Voy. la gravure de Marot (vue latérale de réglise
Chapelle du Saint-Nom de Jésus.
C'est dans la chapelle du Saint-Nom de Jésus qu'il faut chercher quel était Taspect primitif de la chapelle de Lorette. On rappelait aussi du nom de Yilliers TIsle-Adam, son fondateur : c'était la plus belle et la plus vaste de toutes les chapelles de Téglisc. D'un plan élégant, elle se terminait en une abside circulaire et flanquait le chœur, à Test, comme un second vaisseau que séparait seulement du premier « un ballustre de cuivre doré, d*un beau travail ». Les dimensions étaient de 5 toises de large, sur 6 toises 6 pieds de long (soit 9 m. 75 sur 13 m. 2â) ; une boiserie de 6 pieds de haut régnait tout autour.
La voûte, sans doute en étoiles^ c'est-à-dire reposant sur des croisées d'ogives recroisées et compliquées de liernes et de tiercerons, se distinguait par de belles clefs pendantes sculptées. Il y avait trois fenêtres à l'abside et deux sur le côté; des contreforts à plusieurs ressauts et ornés de fleurons les séparaient. Gomme remplage, deux jumelles surmontées d'une rose sous une grande archivolte en arc brisé. C'était encore le beau style flamboyant du gothique.
Cette chapelle fut construite « aux despens et des bienfaicts » du grand maftre de l'Isle-Adam, le héros du siège de Rhodes, qui y plaça son tombeau en souvenir de la charge de grand prieur de France qu'il avait d'abord remplie. On trouve mention d'un « contrat quy en a esté passé par devant noteres au Chasteletde Paris, le 14 mars 1527 ' ». Une inscription placée au-dessous du grand mausolée indiquait que la chapelle avait été bénie le 13 avril 1532 '. Comme on le voit, ce sont là exactement les mêmes dates que pour la chapelle Notre-Dame de Lorette.
Voici comment s'exprime la visite de 1G65 au sujet du mausolée de YilIiers-risle-Adam : « C'est une fort belle sépulture en marbre blanc et noir, joignant le ballustre de ladite chapelle, où se veoit sur un sepulchre de marbre noir eslevé de trois pieds ou environ la figure dudit grand maître de l'Isle-Adam, à ge-
1. Visite de 1664 (S 5558). Cf. inventaire de 1632, ch. iv (S 5544). U bulle du grand maître n'est que de 1534. — Nous en avons le magniflque original (S 5099).
2. Gorrozet, Antiq. de Paris, 1586. f» 108. — Cf. aussi TÉpitaphier de Paris (Bibl. naU).
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noux devant la représentation du baptême de Notre Seigneur au Jourdain, en pierre et en relief, tout remply et enrichy d'or ».
L'épitaphe inscrite sur une table de bronze attachée, non au tombeau, mais à un pilier voisin, apprenait que le cœur seul du grand maître reposait dans le cénotaphe.
La statue était en albâtre et datait de 1531 ^
Tout autour de la chapelle, au-dessus des boiseries, on voyait les statues des apôtres, en pierre, placées, dit Sauvai ', sur « les trumeaux des croisées », c'est-à-dire, probablement, comme les statues de la Sainte-Chapelle. La muraille était somptueusement décorée. « Elle est enrichie, dit Corrozet, sur un champ blanc d*or et d*azur, à ouvrages de subtile artifîce, semée de flammes de feu et d'épées autour desquelles est écrit : Pour la foy. »
Mais le morceau capital était un tableau qui, si i*on en croit les contemporains, devait être une œuvre tout à fait remarquable. Écoutons d'abord la visite de 1665 : « Au côté droit du grand auteL.. est un tableau sur bois à cadre doré, représentant l'adoration des troys rois, dans lequel tableau se voit la représentation dudit feu grand maître de TIsle-Adam, fondateur de ladite chapelle, à genoux, avec la sopraveste (costume de guerre rouge sur la cuirasse). Ledit tableau se fermant à deux vollets de menuiserie, aussy à cadre doré, où sont paincts deux tableaux, ce* luy de main droitte représentant saint Phiiippes, et celuy de main gauche, saânt' Georges. »
Sauvai s'expetnie ainsi : « Le tableau de Tautel représente Tadoration des troÎ9rois; Tordonnance n*est pas des mieux entendues, mais le coloris en est si vif et quelques têtes si vivantes et si détachées qu'elles peuvent avec raison passer pour des plus belles et des plus finies. La tête entre autres du roi qui adore le petit Jésus est si grave, celle de la Vierge si modeste, celle du seigneur de Tlsle-Adam si vénérable, et plusieurs autres qu'on voit dans des lointains sont si achevées, que si la disposition ' du tableau répondait à t^t de beautés, ce serait une peinture des
1. A. Lenoir la restaura poar le musée des monuments français. Voy. catalogue de 1800 (t. III), n* 447. Il déclarait pourtant, dans son catalogue de Tan V, que la statue avait été entièrement détruite.
