinciales et les inventaires de la Maison, puis les mémoires et les anecdotes rapportées par les auteurs du temps, nous ont laissé sur ce sujet d'assez curieux détails.

La visite de 1664 ', par exemple, cite les noms de divers gros marchands, de riches fabricants ayant plusieurs boutiques ou maisons et payant des loyers très élevés : le sieur de la Porte, batteur d'or, que nous avons déjà vu ; Nicolas Pérou, orfèvre; La Forcade, marchand joaillier; Faron, sculpteur; Rougebert, tapissier; Pierre de Ruault, cordonnier^; Taboureau, gantier; puis d'autres plus modestes, des fondeurs, doreurs, éventaillistes, brodeurs, tailleurs, horlogers; des marchands de vin, distillateurs, épiciers; des parfumeurs, perruquiers, poudriers, a marchands de cheveux »; des merciers; des ébénistes, menuisiers, lapidaires; des vitriers; des chirurgiens, des apothicaires ^...

1. Boisllsle, Correspondance des contrôleurs généraux, 1874, t. I, p. 482.

3. Noté pour un loyer de 250 livres, prix relativement fort élevé.

4. La visite de 1776 (S 5106) décrit la « cour ou carré de maison appelée rindemnitè, consistant en douze petites maisons où demeurent des artisans

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Le noechre de ees martbands n^éUit pas en rapport avec le ehîffrf de la popolaiioD de IToelos; ils j affinaient et Ton Tenait à etu de tout Paris pour profiler des conditions de prix avanUgea5e« qoe («rmeliaîent leurs firanchiaes, et pour y trouver les marchandiMs doot la renie n>tail tolérée que là.

On pent citer, eomme nn exemple curieux de Futilité publique qoe pouvait avoir à un moment donné Tindépendance de ces hidustne$.un fait tiré des notes du fameux bailli du Temple, Le Paise '. an moment de ce qu*on a appelé Vémeute des Farines, du 5 mai 1775. « Après avoir pillé le pain au marché, dit-il, ils se sont mis dans la tête d'eu aller faire autant chez tous les boulaogers de Paris, ce qu'ils ont très exactement exécuté... Ils sont venus pour en faire autant aux deux boulangers du Temple; mais la porte de l'Enclos était fermée. Il en est résulté qu'on grand nombre de maisons se sont trouvées sans pain ce jour-là, même celle de M. le premier président, au moins à diner. Mais les boulangers ont cuit Taprès-midi. L*un des deux du Temple en particulier, chez qui on est venu chercher du pain des extrémités de Paris, comme du Gros-Caillou et du faubourg Saint- Jacques, a fait f 1 cuissons dans cette journée . »

Une des industries qui ont eu le plus de vogue dans le corn* merce du Temple est celle de la bijouterie en faux, prohibée partout, mais florissante ici. Plusieurs auteurs en parlent. Le « Journal d*un voyage à Paris » en 1657, 1658 ', s'exprime en ces termes : «Le Temple est encore renommé par ce merveilleux artisan, le sieur d*Arce, qui a trouvé l'invention de contrefaire les diamants, esmeraudes, topases et rubis, dans laquelle il a si bien réussi qu'en peu de temps il a gaigné une si grande somme d'argent qu'il tient carosse et a fait bastir deux corps de logis dans ledit Enclos; en l'un il demeure, et l'autre il le loue. » — De là le nom de pierreries du Temple donné souvent par le public aux pierres fausses.

Barillet * raconte que lorsque la vente des indiennes fut dé-

traTaillant en franchises... » et « quantité d^antres rues et maisons dans la plupart desquelles sont aussy demeurant des orfèvres, lapidaires, chirurgiens, apothicaires et plusieurs artisans de toutes sortes de vocations, travaillant en franchise dans les privilèges dudil Ordre -. !. Publ. par Gazier, Soc. de VkUtoire de Paris, Mémoires, t. VI, p, 5.

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