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une dose d'huile de ricin, vile et sans coûter. Après cela vous vous replacez sous les couvertures. Vous croyez être tranquille maintenant. F^'illusion est douce mais de courte durée. A six heures et demie le nègre revient. Vous êtes obligés de vous relever cl de lui rouvrir la porte. Il vient chercher la tasse. Inutile de lui dire la veille que vous ne prenez pas de café au lit. Cela n'est pas son affaire. 11 a sa consigne, et il a la fidélité et l'intelligence d'une sentinelle française.
Comme en Amérique et en Australasie, si votre voisin de table vous suppose étranger, il ne pourra résister à la tentation de s'approcher de vous et de vous faire l'éternelle question : « Eh bien, monsieur, qu'est-ce que vous pensez de l'Afrique du Sud ? »
Ici, comme en Australie et en Nouvelle-Zélande, les villes importantes sont au bord de la mer : Cape-Town, Port-Elizabeth, East-London, Durban. Port-Elizabeth est d'une très grande importance commerciale, et l'avenir d'East-London est assuré. Toutes ces villes sont maintenant en communication directe par le chemin de fer avec les mines de diamants de Kimberley et les mines d'or de Johannesberg. Dans quelques mois Durban le sera aussi.
Il y a deux villes que je conseille au voyageur de ne point manquer; Kingwilliams-Town, jolie ville enfouie sous la verdure et véritable petite ruche d'activité, et Grahamstown, la ville des saints,
habitée par seize mille créatures humaines parfaitement empaillées et éclairée par quelques quinquets aussi peu éveillés que les habitants. Mais c'est le voyage que je recommande tout particulièrement : environ cent kilomètres à faire en voiture à travers une contrée des plus intéressantes, le centre de la Cafrerie. Vous passez au milieu des kraals où les naturels continuent à vivre comme si aucun blanc n'avait encore mis pied sur le sol de l'Afrique.
Les vingt derniers kilomètres à faire avant d'arriver à Grahamstown sont une série d'enchantements. Le pays devient sauvage et accidenté. Vous entrez dans la vallée de Pluton au fond de laquelle vous passez entre des rochers escarpés et boisés, peuplés de gros singes qui gambadent autour de vous et qui, perchés sur un arbre ou au bord d'un rocher, vous regardent tranquillement du haut de leur grandeur. Ajoutez à tout cela, vers six heures du soir, un coucher de soleil merveilleux, et vous arriverez en ville harassé, brisé, moulu, affamé, et enchanté de votre journée.
Il n'entre pas dans le cadre de ce volume de faire la description des villes. Le lecteur qui désire obtenir des renseignements précis sur la population, le commerce, les ressources de telle ou telle ville de l'Afrique du Sud, les trouvera dans les nombreux guides h sa disposition. Nous étudions partout la vie et le caractère et nous ne faisons point de statisti-
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qucs. Il faut copendant rester quelque temps à Kinibcrley dont l'industrie a sauvé la colonie du Cap.
A l'exception do quelques rues, où s'élèvent de jolies maisons de plaisance, Kimberloy est une ville Mtic on boue brune, située au milieu du déserl. La place du Marché est la plus vaste de la colonie, mais elle est entourée de baraques délabrées qui lui donnent un air piteux et désolé. Vous chercheriez en vain à Kimberley autre chose que des diamants ; mais ces recherches sont tellement fructueuses qu'on a dû amalgamer toutes les Compagnies afln de régler la production et d'empêcher ainsi ces pierres précieuses, de devenir trop communes, Kimberley mérite une visite, et j'y ai rencontré des gens heureux.
Avant d'aller aux mines, et pour vous montrer que Kimberley n'est pas un camp d'aventurier, mais une ville habitée par des gens intelligents qui lisent et s'instruisent, je dois faire mention de la bibliothèque publique, une des plus considérables et des mieux fournies que j'aie vues aux colonies et qui possède environ quinze cents volumes français, représentant tout ce que notre littérature a de meilleur depuis les poésies de Malherbe jusqu'aux romans de M. Alphonse Daudet.
