‹ La maison du temple de Paris, histoire et description: histoire et description, avec deux planchesChapitre 55 sur 184 · Visite de · texte numérisé non relu

Visite de

2. Plusieurs publications entreprises par l'Ordre, les volumes de d^Escluseaux, et de Naberat notamment, contiennent une série de portraits à micorps, dans de^ sortes de médaillons^ des grands maîtres de l'Ordre. Il y avait probablement un type courant, que les portraits du Temple de Paris devaient aussi reproduire.

marbre noir. L autel principal « à la romaine » était surmonté d'un épais et court tronçon de colonne cannelée en spirale^ portant un crucifix, et orné de douze chandeliers disposés sur deux rangs.

A la même époque on Tentoura d*une balustrade de fer poli qui passait pour fort belle, et le chœur fut fermé par une grande balustrade de marbre et de pierre de vergelet.

Au milieu du chœur on voyait, disent les visites, « une grande ligure de bronze représentant Moyse, servant de pupitre, et un aigle de cuivre servant de jubé (c'est-à-dire de lutrin), au-dessous duquel se trouve une banquette pour les chapiers ». Tous les visiteurs parlent de ces objets fort anciens et bien connus. Une gravure non datée, mais qui est probablement du xvii" siècle ', nous en donne un croquis : L'aigle a les ailes éployées et est posé sur une grosse boule au sommet d'une colonnette ; au pied de celle-ci sont trois lions couchés, et deux petites rampes d'escalier en bois sculpté à jour montent par derrière. Le Moïse est debout^ vêtu d'une longue robe, et tient sur sa poitrine les deux tables de la loi. Il fut vendu, dit Barillet, en 1780. On trouvait sans doute qu'il déparait la nouvelle décoration de l'église.

Nous avons déjà eu occasion de dire que l'orgue était placé au premier étage, au-dessus du collatéral et de l'entrée de l'église. Un dessin nous le représente comme une sorte de grande armoire avec trois faisceaux de tuyaux en saillie, coiffés de tourillons coniques*; devant l'orgue, une tribune pour l'organiste, surplombant dans le vide. Ce dernier point nous est confirmé par la note ci-jointe : « Dans l'orgue il est nécessaire de mettre

1. Dans l'album de la collection d'Uxelles, où nous avons déjà trouvé les deux vues intérieures de l'église (Bibl. nat.). Cette planche est remplie de figures et ornements placés sans ordre, gravés au trait, et qui paraissent se rapporler à la décoration des chapelles Renaissance en particulier : outre les croquis du Moïse et de l'aigle, toutes sortes de culs-de-larope, pilastres, boiseries, chapiteaux, décorations peintes ou seulplées, et diverses statues : deux évèques en mitre, dont l'un a deux moines à ses pieds; un saint Louis; diverses scènes de la Bible, le sacrifice d'Abraham, Jonas sortant de la baleine, saint Pierre délivré de sa prison; un saint Sébastien percé de flèches; la Vierge à l'Enfant; les Évangélistes; des allégories païennes, comme la Vérité tenant un miroir, Orphée, etc.

2. Voici une note de dépense qui donne une idée de Timportance de cet orgue (S 5563, ^ 24. — 1756). • Réparer le jeu appelé voix humaine, composé de 50 tuyaux... . En 1733 (S 5572), on payait 1720 livres « à Simony, sculpteur, pour la sculpture du buffet des orgues ». *

deux barres de fer scellées dans le mur d*un bout et de l'autre, attachées à la gallcrie où se met Torganiste^ pour soutenir ladite gallerie qui est baissée considérablement, n'étant soutenue par rien *. »

Il reste à parler des vitraux ; c'est peut-être la partie la plus curieuse et la plus importante de la décoration artistique de l'église, si du moins il faut en croire la tradition et l'opinion des contemporains. De bonne heure évidemment, l'église dut être garnie de vitraux peints, le chœur notamment; mais on parle si souvent, dans les comptes, de verres cassés à refaire^ qu'il ne devait pas, au xvi'^ siècle, en demeurer un grand nombre de primitifs ; et on sait ce qu'il faut attendre des restaurations de vitraux anciens exécutés à l'époque de la Renaissance et depuis.