2. 1, p. 454. Elles reposaient « sur des bases en saillie de pierre », disent les visites de 1665 et de 1133.
3. Cest bien l'ordonnance et la perspective ordinaires des tableaux des Primitifs.
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plus accomplies de Paris. La tôle du roi qui adore Jésus-Christ marque tant de majesté qu'on la voit dans les vitres de celte chapelle, mais non pas si belle ni si finie. »
Gorrozet va jusqu'à trouver que ce tableau « excède les plus riches peintures de TEurope ».
Enfin Barillet prétend qu'il était attribué à Albert Durer, ce qui est peu vraisemblable, le grand artiste allemand étant mort en 1528, un an avant la fondation de la chapelle.
Ce beau tableau fut, parait-il, remplacé en 1780 par une Nativité de la Vierge, de Suvée, dont Barillet rapporte qu'il était « froid et gris de coloris, mais pur de dessin, et de composition très riche ».
Chapelle de Saint-Pantaléon.
La chapelle de Saint-Pantaléon, ou de Gluys, fut fondée en 1529, comme les deux précédentes; le contrat en fut passé le 29 juillet par le grand prieur Pierre de Cluys *. Une inscription placée à la suite de l'épitaphe du fondateur indiquait qu'elle avait été bénie en 1532 et réparée en 1547.
Elle mesurait « 3 toises en quarré » (5 m. 83) et s'ouvrait sur la nef, à main gauche, en face de la chapelle Notre-Dame de Lorette. La balustrade qui la séparait de la nef fut d'abord en bronze doré, et plus lard en bois richement sculpté; Sauvai décrit ainsi cette chapelle : « Elle est toute chargée dedans et dehors de feuillages et d'autres ornements en quantité, outre ce grand nombre de figures de moyenne et petite taille, travaillées avec une propreté, une délicatesse et une patience incroyables ».
Elle était. « couverte d'une voûte liée avec des culs-de-lampe rampans (sans doute des clefs pendantes), taillés avec peine et d'un dessin mignard, galant et fort joli ». En somme, ici comme ailleurs, c'était bien l'art du xvi'' siècle avec toutes ses dorures et son luxe d'un goût peut-être douteux.
Une boiserie de 10 pieds de haut (3 m. 25) couvrait les murs.
On y voyait un tableau ancien qui pouvait être réellement curieux. Le sujet en était « divers miracles de saint Pantaléon représentés à la manière de nos vieux peintres, c'est-à-dire par diflé-
i, S 5544 (inventaire de 1630, ch. iv). — Id., S 5558 (visite de 1664).
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rents groupes répandus dans tout Tespace du tableau ^ » Sauvai en parie ainsi : « Le tableau de Tautel est beau et d*une disposition assez bien entendue, eu égard au siècle. »
Ce panneau eut le même sort que celui de la chapelle du Saint- Nom de Jésus et que Tancien maître autel; la froide restauration de 1780 le fit disparaître et le remplaça, dit Barillet, par un Christ mourant.
Une grande « arcade pratiquée dans la muraille » contenait les tombeaux des deux grands prieurs, Bertrand et Pierre de Gluys, avec leurs statues /}rùzn/65 à la suite Tune de Tautre.
C'est dans cette chapelle que furent placés les fonts baptismaux, après que Téglise eut été restaurée en 1780. Auparavant, en effet, ces fonts n'avaient jamais eu de chapelle ou de clôture particulière. Ils étaient placés simplement, comme un bénitier partant de fond, « au second pilier en entrant à main droite » dans la rotonde, et servaient « au baptesme des enfants qui naissent dans tout Tenclos ' »•
Chapelle de Saint-Jean-Baptiste.
La chapelle de Saint-Jean-Baptiste était celle qui se trouvait au fond de Tabside, derrière les stalles des religieux ; elle ne mesurait qu'une toise en carré (1 m. 95). La voûte était en coupole ; deux fenêtres fort étroites Téclairaient, une de chaque côté, le fond restant plein.
Sa construction ne devait pas être de beaucoup antérieure à 1664, car la visite de cette année s'exprime ainsi : « Au derrière du grand autel s'y voit une petite chapelle faict faire et construire en l'honneur de Dieu et saint Jean-Baptiste par le
1. Piganiol de la Force, Hist, de Paris, IV, p. 339. « Ce qui choquoit fort, à la vérité, les règles de la bonne composition ; mais cela suppléoit cependant à rimpuissance de ce t>el art d'offrir aux yeux plus d'un moment d'une seule action remarquable dans un sujet d'histoire. » Voy. encore Hurtaut et Magny, Dictionn. de Paris ^ t. IV, p. 692.