Il y a une vingtaine d'années, un jeune nègre, employé dans une ferme située entre le Vaal et rOrange-River, trouva un petit caillou blanc qu'il
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montra un jour à un voyageur qui passait dans ces parages. Le voyageur acheta le petit caillou et le revendit 12.500 francs. C'est le premier diamant de Kimberley. A cette nouvelle, on se rendit en foule sur les bords du Vaal. On fouilla et l'on trouva. En vingt- trois ans Kimberley a vomi de son flanc des diamants qui se sont vendus en gros pour la somme fabuleuse de huit cent soixante-quinze millions. La belle comtesse de Dudley possède un diamant, appelé V Étoile de l'Afrique du Sud, évalué à six cent trente mille francs. Quelques semaines avant ma visite à Kimberley on trouvait un diamant de quatre cent vingt-huit carats que la Compagnie de Beers a vendu à un prince indien pour la jolie somme de trois cent quatre-vingt mille francs.
Des Compagnies se sont établies dans tous les alentours, la richesse s'est répandue, et la colonie du Cap qui, il y a vingt ans, tirait la langue d'un pied de long, est aujourd'hui dans l'opulence. Quelques années plus tard. Johannesberg, avec ses mines d'or, achevait la fortune de ce pays qui rachète l'aridité de sa surface par la richesse de ses entrailles. L'Afrique du Sud manquera d'eau et de pain avant de manquer d'or et de diamants.
Sous la conduite de l'aimable directeur en chef, un Américain, M. Gardner. F. Williams, j'ai visité les mines souterraines de De Beers et de Kimberley, et plus loin j'ai plongé mes yeux dans le fond d'un trou dont la surface est de vingt hectares et la profon-
(leur (le trois cents pieds. Là une véritable fourmilière de nègres piochaient et jetaient la boue précieuse dans des tombereaux qui s'en allaient déverser leur contenu dans les machines. Quand le sable est passé au tamis, il est envoyé dans des hanj^ars et placé sur des tables où des ouvriers, sous la surveillance de plusieurs yeux de lynx, cherchent les diamants avec de petits râteaux et les jettent dans des boîtes en fer-blanc construites comme des troncs d'église. Ces boîtes sont envoyées sous escorte aux bureaux de la Compagnie, et là les diamants sont triés et classés par des experts selon leur grosseur, leur couleur et leur pureté. Ces différents groupes sont déposés sur du papier de soie et exposés sur une table où j'en ai vu pour six millions. C'était la trouvaille des quatre jours précédents. Il y en avait de toutes les couleurs, des blancs, des jaunes, des bruns, d'autres d'un blanc rougeâtre, d'autres opaques, d'autres encore d'un gris bleuâtre. Les jaunes, paraît-il, sont fort recherchés par les Turcs et les rajahs des Indes, tandis que les Américains sont les meilleurs clients de la Compagnie pour les diamants blancs.
Mais ce qui m'a le plus intéressé à Kimberley c'est la vie que mènent les mineurs représentant ici toutes les tribus de l'Afrique du Sud, Cafrcs, Zoulous, Pondos, Fingos, Basulos, Hottentots, etc.
Le nègre qui travaille dans les mines accepte un contrat qui le constitue pendant le temps de son
engagement le prisonnier de la Compagnie ; mais le bon nègre est enchanté de son sort. 11 a de l'air, de la nourriture, de la compagnie et des amusements. S'il est malade, il est bien soigné, et, au bout d'un an, il a, dans la ceinture de cuir qui lui sert de bourse, de quinze cenls à deux mille francs avec lesquels il pourra acheter des bœufs et, avec ces bœufs, des épouses qui travailleront pour lui et lui permettront de passer la vie dans le plus doux des far mente. Aussi, pour arriver à ce but, acceptet-il avec joie un an d'emprisonnement. Il fera même peut-être cinq cents milles à pied pour se rendre à Kimberley et tâcher de se faire embaucher. Combien je connais de blancs qui consentiraient à faire un an de prison sans déshonneur pour vivre de leurs rentes pendant le reste de leurs jours I
Les mineurs sont logés, ou plutôt casernes, dans de grands enclos, appelés compounds, qui communiquent avec l'entrée des mines. Le compound est un immense carré entouré de casernements en fer où les mineurs vivent en chambrées. Ils sont groupés selon la tribu à laquelle ils appartiennent. Le milieu forme une vaste cour de plusieurs hectares de superficie où ils se divertissent pendant le jour. Ils ne peuvent avoir de communication avec personne, et, pour empêcher même qu'ils ne jettent des diamants par-dessus le toit, un grillage en fil de 1er s'étend d'un bout à l'autre de la cour.