Néanmoins, il y en avait assez pour exciter l'admiration des visiteurs de l'Ordre, qui proclamaient toujours les verrières « très belles et bien entretenues », — et l'intérêt, la curiosité au moins, des simples amateurs. « Les vitres du fond du chœur, dit Sauvai (ce sont donc les vitraux de l'abside du xiii* siècle?), sont chargées d'un amas confus de couleurs vives et éclatantes dont la disposition, toute gothique et étudiée qu'elle est, ne laisse pas d'éblouir et de réjouir la vue. »

Lenoir avance dans ses catalogues — car il avait pu, au moment de la destruclion de l'église, recueillir quelques débris de vitraux dans son Musée des Monuments français, et avait alors étudié le monument — que « les vitraux garnissaient 20 croisées de l'église (chapelles comprises)... Ils représentaient, dit-il, les sujets les plus frappants de la vie de Jésus-Christ, depuis sa naissance jusqu'au tombeau. L'ordonnance est grande, les compositions bien pensées, et les développements riches. Les couleurs sont belles et vigoureuses, le dessin correct, l'architecture d'un bon genre. La fabrique y offre une curiosité rare : la grandeur des pièces. Les yeux des personnages sont en verres creusés au foret pour être plus transparents. »

Il est regrettable qu'il ne propose pas de dates. Quelquesunes des plus grandes verrières, et entre autres un Ecce homoy étaient attribuées à Albert Durer. D'après Barillet, elles étaient dans les chapelles de Notre-Dame de Lorette et du Saint-Nom de

Jésus. La visite de 1733, parlant des vitraux de cette dernière chapelle, dit que c'étaient les plus beaux qu'il y eût à Paris. Et Sauvai : « La disposition à la vérité est un peu eonfusc à la mode de ce temps-là, mais en récompense le coloris en est vivant et les tintes des plus belles et des plus fmes. »

Disons enfin un mot d'une statue gigantesque de saint Chrislophe qui existait encore (au porche de Téglise sans doute), et fut môme réparée, en 1780. On sait que la légende accordait à ce saint une force colossale, et de plus on lui attribuait la grâce de préserver d'une mort subite, pendant toute la journée, ceux qui avaient regardé son image. Aussi faisait-on ces statues énormes pour être aperçues de loin et de beaucoup de personnes. Toutes les églises de France, au moyen âge, possédaient leur saint Christophe; plus tard, un ordre supérieur les fît supprimer. Mais le Temple ne relevant d'aucune juridiction en France, il n'est pas étonnant qu'il ait pu conserver sa statue ^ Ce qui est bien singulier toutefois, c'est qu'elle ne soit mentionnée ni dans les « visites », ni dans les descriptions des auteurs contemporains. Barillet est le seul qui en parle.

A propos de la sacristie, nous avons fait allusion au trésor de l'église, qui renfermait les ornements du culte, les vêtements sacerdotaux, les reliquaires et objets précieux; notre intention n'est pas d'en donner ici l'inventaire ; ce serait pourtant chose facile, car il n'est rien sur quoi les visiteurs s'étendent plus longuement, mais l'intérêt nous en semble assez restreint. Nous constaterons seulement que, en rapprochant ces indications des quelcjucs prix d'achat enregistrés dans les livres de compte ', il

1. On trouve encore des saint Christophe dans de petites églises de campagne qui n'attiraient pas l'attention. Nous en avons remarqué un par exemple à .Marzy (Nièvre).

