Sauvai, II, p
2. On lit dans les Preuves du t. III de la Satyre Ménippée (édit de 1719, p. 41) ce passage tiré d'une << histoire très véritable... à Paris, depuis le 7 mai 1588 jusqu'au dernier jour de juin ensuyvant » : « Le dimanche suyvant, de Perreuzc, prevost des marchands, et Le Comte, eschevin, menèrent les archers de la Ville au Temple, où sont les pouldres d'icelle, pour y -faire garde, usant de ces mots qu'il falloit chasser tous les ligueurs. »
3. <( Fut aussi délivré commission à M. le président de Novion et à M. Deslandes Payen pour aller se saisir du chasteau de la Bastille. Ledict sieur Payen ayant au préalable assuré qu'il avoit arresté le nommé Alexandre qui garde les poudres qui sont dans les tours du Temple, lequel lui avoit promis quMl n'en seroit disposé que par le» ordres dudict sieur Payen. » Reg. de l'Hôtel de Ville pendant la Fronde. — 9 janvier 1649. (Édit. Le Roux de Lincy, Soc. de l'Hist. de France, I, p. 102.)
ils jouissent, etc. ' ». Un arrêt favorable du conseil, signé de Sully, fut rendu le 14 mars 1602 '; il détaille « la ruine et la décadence » dans lesquelles étaient tombées la toiture et la charpente. Il paraîtrait même, d'après cette pièce, que le grand prieur avait cru pouvoir saisir l'occasion pour demander qu'on lui rendît Taccës et la jouissance de sa tour, car elle était fermée, même pour lui. Il ne reçut toutefois aucune réponse.
En 1664, les visiteurs s'en plaignent et constatent qu*ils ont dû renoncer à voir l'intérieur de la tour. « Nous n'aurions pu y entrer, — disent-ils, — vu que depuis plusieurs années les clefs sont entre les mains du grand maître de l'artillerie de France, par autorité du Roi, et quelque diligence qu'il pût faire, mon dit sieur le grand prieur ne les a pu retirer. »
Mais il est certain que, cette fois, de nouvelles démarches du grand prieur obtinrent gain de cause, que les poudres furent retirées et que l'usage de la tour fut rendu au Temple. L'année suivante, en effet, les visiteurs, revenus, la décrivent complètement, sans constater la présence des munitions de guerre ; et, de plus, ordre fut donné de transporter dans les vastes salles, désormais libres, tous les papiers et registres du grand prieuré, qui avaient été jusqu'alors entassés à l'étroit au-dessus du porche de l'église. De là vient le nom de toui* des Archives que reçut en dernier lieu le donjon. La petite tour, adossée au flanc nord, servit de logement à l'archiviste ou « garde des archives ». C'est sa bibliothèque particulière qui fut laissée à la disposition de Louis XVI durant les premiers mois de sa captivité : elle était installée dans la tourelle de l'est.
Les archives n'occupaient que deux étages. D'autres furent longtemps abandonnés, ou servaient de débarras. Quelquefois ils furent loués, mais en contrebande, à de petits fabricants en chambre, des tapissiers notamment ^, que l'on chassait, crainte d'incendie, quand les visiteurs les avaient découverts.
3. « Ayant trouvé ledit premier étage occupé partye par la veuve Cochet, tapissière, et Tautre par un autre tapissier, nous avons jugé à propos de représenter audit sieur grand prieur qu'il ne convenoit pas que personne habilAt dans les tours des archives, tant pour le danger du feu que pour Tulilité desdictes chambres pour y renfermer les papiers de rOrdre. » (Visite de 1733, S 5562.)
Ii6 LA MAISON DU TEMPLE
Quani au premier étage (qui était devenu presque un rez-dechaussée, comme nous rayons vu, et était compté comme tel), il fut de tout temps consacré aux réunions des chapitres et assemblées provinciales ', même quand les étages supérieurs étaient occupés par l'arsenal et les poudres. Sous les Hospitaliers, comme sous les Templiers, ces réunions étaient secrètes et exigeaient un local réservé. A une époque qu'on ne saurait déterminer, quand la petite tour fut construite, son premier étage devint une annexe naturelle de la grande salle du donjon. On le divisa en deux pièces, Tune servant d'antichambre et Taulre de chapelle, communiquant avec le donjon par deux portes percées dans Tépaisse muraille. Au dernier siècle, on construisit une grande galerie conduisant de plain-pied de cet étage au palais prieural.
Pour terminer ce que nous avons à dire sur la grosse tour, nous indi(|uerons brièvement les changements qu'on y fit à Voccasion de Temprisonnement de la famille royale '. A l'extérieur, les fenêtres furent garnies de ces « tabatières » dont parle Cléry, qui enlevaient aux prisonniers toute autre vue que celle du ciel; les créneaux de la terrasse furent bouchés par des volets de bois ; Tescalier en vis de la tour ouest fut obstrué de sept guichets, tandis que deux portes de chêne et de fer fermaient l'entrée de chaque étage. On pratiqua des divisions dans les salles au moyen de cloisons et de faux plafonds en toile.
