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riclic pour avoir des femmes qui travaillent pour lui. Si j'étais homme, j'en ferais autant. » Voilà certes de la résignation et de la logique. 0 Parisiennes et Américaines qui menez l'homme en laisse, que dites -vous de cela?
La jalousie n'est point le fait de la femme en Afrique, et toutes ces épouses vivent en paix. La femme du Cafre, du Pondo, du Basulo, du Zoulou, préfère de beaucoup que son mari ait plusieurs épouses, d'abord parce que la besogne à faire est ainsi partagée, et aussi parce que cela la relève à ses propres yeux de savoir qu'elle appartient à un homme qui est à son aise. Elle est fière de son mari quand elle peut dire en se rengorgeant : « Mon mari a beaucoup de femmes. » Et elle regarde du haut de sa grandeur une femme qui n'a point de compagnes pour partager les caresses de son mari.
Voilà certes de bonnes créatures qui comprennent ce qui est dû au seigneur de la création.
Il faut les voir aller chercher la bière du pays et la rapporter sur leur tête dans de larges cruches énormes, puis aller se tenir respectueusement à l'écart, en rang, debout, silencieuses, tandis que les hommes, assis à la turque ou accroupis, boivent à même les cruches. Voilà de la galanterie à peu près égale à celle que montrent les Anglais quand, à leurs grands banquets, ils invitent les dames à venir les regarder du haut de quelque galerie.
Voyez une famille en marche: l'homme devant,
puis la femme suivie des marmots. J'ai vu marcher ainsi tous les habitants d'un village : les liommes, derrière eux les femmes portant les fardeaux, puis les enfants, tous en file indienne.
Les enfants sont gentils. Quels sont les enfants qui ne le sont pas?
J'ai vu, parmi les dilférentes races de l'Afrique du Sud, des jeunes filles de douze à quinze ans superbes de formes, de vrais harbediennes. La peau est douce comme du velours, les épaules et les attaches du bras des rêves de sculpteur. Mais cette peau n'a pas d'élasticité et se relâche facilement. Aussitôt que ces jeunes filles aux formes admirablement modelées se sont mariées et ont un enfant, le sein tombe et s'aplatit sur la poitrine. Quand le deuxième bébé est arrivé et qu'elles le portent sur le dos, elles peuvent lui jeter le sein par-dessus l'épaule.
Au point de vue européen, elles sont généralement laides de figure. J'en ai cependant vu de jolies. Je me rappelle, entre autres, une jeune femme cafre, qui avait apporté son bébé au médecin du district pour le faire vacciner. Elle avait le visage mutin d'une Parisienne, et son foulard rouge, coquettement placé sur l'oreille, en tapageur, lui donnait un air des plus agaçants.
Quand ils quittent leur hutte, les Cafres, hommes et femmes, portent une couverture teinte avec de la terre rouge qui leur donne un air très pittoresque. Chez eux les hommes sont revêtus de l'air du temps,
et les femmes s'affublent de mille petits objets dont elles se couvrent le cou et le bas des jambes. Du poignet au coude, le bras est généralement couvert de bracelets en cuivre superposés.
De tous les naturels que j'ai vus dans l'Afrique du Sud, les Zoulous sont de beaucoup les plus beaux. Quels hommes superbes que ces gaillardslà ! Quel mélange de fermeté et d'amabilité dans le regard, quelle dignité dans le port ! Des hommes de plus de six pieds, admirablement proportionnés, aux mouvements simples, dignes, naturels et gracieux. La nature n'a point fait de plus beaux torses que ceux-là.
Les Zoulous sont un peuple brave, intelligent, moral et honnête, et ce qui entretient la race belle et saine est que les hommes et les femmes ne se marient qu'à l'âge mûr, tandis que les Gafres épousent souvent de véritables enfants.
Dans un kraal, situé à quelques kilomètres de l'endroit où le malheureux prince impérial tomba victime de la lâcheté d'un officier anglais qui le laissa seul à la merci d'une vingtaine de Zoulous, j'ai vu neuf cents naturels du pays, hommes, femmes et enfants qui étaient sortis de leurs huttes pour passer la visite du médecin.
Quels types intéressants à étudier dans cet assemblage !