Accompagné du directeur et de plusieurs* employés
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(le lii C()iii[)agiuo De Beers, je suis cnlrc dans la cour, j'ai visilé les chambrées, l'iiôpilal, et je puis dire qnv, en voyaul partout cette foule de nègres, riant, s'anuisant, l'air resplendissant de santé, je suis sorti du compound avec la conviction que j'avais vu des j^ens heureux et parfaitement satisfaits de leur sort.
L'un des compounds est occupé par deux mille individus, l'autre par près de trois mille.
La tranquillité et le bon ordre régnent dans les deux grands compounds de Ivimberley. Les seules querelles qui s'élèvent quelquefois sont des querelles de tribu, véritables querelles d'écoliers qui s'apaisent au moindre geste du surintendant.
Quand les mineurs ne sont pas de service, ils sont libres de faire ce que bon leur semble. Ils jouent aux cartes, dansent, chantent, se livrent aux ébats de leur tribu, font leur petite popote en famille, et, je le répète, passent leur temps le plus joyeusement du monde.
Comme on le voit, toutes les précautions sont prises pour qu'aucun diamant trouvé n'échappe à la Compagnie.
Le seul semblant de cruauté qui soit exercé sur ces braves gens qui sont de véritables enfants, c'est le régime auquel ils ont à se soumettre pendant les huit derniers jours de leur engagement. Mais ils sont prévenus : un article du contrat, qu'ils acceptent avant d'entrer au service de la Compagnie, leur
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donne en détail la description du traitement auquel ils seront soumis avant d'être mis en liberté.
Pendant huit jours ils ont à vivre tout nus parfaitement emprisonnés dans un enclos à part où ils ne peuvent plus communiquer avec leurs camarades du compound. lis ont à mettre des gants de cuir dur, sans doigts et d'une dimension énorme, qui les empêchent de se servir de leurs mains et les forcent de prendre leur nourriture dans des écuelles plates, comme des animaux, à quatre pattes. Leurs effets sont supprimés et examinés et, pendant les huit jours, ils n'ont pour se couvrir qu'une couverture appartenant à la Compagnie. Leur corps est examiné de fond en comble, et jamais l'expression n'a eu d'emploi plus strictement exact. Leurs dents mêmes sont visitées, et, s'ils ont avalé quelque pierre précieuse, les gants les empêchent de s'en ressaisir pour les avaler de nouveau. Leurs selles sont comptées et examinées tous les jours par des détenus, et quand les huit jours de pareille incarcération sont terminés, et que les nègres ont quitté le compound pour s'en retourner chez eux, la Compagnie est à peu près certaine qu'aucun diamant n'est sorti de son domaine.
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La contrée. — Le Vcld. — Los plateaux. — Le cliiiial. — Les animaux do rAfrique du Sud. — Les fourni ilièics. — Le pavsajj^e sur la côle du sud. — Le Natal. — J)uiban, la plus Jolie ville de l'Afrique australe.
L'Afrique du Sud ne porte guère plus de velenieuts que les naturels qui l'habitent. Quand vous avez voyagé pendant quelques heures vers le nord, toute végétation disparaît : plus un arbre, plus un arbuste. L'herbe pousse sur la terre et sur le versant des montagnes comme les cheveux et la barbe poussent sur la tête des Cafres, en petites touffes éparpillées çà et là.
Malgré cette nudité, le paysage a, dans sa désolation, de la beauté et de la grandeur. Grâce au ciel bleu, il n'est point triste. C'est une beauté originale; et si vous voulez bien partir de ce principe qu'il n'est pas absolument nécessaire qu'un paysage, pour être beau^ ressemble à la Normandie, vous
arriverez facilement à admirer celui que vous ofïre l'Afrique australe. Du sommet des plus hauts plateaux, j'ai obtenu des coups d'œil qui m'ont cloué sur place d'admiration. Rien de plus grandiose à concevoir dans son genre que cette étendue infinie de veld \ parsemée de montagnes à larges plateaux de difîérentes hauteurs qui donnent à la scène l'apparence d'un immense océan en furie.
