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mains. Quelques jours avant de faire paraître M. Stanley à Newcastle, dans la Nouvelle-Galles du Sud, M. &mythe se trouvait dans cette ville pour y préparer son terrain. Il rencontre un conseiller municipal de sa connaissance. Après avoir échangé les politesses de circonstance, le conseiller municipal dit au fameux impresario australien :
— Eh bien, Smythe, qui est-ce que vous allez nous faire entendre ?
— J'ai l'intention d'amener M. Stanley la semaine prochaine, Croyez-vous qu'il aura du succès ?
— Je n'oserais vous l'assurer, répondit le digne conseiller municipal. J'ai plusieurs fois fait moiméme des conférences à Newcastle, et je n'ai jamais pu réussir à avoir du monde.
Une petite feuille de Nelson, ville d'environ deux mille âmes, dans la Nouvelle-Zélande, parlant d’une conférence de M. Stanley, remarquait « que M. Stanley était assez bon conférencier, mais qu'il était loin de posséder à fond son sujet ».
C'est ladite même petite feuille qui publia un jour, sur l'expulsion des Juifs ordonnée par le gouvernement russe, un article intitulé : « Le conseil que nous donnons au Czar. »
Le Czar n’a plus qu’à bien se tenir.
J'ai eu le bonheur de ne pas trop déplaire ce petit journal qui a déclaré que mes causeries étaient excellentes, bien qu’elles manquassent de balance. Attrape!
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Mais ce que j'ai de plus joli comme souvenir de ce genre, c’est celui-ci.
C'était à B..., petite ville de douze à quinze mille âmes au Cap de bonne-Espérance.
Je devais faire le soir, dans la Salle Lyrique, une causerie au public.
La Salle Lyrique, c’est un comble! quatre murs en bois à l'extérieur, des bancs à l'intérieur, et au bout une scène, encadrée de planches sur lesquelles on avait badigeonné des nymphes et des sylphides.
A droite et à gauche se trouvaient deux longs pans portant comme inscription, à droite, Drama, à gauche Music. Puis venaient des noms, cinq de chaque côté: Shakespeare, Dante, Milton, Molière et Corneille à droite ; Beethoven, Berlioz, Wagner, Rossini et Verdi à gauche.
J'étais allé dans l’après-midi visiter la salle avec mon impresario. Le propriétaire s’y trouvait. Quand il avait un moment de loisir, il venait, paraît-il, s’y asseoir et contempler son œuvre. Car cette Salle Lyrique, c'était son œuvre. C’est lui qui l'avait bâtie, c'est lui qui avait suggéré les décorations et les inscriptions. Tout cela était sorti de sa cervelle à lui, et il n’en était pas peu fier.
J'allai droit le trouver.
— Perimettez-moi, lui dis-je sérieux comme un âne qu'on étrille, de vous remercier de ce que vous
avez fait pour la France. Vous aviez à choisir les
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cinq plus grands poètes dramatiques du monde, et vous avez donné place à deux Français.
— Où donc voyez-vous cela ? fit-il. Shakespeare est Anglais, Dante Italien, Milton Anglais, Moliar Français et Cornhill Espagnol. Cela fait un Français.
Je ne bronchai point. Le Cid ne faisait-il pas des conquêtes après sa mort ? Il venait peut-être, dans la petite ville africaine, d'acquérir Corneille à l'Espagne.
— Je crois que vous êtes dans l'erreur, avançai-je timidement, si toutefois j'ose placer mon opinion auprès de la vôtre.
— Oh! fit-il modestement, vous pouvez vous tromper comme les autres.
— Parfaitement seulement ce qui donne un peu de poids à mou opinion, c’est que je suis né à quelques kilomètres de la ville qui a vu naître Corneille.
Le propriétaire de la Salle Lyrique ne dit plus rien et me quitta. Le soir ap-es ma causerie il vint me trouver.
— Vous avez raison, me dit-il, Cornhill n'était pas Espagnol, il était Français. J'ai été à la bibliothèque publique et j'ai vu que Cornhill est né à Rouine.
— À Rouen, si vous voulez bien excuser ma prononciation.