Le premier et le deuxième étage demeurèrent intacts, sauf la chapelle de la petite tour. Au premier étage se tenait le conseil des officiers municipaux; au second, le corps de garde.
A l'extérieur, on avait rasé, sous la direction du « patriote » Palloy, tous les bâtiments, la galerie et les arbres qui entouraient le donjon, et un mur d'enceinte fut élevé pour l'isoler complètement. Tel a été son dernier et lugubre aspect jusqu'au jour où Napoléon en ordonna la démolition. Pendant longtemps, après le décret du 16 mars 1808 ', qui supprimait la pri-
1. Voy. tous les procès-verbaux qui nous sont restés depuis 1355. (MM 28, etc.)
2. Cf., parmi les très nombreuses vues extérieures de la Tour, celle encadrée dans un ovale formé par une chaîne (au vase à profils royaux). — Voy. aussi Beauchesne, Hist, de Louis XVII, Pion, 1861, I,.p. 228. — Chan- Iclauze, Louis XVll au Temple, Didot, 1884; et le Journal de Cléry.
3. Ordre de démolition de la tour et de translation des prisonniers au donjon de Vincennes. AF IV, 300. (Secrétairerie d'État impériale.)
son, les pèlerinages s'y succédèrent; on payait au poids de Tor les meubles et même les moindres débris des objets ayant pu servir aux augustes victimes. Le sieur Robert Morel, qui avait acheté le donjon, le 7 octobre 1808, pour 33,100 francs, sous la condition de le démolir, en ût une spéculation, et le travail, activé enfin par ordre, ne fut terminé qu*en 1811.
Le seul souvenir qui marque aujourd'hui remplacement de la tour est le fameux saule pleureur planté en 1814 par les soins de la duchesse d'Angoulème.
Nous avons peu de chose à dire au sujet de la tour de César. Nous rappellerons qu'elle a porté aussi le nom de tour du Colombier. D'après une ancienne tradition, adoptée par plusieurs historiens de Paris et rappelée par la visite de 1664 *, c'est là, en effet, un desusagesauxquels les Templiers l'auraient appliquée, du moins en partie. Aucun texte du temps ne reste pour contrôler cette assertion, assez peu vraisemblable pour le monument tel que nous le connaissons.
<c Ce bâtiment de pierre de taille, de très haute élévation » surgissait au milieu du quartier commerçant de l'Enclos. Les plus anciens registres nous le représentent entouré d'échoppes et de petites maisons d'artisans, et servant peut-être de magasin '. Pour une raison ou pour une autre, il resta très abandonné et sans qu'on y fît aucune réparation, comme nous l'avons dit; mais quelques pauvres gens y trouvaient un asile. Au xvni" siècle, nous le voyons occupé par une école gratuite, ouverte à tous les enfants de l'Enclos. Un rapport d' « améHorissements » de la commanderie, en 1733 ', dit que l'école des filles était au rez-decbaussée et celle des garçons au premier étage. Le maître et la maîtresse logeaient aussi dans la tour.
1. « An hault de la petite rue du Temple (celle qui longeait le bâtiment conventuel), un ancien bastiment de pierre de taille de très hault eslevation, qui autrefois, suivant Tancienne tradition, serroit de colombier aux Templiers. • On sait que c'était un des droits seigneuriaux les plus appréciés.
2. 1457 (MM 135), 1473 (MM 145), 1529 (ALM 156), etc. On disait par exemple : « La chambre joignant le coulombier, en laquelle demeure Jehan Brocart, bonnetier. »
Les écoles ayant été ensuite transférées ttDears, le rez-dechaussée devînt une écurie (1778).
Depuis longtemps les « visites » déclaraient cette tour inutile et se bornaient à recommander l'entretien de la toiture, sans se soucier des dégradations intérieures. Celle de 1733 ', après avoir constaté qu'elle ne rapporte rien, Técole étant « accordée par charité », insinue qu'elle « pourrait fournir beaucoup de bons matériaux qui serviraient à de nouvelles fabriques, au lieu que, comme elle est, elle ne peut être utile à rien et est même une charge ». Cet avis ne fut pas écouté. Nous avons vu que la tour ne disparut qu*avec les derniers restes de l'Enclos.
Colombier.
Pour terminer, nous signalerons encore Pexistence d'une tourelle servant aussi de colombier. D'après des allusions trop peu explicites, nous croyons deviner qu'elle s'élevait sur les murs de TEnclos, vers l'extrémité nord-ouest, du c6té de la rue du Temple. C'était peut-être la tour d'angle que l'on vit subsister jusqu'à la Révolution.
Ce colombier devait être ancien, mais on n'en trouve pas de mention antérieure au xv* siècle '.Il finit par servir de logement, et ce pourrait bien être la tourelle où Sainte-Foix avait longtemps demeuré et dont Barillet a vu encore les vestiges, car elle était la seule de ce côté de l'Enclos.