La jeune fille porte sur la lête des perles enfilées
qui lui tombent gracieusement sur les oreilles, sur le cou un collier de perles, aux bras et aux jambes des bracelets de cuivre et de perles, et autour des reins une ceinture de cuir d'où pend, sur le devant, un rabat de perles et de passementeries, petit carré de dix centimètres environ qui couvre ce qu'il serait malséant d'exposer aux regards. Quand la femme est mariée, elle porte un petit jupon de vingt centimètres de longueur. Les cheveux courts sont graissés et rejetés en arrière en forme de fez allongé ! Les femmes sont généralement beaucoup plus petites que les hommes, trapues, grasses, avec des seins et des hanches plantureusement développés.
Pour vingt-cinq francs j'ai un jour acheté à une jeune femme toute sa défroque, un « complet », que j'ai pu emporter dans la poche de côté de mon paletot. Après avoir enlevé le dernier objet, elle resta quelques instants devant moi, souriante, heureuse, l'argent dans la main, aussi innocente de sa nudité qu'un nouveau-né, et je l'ai regardée avec autant d'admiration et de respect que si j'avais été placé en présence d'une belle statue ou d'un modèle aux lignes sculpturales les plus pures et revêtu d'un maillot de bronze.
Chez les Maoris de la Nouvelle-Zélande, la jeune fille n'est pas vertueuse avant le mariage. Une fois mariée, au contraire, elle est fidèle à son mari qui ne s'inquiète nullement des petites fredaines que sa femme a pu commettre avant de l'épouser.
Chez les Zoulous, la jeune fille est d'une vertu exemplaire. Elle jettera tout ce que vous voudrez par-dessus les moulins, excepté son bonnet, c'est-àdire sa vertu. Si quelquefois elle joue à l'amour, c'est en tout bien tout honneur. Elle va jusqu'au bord du précipice, mais elle ne s'y laisse jamais tomber. Elle a le pied sûr. Elle sait que, vertueuse, elle vaut seize bœufs et que si son mari, après l'avoir épousée, découvrait qu'elle n'est pas virgo intacta, il la rendrait à son père et réclamerait ses bœufs. Sa fidélité est filiale. Son père compte sur sa vertu, l'engraisse, la choie, la chaponne et fait de son mieux pour que, à l'âge de puberté, elle excite l'appétit d'un homme qui la recherchera en mariage, c'est-à-dire l'achètera.
La femme est fière de sentir qu'elle a de la valeur, et une femme qui a été vendue à son mari pour seize bœufs regarde avec mépris une femme qui a été vendue pour dix.
J'ai une fois bien amusé une femme cafre en lui disant que, souvent en France, une femme sans dot ne trouvait point de mari.
— C'est donc la femme qui achète un mari dans votre pays ? me dit-elle.
— Oui, répondis-je, quelquefois même ce qui reste d'un homme.
Elle était ébahie.
Son raisonnement n'était pas si mauvais qu'on pourrait le croire. Elle trouvait qu'il était plus
flatteur pour une femme de se faire acheter par un mari que d'avoir à en acheter un. La femme vaut quelque chose en Afrique, pensait-elle. Que vautelle donc en France que souvent un vieux notaire exige deux cent mille francs d'indemnité quand il épouse une jeune femme ?
Un Zoulou me confiait un jour les réflexions suivantes sur la polygamie dans son pays : « La polygamie, boss S me dit-il, est la cause de notre prospérité. Aussitôt qu'un Zoulou arrive à être homme, il se met à travailler pour amasser de quoi acheter une femme. Quand il l'a obtenue et qu'il en est fatigué, il se remet à l'ouvrage pour amasser de quoi en acheter une autre, et ainsi de suite. »
De vieux Zoulous, frisant leurs quatre-vingts ans, songent encore au mariage. Ils sont plus ambitieux et plus portés pour les femmes que les Cafres. Le mariage est aussi un commerce. Ces braves gens achètent des femmes comme on achète des bestiaux, pour augmenter leur avoir. Eu eff'et, quand le Zoulou se marie, il espère avoir des filles qui un jour se vendront et lui rapporteront du bétail, et, à la naissance d'un fils, il fait la grimace.