Et quel climat pendant l'hiver! J'ai vu quatre mois de ciel bleu, d'air pur et vif, d'atmosphère sèche, chargée d'ozone : un climat où la poitrine la plus délabrée permet à son propriétaire de mourir de vieillesse. Aussi voyez-vous quantité d'Anglais qui sont venus s'enterrer dans de petits villages où ils meurent d'ennui, mais qui aiment mieux mourir d'ennui que de la poitrine. Ils ont raison, être enterré dans un village de l'Afrique est bien préférable à être enterré en Europe, vous savez où. Vivre n'importe où, à n'importe quel prix, mais vivre, c'est la devise des hommes. Le climat idéal de l'Afrique du Sud vous permet d'entreprendre ce que vous ne songeriez à entreprendre dans aucun autre pays. Des voyages interminables en chemin de fer, dans des charrettes traînées par des bœufs ou des mulels, des voyages d'une lenteur mortelle ne sauront nous enlever ni la santé ni la bonne humeur.
1. Nom hollandais donné à la campagne, ou plutôt au désert de l'Afrique du Sud.
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l'no nuit de sommeil continu vous remettra invariablement de vos fatigues. La veille au soir, ces charrettes sans ressorts vous auront tellement secoué que vous serez tenté de vous tàter partout pour trouver ce que sont devenues les dilTérentes pièces de votre anatomie, mais le lendemain matin, vous serez frais et dispos, tout prêt à recommencer.
Les voyages, dans l'Afrique du Sud, ne présentent plus aucun danger. Les naturels ont accepté leur sort et n'attaquent plus les blancs. Les animaux féroces se sont retirés vers le nord à mesure que la civilisation anglaise s'est avancée, et, aujourd'hui, il faut aller jusqu'au Mashonaland pour trouver des lions, des éléphants, des buffles et tout le gros gibier d'Afrique. Tartarin ne rencontrerait pas plus de lions au Cap, au Natal ou au Transvaal, que dans les faubourgs d'Alger. On y trouve quelques léopards, des singes, des antilopes, des gazelles, et c'est tout. La chasse aux antilopes peut encore se faire aux environs de presque toutes les villes du Cap. Les antilopes sont les plus jolis habitants de l'Afrique du Sud. Ces gracieux animaux, au regard doux, aux cornes les plus fantastiques et d'une symétrie parfaite, se présentent sous les formes les plus variées. Le plus curieux est Voryx gazella, ou gem-bok, dont les cornes parallèles et parfaitement droites atteignent une longueur d'un mètre et demi. \Jo7'yx gazella est la seule antilope qui effraye le
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lion. Quand elle est attaquée, elle baisse la lèto, et son adversaire court le risque de s'enfourcher. Sa Majesté Léo, dans sa sagesse, y regarde à deux fois. f.es musées des principales villes contiennent la collection complète des antilopes de l'Afrique. La plus jolie collection privée se trouve au club de Kimberley.
Les autruches n'existent plus guère à l'état sauvage dans l'Afrique du Sud; mais le pays abonde en fermes où l'on élève ces bipèdes en quantités innombrables pour le commerce des plumes.
Mais sur le veld, rien : point d'animaux, point de végétation. Pour trouver du bois, il faut aller jusqu'en Bechuanaland. On bâtit en pierre, en brique ou en boue, comme le faisaient les anciens Celles. On fait les palissades en fil de fer, et l'on se chauffe avec les excréments des bœufs.
Le désert de l'Afrique australe n'est plus guère habité aujourd'hui que par des fourmis.
A une certaine distance, vous apercevez ce que vous croyez être un k?-aal ou village de naturels. Ce sont des fourmilières qui varient en hauteur de trois à dix pieds. 11 y en a même qui atteignent jusqu'à douze et quinze pieds.
Ces fourmilières sont hermétiquement fermées avec de la terre et présentent une surface parfaitement unie, couvrant une quantité de cellules et de galeries. Chaque fourmi se rappelle son adresse plus
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facilcmonl (juiin Américain de Ncw-Vork (iui (lomcurc dans la 149*^ rue, au numcTO 1931.
