‹ La maison John Bull & cie. [microforme]Chapitre 17 sur 54 · RARES A SRE EN ES · texte numérisé non relu

RARES A SRE EN ES

104 LA MAISON JOHN BULL ET c'e

Il fallait maintenant expliquer le voyage à la jeune démocratie australienne. Le ministre s’en tira à merveille.

J’extrais de son modeste discours le passage suivant. Il est sublime.

— On me jette à la figure que j'ai été sur les brisées de mes prédécesseurs et que je n’ai fait que renouveler leurs efforts pour faire respecter en Angleterre les droits de cette colonie. Cela est parfaitement vrai. Ce n’est jamais après un premier essai que les grands événements dans la vie des peuples se sont accomplis. Lisez la vie d'Abraham Lincoln et vous en serez convaincu. C’est la patience seule qui remporte de grandes victoires. J’ai eu plusieurs entrevues avec M. Goschen !, et j'avoue qu’il m'a donné du fil à retordre. En regardant sa mâchoire ferme, carrée, je me suis dit : Voilà enfin un adversaire digne de rompre une lance avec moi. M. Goschen m'a dit qu’il n'approuvait pas notre politique fiscale. Je lui ai répondu que cela n’était point son affaire (trés bien!), que cela regardait seulement le peuple de la Nouvelle- Galles du Sud (applaudissements), et je puis vous affirmer que M. Goschen, en un rien de temps, s’est rendu à mes vues.

Voilà, certes, qui est du plus haut comique.

Je vous assure que si l'Angleterre, dans sa solli-

4. M. Goschen, un des premiers financiers du monde, était alors chancelier de l'Échiquier anglais.

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citude maternelle, offrait à l'Australie, dont les finances sont en ce moment dans un pétrin impossible, de lui prêter M. Goschen (comme jadis elle le fit en Egypte) pour l'aider à mettre un peu d'ordre à ses affaires, le peuple des colonies répondrait que l'Australie possède des Goschens à la douzaine, et que John Bull peut se mêler de ce qui le regarde et rester chez lui.

Le ministre de la Défense nationale de l’une des colonies australiennes (ancien boucher devenu politicien) se trouvait un jour sur la Tamise avec plusieurs officiers anglais. Il se mit à critiquer les fortifications et à expliquer combien il serait facile de s'emparer de Londres. Les autorités militaires et navales écoutèrent l’ancien boucher et ne bronchèrent point. Le sang-froid britannique est prodigieux. Pendant longtemps l'anecdote fit le bonheur des clubs de Londres.

Un jour de fête publique, le maire d’un petit bourg m'invita à l'accompagner jusqu’au lieu où les paisibles habitants s'étaient assemblés pour passer la journée à se divertir. Quand nous arrivâmes, une députation se présenta pour souhaiter la bienvenue à son Adoration (c’est ainsi que les maires d'Angleterre et des colonies concourent modestement avec la divinité).

Le maire, sans quitter la voiture, se leva et adressa à la foule quelques paroles bien senties de circons-

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