2. Une quittance du 15 novembre 1663 porte la somme de 1902 liv. 16 s. 6 d. consacrée à l'achat d'un « ornement complet », garniture d'aulel el vêtements sacerdotaux (S 5558, visite de 1664}. Les sommes dépensées au xviiip siècle sont bien phis considérables. — Une garniture complote se composait d'ordinaire do trois chapes, une chasuble, deux tuniques; au besoin, de devants d'aulel, lapis de pupitre, etc. Ces étoffes étaient mnrquées des armes du grand prieur donateur. CeUes que signalent les rclc vés des visites sont en velours noir, velours à fleur cramoisi, camelot violet, velours fond bleu à fleurs d'or, damas blanc, velours ciselé à fond blanc, velours rouge ciselé fond d'argent, velours violet figuré d'or, taffetas blanc chargé de bandes vertes, drap d'or, toile d'argent semée de fleurs, velours vert à fleurs rehaussé d'or, velours figure de Turquie, etc.

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est facile de voir que l'église du Temple était fort riche dans les derniers siècles et qu'elle avait tout ce qu'il fallait pour célébrer certaines solennités avec une magnificence digne de l'Ordre.

Voici les principaux objets, ornements ou reliques qui nous ont paru le plus intéressants à noter ici :

<( Un grand ciboire d'argent vermeil doré aux armes de feu M. de Guerchy, grand prieur » ; « quatre calices d'argent vermeil doré » aux armes de différents prieurs. « Une grande croix vermeil doré avec un crucifix, dans laquelle est enfermé un morceau de la vraie croix, apportée de Rhodes et donnée par le feu seigneur grand maître Villiers l'Isle-Adam. Item^ un reliquaire d'argent vermeil doré représentant la chemise de Jésus-Christ, souslenu par deux anges aussy d'argent vermeil doré, du don dudit feu seigneur grand maître. Item, l'image saint Jacques d'argent vermeil doré, du don dudit... Item, un aultre reliquaire garny d'argent et de cristail, dans lequel est enfermé du sang précieux de nostre Rédempteur... Item, une forme de petit plat bordé d'argent vermeil doré, au meillieu duquel est, en bosse, un chef sainct Jean, dans le frond duquel sont enchâssez des reli* ques. Item, une petite croix d'argent vermeil doré, rehaussée et cnrechie de plusieurs perles précieuses et perles aux armes dudit feu seigneur d'Amboise (grand prieur)... Item, une petite châsse de cuivre doré et émaillé à la mozayque... Item, un reliquaire de saint Fiacre enchâssé dans du bois doré. Item, un gros bras d'argent vermeil doré dans lequel est enchâssé le bras et la main de sainte Anne... Item, un ange de bois doré portant sur ses mains un des trente deniers dont Nostre Seigneur fut vendu(?). Item, un autre reliquaire représenté par un demy-corps dans lequel sont enchâssez nombre d'ossements d'une des unze mille vierges, le corps d'une desquelles est gardé en son entier dans une châsse sur le grand autel de ladite église. » Etc.

E. AuCreft chapelles de rEncloii.

En dehors de l'église, l'Enclos renfermait encore quelques chapelles avec destination spéciale .

Pourtant la visite de 1733 {S 5562) trouve « qu'il n'y en a pas d'assez distinguées pour les fôtcs annuelles et solennelles • et en avertit spécialement le grand prieur.

Voici ce que les documents nous en font connaître :

Dès Tépoque des Templiers il y eut certainement une chapelle outre Téglise principale, car les interrogatoires- du procès mentionnent des réceptions de frères dans la « magna capella », et des prises d*habit dans la « parva capella *. »

