Recherches historiques sur le Temple
fendue dans Paris, la foule envahit les nombreux magasins qui s^installèrent dans l'Enclos pour en vendre.
C'est la curiosité et le désir d^éluder les prohibitions qui attiraient surtout le public aux boutiques du Temple.
Vers 1750, les perruquiers de TEnclos fournirent toute l'Europe de certaines perruques de laine d'invention nouvelle, dont la mode s'empara pendant quelque temps.
Puis ce fut un confiseur, établi sous la grande porte, qui attira chez lui la vogue, avec ses biscuits.
Les plus brillants équipages s'arrêtaient devant la porte du sieur Van Boterum, Hollandais, dont la femme vendait du rouge végétal aux dames de la cour.
Un cordonnier illettré, nommé Rossignol, établit une pharmacie et devint médecin du grand prieur de Vendôme, qui lui faisait une pension. Et ce beau succès fut encore dépassé par celui d'un épicier ruiné qui s'improvisa un jour droguiste et inventeur d'une tisane purgative qui fît du bien, paraît -il, en dépit des colères de la Faculté : on la vendait par muids, et la vogue en fut telle, que, malgré son prix très bas, elle enrichit promptement l'inventeur. Mercier * assure qu'il en débitait jusqu'à 1200 pintes par jour pour satisfaire le public. Sur quoi il ajoute cette réflexion judidieuse : « Il est bon qu'il y ait dans une grande ville un asile ouvert aux victimes de cette foule de circonstances qui agitent si diversement la vie humaine ; il est bon que les petites tyrannies des corps qui immolent tout à leurs Intérêts particuliers disparaissent pour laisser à l'homme ou l'art, la liberté trop souvent ailleurs gênée et fatiguée. »
Nous avons recherché s'il existait une imprimerie au Temple. Lies papiers de l'Ordre n'en mentionnent aucune. En 1790, cependant, en pleine Révolution, on trouve un certain nombre d'écrits politiques, pièces isolées *, portant au bas de la page : <( Imprimerie du Journal de commerce, de politique et de littérature, Enclos du Temple, n» 37. » Ce journal peu connu, publié par Jean-François Bérard, était destiné à remplacer le Courrier d* Avignon, importante feuille qui embrasse presque tout le XYU!** siècle et qui avait été momentanément suspendue en 1790.