Si vous grattez la fourmilière ou que vous y fassiez un trou, ces petites fourmis jaunes sortiront par milliers et se mettront en état d'agression. Les autres iront prévenir les voisines dans les étages inférieurs, et bientôt toute la population apparaîtra, couvrant le monticule de leurs corps.
Elles abandonneront leur logis et partiront à la reclicrche d'un nouveau site où, en quelques semaines, elles se seront rebâti, avec une activité prodigieuse, une fourmilière pareille à celle que vous aurez démolie ou simplement endommagée.
Il ne faut pas croire que l'Afrique du Sud ne possède pas de jolis paysages. Le littoral du midi est superbe de Cape-Town au Natal. La forêt de Knysna, le district d'Oudtshoorn, avec ses gorges et ses intéressantes fermes d'autruches, la rivière de lîuffalo, à East-London, avec ses collines boisées, qui rappellent le Dart en Angleterre ou le Rhin en miniature, et enfin Durban, la plus jolie, la plus coquette des villes du pays, avec son massif mais élégant hôtel de ville, ses beaux jardins publics, ses hauteurs parsemées de gracieuses villas, et sa végétation tropicale. Et quel contraste après l'éternelle monotonie du veld! Quelle variété de couleurs! Des Indiens aux costumes pittoresques, des Zoulous revêtus de tuniques blanches bordées de
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liséré rouge, cl tout cela vivant sous un ciel bleu clair, au bord d'une mer bleu intense entourée de montagnes couvertes de verdure, une délicieuse harmonie de couleurs, un bijou de ville.
Ce qui rend aussi le séjour agréable à Durban est un hôtel excellent, l'hôtel Royal, de beaucoup le meilleur de l'Afrique du Sud, avec sa cour orientale à jets d'eau, sa bonne cuisine et ses obligeants domestiques indiens qui vous font oublier les Allemands grossiers qui servent à table dans les hôtels de l'Amérique et de toutes les colonies anglaises.
Que ces pauvres Indiens décharnés, étriqués font triste mine à côté des Zoulous, resplendissant de santé! Quelle race dégradée, et que l'on conçoit facilement comment les Anglais ont pu se rendre maîtres des Indes!
Dans les faubourgs de Durban, vous voyez des nabitations indiennes, bicoques délabrées, sur le seuil desquelles ces malheureux se chauffent au soleil, sales, abjects, les femmes occupées à éplucher la tignasse des hommes sur leurs genoux, à la manière des singes. Les enfants se grattent le dos contre la porte pendant que les parents se grattent la tête. Les moins paresseux travaillent à la terre, sur les plantations de sucre et de thé qui abondent au Natal, d'autres sont domestiques, le reste pourrit.
Quelques Parsis, riches négociants de l'endroit, gros et gras, revêtus de longues robes brodées d'or.
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fonneiiL un curieux contraste avec ces pauvres coolies, il poino couverts de quelques haillons, que l'on ivnconlro aux gares de chemins de fer où ils vendent des bananes aux Zoulous, installés gaiement dans les voitures de troisième classe réservées aux gens de couleur, dans les colonies comme en Amérique.
Les naturels dcrAfrique du Sud. — Premier désappointomenl. — Les naturels au naturel. — Scènes de la vie sauvage. — Les Kraals. — Les mœurs. — Los femmes. — Les types. — Cliez les Cafres et les Zoulous. — Les Zoulous en petite tenue. — J'achète un complet de dame et remporte dans ma poclie. — Où la vertu va-t-elle se nicher? — Les missionnaires se trompent d'adresse.
Je n'oublierai pas de sitôt le cruel désappointement que j'ai éprouvé en faisant ma première visite à un kraal. C'était à Port-Elizabeth. Je ne m'étais pas encore enfoncé dans l'intérieur et je n'avais encore vu que des sauvages civilisés. J'exprimai à l'aimable M. Chabaud, consul de France à Port- Elizabeth, le désir de voir un kraal. « C'est facile, me dit-il, à trois kilomètres d'ici nous en avons un, et, dimanche prochain, si vous voulez, nous irons ensemble. La plupart des Cafres qui habitent ce kraal travaillent en ville pendant la semaine,
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mais le dimanche vous les verrez au naturel. » Avec (luelle joie j'acceptai la proposition! .rallais donc voir des sauvages.
