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tance. Tous écoutèrent dans le recueillement le plus complet. :
— Oui, mes chers concitoyens, s’écria le maire, quincailler de métier, divertissez-vous, vous l'avez bien mérité. Une communauté aussi travailleuse que celle-ci peut s'amuser de bon cœur, la conscience satisfaite. Je vous remercie des bonnes paroles que vous m'avez adressées. Elles m'ont été droit au cœur. Tant que j'aurai l'honneur d’être votre maire, vous pourrez compter sur moi. Je m'intéresserai toujours aux récréations du peuple.
Jamais capitaine de pompiers, à Fouilly-les- Épinards, ne fitun discours plus pénétré d'importance personnelle que ce bon maire australien.
Les peintres de Melbourne ont tous les ans, au mois de mai, un banquet pour célébrer l'ouverture de leur exposition.
J'assistais à ce banquet. Les académiciens royaux de Londres ont aussi une fonction de ce genre-là.
On propose un toast à l’art dans la colonie de Victoria.
Un artiste se lève et répond. Il termine son speech en disant :
— L'art dans cette colonie fait tellement de progrès que, dans peu de temps, le Salon de Paris et l’Académie royale de Londres verront exposés sur leurs murs des tableaux victoriens qui ne le céderont en rien aux œuvres des premiers peintres français et anglais,
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On me pria de dire quelques mots.
— Messieurs, dis-je à cette assemblée, permettezmoi de me faire prophète, puisque je ne suis pas dans mon pays. Je vois venir à grands pas le jour où les peintres français et anglais ne seront vraiment célèbres que lorqu'’ils auront réussi à faire accrocher leurs tableaux à Melbourne.
L'assemblée se dispersa immédiatement et alla se coucher.
Plus la ville est isolée, plus le provincialisme est prononcé. Il existe, sur la côte orientale de la Nouvelle-Zélande, une petite ville de trois ou quatre mille âmes dont l’importance personnelle est homérique. C’est Napier.
Je venais de faire une causerie au théâtre de Wellington, capitale de la Nouvelle-Zélande. La salle était comble, et jamais auditoire intelligent ne m'avait fait l'honneur de m’apprécier avec plus de sympathie et de chaleur. A la sortie, mon impresario attrapa au vol le bout de conversation suivant :
— Quel succès !
Puis quelques remarques flatteuses.
— Pas mauvais, fit l'autre; mais à Napier il ne serait pas apprécié. Nous sommes plus difficiles que cela. |
Mon impresario n’a jamais osé me mener à Napier.
Quand on a réussi à satisfaire Paris, Londres, Édimbourg, Glasgow, Birmingham, Manchester,
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Liverpool, New-York, Boston, Philadelphie, Chicago. San Francisco, Sydney, Melbourne, Adelaïde, etc., on regrette de ne pas se sentir de force à satisfaire Napier.
C'est à Napier que, après le concert donné dans cette ville par l'éminent baryton anglais, M. Charles Santley, un journal s’écria qu’il y avait à Napier au moins vingt amateurs qui chantaient tout aussi bien que M. Santley et beaucoup plus fort.
J'aurais voulu faire des causeries à Napier en français. Je m'y serais probablement fait dire que mon français était loin d’ètre irréprochable.
J'ai rencontré un jour un brave Australien, habitant un petit trou de quelques centaines d’âmes dans la colonie de Victoria. Il était incapable de parler ou de comprendre un mot de français.
Il était allé à Melbourne voir madame Sarah Bernhardt jouer Adrienne Lecouvreur.
— Eh bien, lui dis-je, que pensez-vous de notre grande tragédiennne ?
— Pas mauvaise, répondit-il ; mais je crois qu'on la surfait beaucoup.
Il y a quelques années, le fameux Stanley, l'intrépide explorateur de l’Afrique centrale, fit une tournée de conférences dans les colonies australasiennes. Il avait confié ses destinées à M. R.-S. Smythe. Il ne pouvait les placer en meilleures
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