Serait-ce cette « parva capella » dont Barillet dit qu'elle fut démolie en 1650 *, et que Silvestre et Mérian ont encore pu dessiner vers celte époque? A en juger par leurs dessins, elle était certainement du xn® siècle. On Pavait construite contre Tailenord du cloître, et sa façade donnait sur la cour : au rez-de-chaussée était une large porte en arc brisé, flanquée de deux fausses portes, ou arcalures. Au-dessus, une sorte de galerie avec cinq baies en arc brisé, renfermant chacune deux divisions surmontées d'une petite rose, et séparées les unes des autres par des colonnettes. Cette disposition se reproduisait à Tétage supérieur, avec une large corniche entre les deux étages; seulement les baies étaient un peu plus hautes. La façade se terminait par un pignon surmonté d'une croix, et dans le pignon, une large rose accostée de trois quatrefeuilles. Le toit en bâtière, et couvert de tuiles ' comme les bâtiments conventuels, était orné à son extré* mité d'un petit campanile. Deux contreforts à deux ressauts montaient jusqu'au pignon. Les flancs de l'église étaient garnis de fenêtres analogues à celles de la façade, et de contreforts. Nous ne pouvons rien dire de plus sur celte chapelle, n'en ayant pas trouvé une seule mention détaillée dans les registres du Temple, ni même dans les procès- verbaux des visites, ce qui est bien singulier ; sans doute qu'alors elle était fermée et ne servait plus au culle.

La visite de 1495 * note trois chapelles de grands prieurs. D'abord celle du grand prieur de France, dans l'ancien hôtel

1. Procès des Templiers, éd. Michelet (coll. des Documents inédits), II, p. 192, etc.

2. On ouvrit deux étroites rues sur son emplacement, dites la Petite rue du Temple, et la rue Hante (voy. le plan de Verniquet, par exemple), et on construisit des maisons de location. C'était tout le long du bâtiment consacré au service du couvent et aux appartements des religieux.

3. Une note de dépense, en 1534 (MM 160), inscrit • 5 milliers et demi de thuilles qu'il a convenu avoir pour recouvrir les cloistres et la vieille chappeUe •. Ceci paraît bien s'appliquer à cet édifice, voisin des bâtiments conventuels.

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prieural; puis celles qui étaient annexées aux hôtels que les grands prieurs d'Aquitaine et de Champagne occupaient lorsqu'ils venaient à Paris pour les affaires de TOrdre, et dont ils avaient l'entretien. Nous n'avons rien trouvé sur ces deux dernières, évidemment parce qu'elles ne rentraient pas dans les comptes de la commanderie.

Quant à la chapelle de Thôtel prieural, nous sommes mieux renseignés. Nous savons qu'elle était très richement décorée, « lambrissée, peinte, dorée et asurée par en hault, avec un autel en ieelle dédié à l'honneur de la sainte Vierge; en laquelle il y a un tableau sur ledit autel, à cadre doré enrichy de 4 collonnes et d'un chapiteau aussy doré, ayant au-dessus, d'un costé les armes de l'Ordre, et de l'autre celles de feu M. le grand prieur de Boisboudran; et à costé dudit autel deux petites armoires en forme de crédence et sur lequel il y a un autel portatif dans un cadre de bois. En laquelle chapelle il y a trois croisées de verre, deux prie-Dieu et une grande fenestre en hault, pour entendre la sainte messe » ' ; sans doute une tribune communiquant avec l'hôtel.

Cette chapelle disparut probablement pour faire place à de nouvelles constructions, dans le courant du xviii« siècle et peutêtre plus tôt, car ce fut en 1667 que le grand prieur de Souvré flt bâtir le nouveau palais prieural, et depuis lors les visites ne parlent plus de l'ancienne chapelle. Dans la visite de 1783, il n'est plus question que d'un petit oratoire, au nouveau palais.

Il faut encore noter deux autres chapelles probablement fort anciennes : l'une, au rez-de-chaussée de la grosse tour et servant aux chapitres, l'autre attenant à la prison.

Cette dernière avait son entrée dans la grande cour du Temple ; elle s'élevait derrière la prison, le long du mur de l'Enclos. L'aménagement en était des plus simples. Au-dessus de l'autel se trouvait un tableau représentant la Vierge et l'Enfant, « enfermé dans de la menuiserie » *. Le prêtre qui y venait officier apportait de l'église les ornements nécessaires, car on n'y célébrait le service divin que lorsqu'il y avait des prisonniers.

i. Visites de 1664, 1665 (S 5558, 5561).

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