Les Zoulous sont vertueux, moraux et d'une hon-
1. Mot qui signifie « chef ». J'étais toujours présenté aux naturels comme chef de quelque tribu dans un pays lointain appelé la France.
nôteté à toute épreuve, et les missionnaires qui sont venus s'établir chez eux pour les convertir se sont trompés d'adresse. Si vous perdez quoi que ce soit dans un kraal et qu'un Zoulou s'en aperçoive, il courra après vous. Or, le Zoulou peut faire plusieurs kilomètres à la course sans être hors d'haleine, et vous pouvez être sûr qu'il ne s'arrêtera que lorsqu'il vous aura rattrapé et remis l'objet que vous avez perdu chez lui. Je ne parle ici que des Zoulous au naturel. Les Zoulous convertis, c'est une autre affaire .
J'admirais un jour, dans un hôtel de Maritzburg, (Natal), trois jeunes Zoulous superbes qui faisaient le service des chambres, et je demandai à la propriétaire où elle était allée chercher ces braves garçons-là.
— Loin d'ici, dit-elle, dans un kraal. Je n'engage jamais que des naturels à l'état sauvage, in Ihe raiv State.
— Pourquoi, lui demandai-je, ne les prenez- vous pas dans les écoles de missionnaires qui abondent dans le voisinage?
— Oh ! fît-elle en hochant la tête, ceux-là, il n'en faut pas.
Voilà qui me donna à réfléchir. Après tout, me dis-je, ce n'est là qu'une opinion personnelle. La propriétaire a probablement des préjugés contre les missionnaires. Je n'osai rien conclure, mais je pris la résolution de faire la même question à tous les propriétaires d'hôtel dont je ferais la connaissance.
Partout la réponse fut la môme : des Zoulous convertis, il n'en faut pas.
Pour bien des Anglais, ce sera du nouveau, mais j'affirme que personne aux colonies n'ignore le fait. Au naturel, les Zoulous sont honnêtes et leurs femmes sont vertueuses. Quand ils ont fait l'apprentissage de la vie civilisée dans les missions, les femmes font le trottoir et les hommes mentent et trichent comme les chrétiens les plus fieffés.
Les Zoulous sont vertueux et honnêtes par instinct et je ne vois pas que ces âmes simples puissent profiter d'une théorie qui, en définitive, se résout en ces quelques mots : « Ne péchez pas ; mais, si vous péchez, soyez sans inquiétude, vous n'avez qu'à croire et vous serez blancs comme neige. » Péchons, se disent trop souvent les Zoulous convertis, plus nous pécherons, plus il nous sera pardonné. Ce n'est pas la semence qui est mauvaise, c'est le terrain qui ne vaut rien.
Cela n'empêchera pas les vieilles Anglaises des deux sexes de continuer à envoyer des missionnaires en Afrique et à faire des quêtes pour en augmenter le nombre ; mais le fait est là et je le leur donne avec l'autorité de tous les gens qui engagent des naturels au Cap et au INatal.
Les missionnaires ne m'ont jamais rien fait, et dans ce volume je n'ai, Dieu merci, ni à plaire ni à déplaire à qui que ce soit. Je dis ce que je pense, je répète ce que tout le monde sait aux colonies, et si,
en agissant ainsi, j'ai le malheur d'offenser certaines gens qui croient devoir se sentir offensés, c'est là le moindre de mes soucis.
Si les missionnaires ne blanchissent pas l'âme des Zoulous, le corps des générations suivantes montre quelquefois, par une teinte d'un clair plus prononcé, que les missionnaires ont passé par là.
L'État libre d'Orange. — Le Transvaal. — Une page ou deux d'histoire. — Les Boërs chez eux. — Mœurs et coutumes. — Les Boërs et les sauterelles. — Les Boërs auront à se dégourdir ou à déguerpir. — Bloemfontein, Pretoria et Johannesburg.
L'État libre d'Orange ou République des Boërs, et le Transvaal ou République de l'Afrique du Sud, aujourd'hui Etats indépendants, étaient il y a quelques années encore deux succursales de la Maison John Bull et C'«.