2. Visite de 1665 (S 5560). En 1756 (S 5563, p. 24), on lit ces détails: « Les fonts baptismaux, qui sont en cuvette de marbre séparée par la moitié, formés d'une plaque de cuivre travaillé : dans un côté desdits fonts est une cuvette de plomb renfermant Teau bénite ; dans l'autre côté nous avons vu une boete d'argent contenant les saintes huiles, avec la coquille de même métail, un robinet et tuyau de plomb pour l'écoulement des eaux. »
prieur conventuel * » (Henri de Rosnei, commandeur d'Etampes, alors en charge depuis 1640, et qui mourut en 1668).
Quelques textes font penser que cette chapelle changea de vocable à un moment donné ou qu'elle porta en même temps celui de Nolre-Daipe de Bethléem. Nous voyons mentionner, en 1733 *, une chapelle de ce nom comme étant « derrière le maître autel » ; et la liste des « obits » copiée dans le procès-verbal de la visite de cetle même année inscrit une messe basse des Morts à dire le mardi de chaque semaine et le vendredi des Quatre-Temps, à l'autel de cette chapelle.
Autres autels de l*église.
Il nous reste à mentionner plusieurs autels, ordinairement désignés par les textes sous le nom de chapelles^ qui étaient placés dans diverses parties de Téglise.
Les plus importants sont ceux dédiés à sainte Anne et à saint Claude : ces autels, placés dans la rotonde, près de rentrée de la nef-chœur, le premier à droite, l'autre à gauche, vis-à-vis l'un de l'autre, étaient entourés sur trois côtés de boiseries à colonettes sculptées, et fermés par une grille. Ce système n'est pas rare ; nos grandes églises ont encore de pareils autels adossés à des piliers, faute de place dans les bas côtés. Mais ceux dont nous parlons ici étaient tout à fait isolés. * La chapelle de Saint-Claude était entretenue par « les marchands pain d'espiciers de la ville de Paris » ; celle de Sainte- Anne, par « les toicluriers de la ville ' ». On remarquait un tableau de la sainte, au-dessus de l'autel. Barillet rapporte que cet autel appartenait à une confrérie de menuisiers établie en 1683; mais il y a sans doute là une confusion. Nous savons en effet que les menuisiers-ébénistes, qui avaient aussi sainte Anne pour patronne, célébraient sa fête le 26 juillet, aux Billettes, « dans une
1. De même, un peu plus loin : « Itemy une croix et deux chandellierâ d'argent que ledit sieur prieur nous a dit appartenir à une petite chapelle qu'il a fait bastir derrière le grand autel, quy est dédiée à saint Jehan-Baptiste, patriarche de notre Ordre. »
;j. Visites de 166i, 1133, etc. Mannier {les Commanderies de Fordre de Malte) écrit, par une méprise singulière, les voiluriers de Paris, et leur donne pour patron ici saint Aimé,
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chapelle appartenante depuis un temps immémorial à la communauté * ».
La chapelle Sainte-Anne paraît avoir aussi été placée plus tard sous le vocable de saint Antoine; du moins la visite de 1733 désigne un des autels de la rotonde sous ces deux noms réunis.
Il ne faut pas oublier les deux autels du jubé, « deux petits autels ou crédances * », dont on ne désigne jamais les vocables. Enfin Barillet parle de deux autres chapelles dont nous n'avons pu trouver aucune mention : celle de Saint-Nicolas, qui aurait existé au xvi" siècle et dont l'entrée aurait été longtemps décorée d'un tableau des Pèlenns d^ Emmaûs attribué à Philippe de Champagne (il ajoute même qu'un gentilhomme assassiné dans TEnclos y fut inhumé, en 1623), et celle de Saint-Roch, devant laquelle aurait été placée la tombe d'un prôlre de la paroisse, mort en 1642.
SACaiSTIE.
La sacristie était une petite pièce à peu près carrée ouvrant sur le chœur vis-à-vis de la chapelle du Saint-Nom de Jésus, et communiquant avec les bâtiments conventuels par un passage au bout duquel un escalier montait à l'appartement du prieur. Elle mesurait « 2 toises 1/2 en carré » (4 m. 87), et était séparée de l'église par une boiserie fort artistement sculptée, si l'on en croit les visiteurs.
Un petit escalier de pierre, placé à l'intérieur, conduisait à une grande chambre voûtée, appelée le Trésor, où étaient enfermés, comme de coutume, les reliques et les ornements d'église. Les procès-verbaux entrent à ce sujet dans des détails si minutieux, que nous renonçons à les suivre. Nous verrons tout à Theure ce qu'il peut être intéressant d'en extraire.
Nous ignorons à quelle époque il faut faire remonter la construction de ce petit bâtiment.
La visite de 1664 parle d' « un tableau représentant l'Annonciation de la Sainte Vierge », qui s'y trouvait, ainsi que plusieurs tapisseries.
1. Statuts de 1743, arl. 10. — Cf. Franklin, les Corporations ouvrières de Paris, Didot, 188i, in-4«. Les Billeltes avaient un flef enclavé dans la censive du Temple.