Ma visite au kraal dura cinc] minutes. Je trouvai les « sauvaj;es » en train de chanter des cantiques wesléyiens, tandis que la marmaille jouait à la balle en si niant cette obsession, qui pendant deux ans m'avait suivi partout, l'air de Ta ra ra boom de ay. Décidément, il faudra aller plus loin.
La plupart des villes de l'Afrique du Sud ont, dans les environs, un kraal, appelé location, où vivent dans des huttes les Cafres employés dans la ville comme porteurs, charretiers, domestiques, etc.
iMais dans l'intérieur de la colonie du Cap, du Natal, dans le Transvaal et dans le Zoulouland, j'ai observé les naturels, et, soit h l'aide de Cafres et de Zoulous qui parlaient un peu anglais, ou d'Anglais qui parlaient cafre ou zoulou, j'ai pu aussi récolter quelques renseignements intéressants en causant avec eux.
Un kraal est composé de plusieurs huttes généralement perchées sur une éminence d'où l'on domine la contrée aux alentours.
La hutte est bâtie en forme de ruche : des piquets en cercle et des baguettes flexibles parallèles placées en travers, le tout hermétiquement fermé au moyen de branches et de terre. Une seule ouverture permet à l'air de pénétrer et aux locataires de l'endroit
d'entrer chez eux en se baissant. C'est là qu'ils mangent, qu'ils couchent et passent leur temps à bavarder comme des pies borgnes. J'ai vu jusqu'à vingt personnes dans une hutte dont le diamètre à la base n'atteignait pas trois mètres de longueur. Les vieux, les jeunes, la marmaille, tout cela grouille ensemble, avec des chiens, des poulets et autres animaux encore plus domestiques et plus intimes, aux dimensions beaucoup moindres et dont je fais grâce au lecteur. Une odeur de graisse rance, fade et écœurante, qu'exhale le corps de tous les naturels de l'Afrique du Sud, mêlée à la fumée, au tabac, à la mangeaille, se résout en un composé infect qu'il est au-dessus de mes forces de décrire avec précision. Il y a de ces odeurs qu'il faut sentir soi-même pour s'en faire une idée.
J'ai passé une journée tout entière dans un kraal vivant comme les bons Cafres dont j'étais l'hôte. Je me suis nourri de bouillie de maïs et de fruits. Le menu n'était pas recherché, les convives à table n'étaient pas du dernier distingué, mais c'était, somme toute, plus intéressant qu'un dîner en ville à Londres.
Tout ce monde-là semble heureux. Ces enfants du soleil passent leur vie à gambader et à montrer leurs belles dents blanches. Les femmes, plus graves, vaquent aux besoins du méiwge.
De tous les animaux domestiques inventés pour le service do l'homme, le plus utile est la femme dans
rArri([U(^ (kl Sud. Kllc se inulli[)lie. J'ai vu de ces feiiuiies, sur le point de mettre bas, porter sur la tôte uu grand seau plein d'eau, sur le dos un bébé emniail lotte dans un cluile, à la main droite un autre seau d'eau et à la main gauche une marmite pleine de bouillie. Et, le corps droit, dandinant et dodelinant des hanches, les épaules bien effacées, les reins bien cambrés, elles marchaient d'un pas régulier et ferme, et comme délassement, sans lâcher la longue pipe qu'elles avaient à la bouche, elles crachaient à droite et à gauche en décrivant des paraboles à faire damner d'envie un Américain de l'Etat de Tenessee. Ces femmes sont des bctes de somme.
C'est l'habitude, contractée dans l'enfance, de porter des fardeaux sur la tête et de marcher nu-pieds, qui donne aux femmes cette allure franche, un corps toujours en équilibre.
Le prix d'une épouse est de dix à seize bœufs. Elle n'apporte en mariage que sa vertu et son mari ne lui demande pas autre chose. Le but du naturel, dans toute l'Afrique du Sud, est d'être assez riche pour acheter plusieurs épouses. Quand il en a trois, il peut se reposer, fumer sa pipe, bâiller au soleil, se promener dans le kraal d'un pas majestueux et vivre dans du coton.
La femme est d'autant plus fière de son mari qu'il se repose et la fait travailler. Elle l'admire. « Pourquoi travaillerait-il ? me disait un jour l'une des épouses d'un Cafre, puisqu'il est assez