L'État libre d'Orange est un vaste désert situé, à cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer, sur un plateau dont la superficie est à peu près égale à celle de la France. Le climat dont jouit ce pays est le plus sec et le plus salubre qui soit au monde. La contrée est une succession, une superposition de plateaux, de collines et de montagnes couronnées d'énormes pierres arides. C'est la désolation, l'iso-
lation, l'immensité. Ce n'est que depuis que j'ai vu ces étendues de terrain en Afrique que je puis me faire une idée exacte de l'espace.
Vers le milieu du siècle, un grand nombre de Boërs, afin d'échapper aux empiétements continuels des Anglais, quittèrent le Cap et allèrent s'établir avec leurs troupeaux dans un immense district situé entre les deux rivières du Vaal et de l'Orange. Bientôt ils s'organisèrent en république, et se prirent à espérer qu'ils étaient maintenant pour jamais à l'abri des Anglais.
Ils se trompaient. On n'est jamais à Tabri des Anglais.
Les Boërs ont une mauvaise habitude qui a constamment permis aux Anglais de leur chercher querelle. Pour les Boërs, les naturels de l'Afrique du Sud ne sont pas des êtres humains qu'il faut chercher à se concilier, mais des bêtes fauves qu'ils n'ont jamais manqué de traquer et d'exterminer chaque fois que l'occasion s'en est présentée. Quand ils ne les tuaient pas, ils les emmenaient chez eux en esclavage, et les conduisaient à la corvée avec des fouets de cuir qu'ils n'auraient jamais osé employer pour conduire les bœufs qui traînent leurs charrettes . Ils ne cherchaient ni à les civiliser ni à les instruire, pas môme à les convertir, car ils ne reconnaissaient pas qu'un nègre pût avoir une âme. Cela ne faisait pas l'affaire des Anglais qui, eux aussi, se débarrassent bien des naturels qui les
gênent dans les pays qu'ils envahissent, mais par des moyens beaucoup plus diplomatiques : la conversion et la diversion, ou, si vous préférez, la bible et l'eau- dc-vie.
En 1845, les Hoërs de la République d'Orange se ruèrent sur les Griquas, tribu importante établie à l'ouest de leur république. Ils allaient les exterminer, quand les Anglais accoururent au secours des sauvages, battirent les Boërs et annexèrent leur territoire sous le prétexte, assez plausible du reste, que leur indépendance était une menace continuelle h la tranquillité de l'Afrique du Sud.
Quantité de Boërs, furieux de se revoir sous la domination des Anglais, plièrent bagage, traversèrent le Vaal et allèrent s'établir dans une nouvelle contrée qu'ils appelèrent Transvaal et où bientôt ils fondèrent une nouvelle république.
Quelques années plus tard, l'Angleterre, craignant de ne pouvoir contrôler des territoires dont les dimensions prenaient des proportions inquiétantes, permit aux Boërs de la République d'Orange de proclamer de nouveau leur indépendance (1853), indépendance dont ils jouissent encore ; mais quand les mines de diamant furent découvertes en 1870, aux environs du lieu où s'élève aujourd'hui Kimberley, tout ce district fut enlevé aux Boërs et rebaptisé britannique.
Les Boërs, établis au Transvaal, répétèrent en 1877 la faute qui avait coûté l'indépendance de la
République d'Orange en 1845. Ils résolurent d'exterminer les naturels du territoire qu'ils avaient envahi, et allaient mettre leur projet à exécution quand les Anglais les battirent et les annexèrent. Tout semblait perdu pour eux, car il ne fallait pas songer à s'avancer davantage vers le nord. Le seul espoir était de reconquérir l'indépendance, et cela à la pointe de l'épée. En 1880, ils se soulevèrent et défirent les Anglais au mont Majuba, après avoir tué le général qui les commandait, sir Pomeroy Colley. Le ïransvaal fut déclaré libre, mais sous la protection de l'Angleterre, le 25 octobre 1881. Trois ans plus tard, l'Angleterre se retirait complètement du Transvaal.
Le monde sait aujourd'hui que le Transvaal et les territoires qui l'environnent reposent sur des mines d'or^ mais bien certainement ce ne sont pas les Boërs qui les exploiteront. Dans peu d'années le pays sera envahi par les aventuriers du monde entier. Les Boërs continueront à s'occuper de la surface de la terre^ mais ils ne mettront pas le pied dans les mines. Ils occupent des terrains immenses qu'ils ne cultivent pas, et entre leurs mains le pays ne fait pas de progrès. J'ai vu des fermiers dont les propriétés s'étendaient sur une superficie plus grande que celle de nos départements les plus importants,
1. On croit que c'est de là que Salomon tira l'or qu'il fit ■venir à Jérusalem. Des fouilles récemment faites prouvent qu'il existait autrefois une civilisation dans ces parages.
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el qui se contentaient de faire paître des bestiaux sur quelques centaines d'hectares tout au plus. Ils sont ignorants, arriérés, entêtés et paresseux. Ils refusent de labourer la terre avec les instruments aratoires qu'on leur montre, et ils sont fermiers comme on l'était au temps d'Abraham, d'isaac et de Jacob. Leurs fermes sont des soues à pourceaux. Avant de se coucher, ils tirent leurs bottes et appellent cela se déshabiller. Leur lit est le plancher, et toute la famille, hommes, femmes et enfants, est là péle-méle. Une ou deux fois par an, ils partent à la ville la plus proche pour y faire deux ou trois jours de dévotions. Les plus riches vont à l'hôtel, les autres vivent sous des tentes ou sur leurs charrettes. Quand ces Boërs s'en retournent, les habitants de la ville font des fumigations.
Prenez ce qu'il y a de plus sale, de plus brave, de plus arrriéré, de plus entêté chez le Breton, ce qu'il y a de plus soupçonneux, de plus matois et de plus ladre chez le Normand, ce qu'il y a de plus rusé, de plus hospitalier et de plus bigot puritain chez l'Écossais, mélangez, remuez et servez, vous avez un Boër (prononcez Bour, ou, si vous voulez être plus exact, Bourru). Non, le monde aujourd'hui marche trop vite pour permettre aux Boërs de marquer le pas. Ils auront à se dégourdir ou à déguerpir.
Pendant longtemps, les Boërs ont refusé de construire des chemins de fer dans le Transvaal, parce qu'il n'est pas fait mention de ce genre de locomotion
dans la bible, et ce n'est qu'en appelant les chemins de fer voitures rapides qu'on est arrivé à leur faire surmonter la difficulté. Le parlement du Transvaal a refusé de faire assurer les bâtiments publics contre l'incendie, parce que « si c'est la volonté de Dieu qu'ils brûlent, on ne saurait aller contre ».
Mais ce qu'il y a de plus sublime dans le genre c'est la discussion qui eut lieu au parlement (première chambre) sur l'extermination des sauterelles (session de 1893).
J'extrais des journaux le compte rendu d'une partie de la séance.
« Le docteur Leyds, secrétaire d'État, lit une communication dans laquelle les gouvernements du Cap et de l'État libre d'Orange prient le gouvernement du Transvaal de coopérer avec eux à la destruction des sauterelles.
» M. Roos se lève et déclare que les sauterelles sont, comme aux jours de Pharaon, une plaie qui leur a été envoyée par Dieu. Rien certainement il serait honteux au peuple du Transvaal de chercher à combattre les décrets de la Providence.
» M. Declercq et M. Steenkamp parlent dans le môme sens. Il faut accepter avec résignation les volontés du Seigneur.
» M. Wolmarans propose que toute l'Afrique du Sud consacre une journée entière à prier et à s'humilier.
» Le président raconte l'histoire d'un Roër dont la ferme n'avait jamais été attaquée parles sauterelles jus-
qu'au jour où il en détruisit quelques-unes sur le veld. Ses propriétés furent dévastées en quelques heures.
» M. Stoop implore les membres du parlement de ne pas se constituer critiques des actes de Dieu.
» M. Lucas Meyer soulève des indignations violentes en tournant en ridicule les orateurs qui viennent de parler, et surtout en comparant les sauterelles à des botes nuisibles qu'il est de leur devoir de détruire comme ils ont détruit les lions, les panthères et autres animaux malfaisants qui infestaient autrefois leur pays.
» M. Labuschagne s'emporte. Les sauterelles, dit-il, ne sont pas des animaux nuisibles. La sauterelle est un animal sacré, envoyé par Dieu pour l'expiation de leurs péchés. »
Voilà 011 en sont les Boërs à la fm du xix^ siècle.
Et, en regardant l'Assemblée, plus rien ne vous étonne. Quelques têtes intelligentes certainement; mais la grande majorité composée de gros paysans à peine décrassés, des têtes énormes, carrées, avec de petits yeux endormis, qui cependant ne laissent pas que de bien voir, au besoin.
Les Boërs sont des tireurs de première force. Ils ne visent pas dans le tas : ils choisissent leur homme et son affaire est faite. Comme à la foire aux macarons, à tous les coups ils gagnent. Quand ils visent dans le tas, ils vous descendent leurs ennemis treize à la douzaine. Ils comptent sur leur œil sûr pour conserver leur indépendance.
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Les deux républiques de l'Afrique du Sud possèdent trois villes qu'il faut nommer, Bloemfontein dans la première, Pretoria et Johannesburg dans le Transvaal .
Bloemfontein est une ville de cinq à six mille âmes qui ressemble aux villes les plus modernes du Cap : place du Marché, un club confortable, des nègres, de la poussière jusqu'aux chevilles et de l'air pur. Le parlement et la maison du président sont d'assez jolies constructions. Au bout de la ville se trouve un fort gardé par l'armée régulière de la république qui se compose d'une quarantaine de soldats déguisés en Prussiens. Mais s'il y a peu de soldats dans les deux républiques, tous les citoyens sont braves et bons tireurs, et vingt mille hommes sont prêts à faire le coup de fusil pour défendre leur liberté.
Autour de la ville, le désert jaune, poudreux, brûlé jusqu'à l'horizon.
La capitale du Transvaal, Pretoria, est plus intéressante. On y a apporté de la verdure, bâti de jolies maisons, et le Government Building, qui a coûté plus de cinq miUions, est ce que j'ai vu de plus solide et de plus imposant comme bâtiment public dans l'Afrique du Sud.
Quant à Johannesburg, il faut lui consacrer un chapitre.
Johannesburg, la cité d'Or. — Encore les Boërs. — L'avenir du Tiansvaal. — Miraculeux développement de Johannesburg. — Drôle de monde. — Femmes peu gênées et maris peu gênants. — Un obligeant compatriote. — L'aristocratie dans le pétrin. — Le capitaine et le magistrat.
Ce que j'ai vu de plus merveilleux encore comme monument de l'activité et de la persévérance britanniques, c'est Johannesburg, la Cité d'Or.
Johannesburg, qui date de sept ans, pas un jour de plus, est aujourd'hui une ville de soixante mille âmes, solidement bâtie, possédant des hôtels de premier ordre, des magasins aussi importants que ceux des grandes villes européennes, des faubourgs élégants où se voient de jolies villas de plaisance, et, bien qu'il ne pousse pas un arbre à plus de cinq cents milles à la ronde, un parc plein d'espérance. Et veuillez bien songer que le chemin de fer ne
pénètre à Johannesburg que depuis un an ^ de sorte que chaque pierre, chaque planche, chaque clou qui a servi à faire sortir la ville du désert, pour ainsi dire par enchantement, a dû être apporté par de lourdes charrettes traînées par des bœufs à la vitesse de deux kilomètres à l'heure à peine.
Johannesburg n'est pas seulement la ville la plus importante du ïransvaal, c'est la ville la plus importante de l'Afrique du Sud.
Les Boërs ne peuvent se vanter d'avoir contribué ni à sa naissance ni à sa croissance. Johannesburg est une ville cosmopolite oii toutes les nations m'ont semblé être représentées excepté le Transvaal.
Les Boërs sont fermiers et chasseurs, rien de plus. Leurs ancêtres étaient fermiers et ils ne comprennent pas qu'ils puissent être autre chose. Ignorants, bigots, arriérés, ces Bretons de la Hollande, aujourd'hui implantés en Afrique, ne changent pas plus d'idées qu'ils ne changent de linge. Ils sont hospitaliers, routiniers, sales, braves et paresseux; ils ont beaucoup de religion et fort peu de scrupules ; ils sont satisfaits de vivre comme leurs ancêtres ont vécu et prêts à mourir le jour où l'indépendance de leur pays sera menacée.
Le Transvaal ne sera jamais une colonie anglaise. Les Anglais du Transvaal, aussi bien que ceux des