— Eh bien, me dit-il, voilà qui est fâcheux, parce que je vais être obligé de l’enlever,
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— Oh, ne faites pas cela! m'écriai-je.
— Il le faut, dit-il en secouant tristement la tête.
— Pourquoi?
— Pourquoi? Parce que je veux être impartial et juste envers toutes les nations.
— Vous avez raison, et je n'ai plus rien à dire.
Mon sérieux ne me trahit point. Il eût fallu voir avec quel air de soumission j'acceptai la suppression de Corneille.
— Maintenant, dit le propriélaire de la Salle Lyrique, il s’agit de remplacer Cornhill. Avez-vous quelqu'un à me proposer? Un Allemand, par exemple. L'Allemagne a-t-elle produit quelque poète qui soit digne de figurer sur ma liste?
J’allais suggérer que l'Allemagne serait dignement
représentée par Gœæthe. « Allons donc, me dis-je, je ne vois pas pourquoi je rendrais un pareil service à l'Allemagne. Pas de Gœthe, pas de Schiller, pas d’Allemand ».
— Si j'étais que de vous, dis-je, je mettrais un Grec. Que diriez-vous de... Sophocle?
— À-t-il du talent?
— Il en avait. Il a écrit plusieurs tragédies assez remarquables.
— Est-il mort?
— Îlest mort. il y a deux mille trois cents ans.
— C’est un ancien.
— Un antique.
— Vous me le garantissez?
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— Inusable.
Le pronriétaire de la Salle Lyrique me remercia, me serra la main et partit.
Si vous allez aujourd’hui dans la petite ville de B..., vous verrez, à gauche de la scène, dans la Salle Lyrique, au-dessous de l'inscription Drama, les cinq noms suivants : Sophocle, Shakespeare, Dante, Milton et Molière.
C'est moi aussi qui ai fait mettre l'accent grave sur le nom du grand poète français. Si je n'ai pas
‘pu conserver le nom de Corneille, j'ai pu du moins
faire épeler correctement celui de Molière.
Pour finir, permettez-moi de vous donner un joli exemple de toupet colonial. |
C'était dans la coquette ville de Durban (Natal) au mois de juin 1893. J'y devais faire un soir, au Théâtre Royal, une causerie sur les femmes. Mon impresario, profitant du sujet pour faire une politesse aux élèves d’un grand collège de jeunes filles, se nrésenta dans l'après-midi chez la principale de l’établissement, et offrit de mettre à sa disposition plusieurs fauteuils de balcon à moitié prix. En quittant cette dame, il lui dit: « Si vous désirez que les jeunes filles soient accompagnées, je serai charmé de recevoir les institutrices en ami; » ce qui signifie, en affaires de théâtre, gratis.
La principale remercia mon impresario et accepta sa politesse.
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Le soir, je vous le donne en cent, en mille. Elle amena quatre élèves et onze institutrices.
Quelques jours plus tard, ayant appris que j'avais raconté l'incident en public, la lady principal eut la complaisance de m'écrire pour m’expliquer la chose. La lettre était écrite de bon goût. Mon impresario, paraît-il, était venu trop tard. Elle n’avait pas eu le temps de prévenir toutes ses élèves. Autrement, elle eût pu en amener davantage.
Parfait; mais elle avait eu le temps de prévenir les institutrices.
Eh, mon Dieu, madame, ne faites pas d’excuse, je vous prie, d’abord parce que je soupçonne fort mon impresario d’avoir agi en hommes d’affaires plutôt qu'en philanthrope. La philanthropie n'est guère le fait d’un impresario.
Et puis, chère madame, c’est ainsi que l’Empire britannique a été fait, nous le savons tous.
On peut dire de John Bull jeune, comme de John Bull aîné,
Laissez-lui prendre un pied chez vous, Il en aura bientôt pris quatre.
Et même onze.
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Le Fléau des colonies. — Un Monsieur très vien. — Une ville pleine d'animation. — Un Pochard me prie de faire au public une conférence sur Waterloo. — Un bon vivant. — Pères de
familles en goguettes. — Un ingénieux soûlard. — Tours de force. — La taverne et la chapelle. — Pourquoi il n’y a pas de cafés aux colonies. — Un philosophe. — Pourquoi une
jeune Anglaise ne put se fiancer à son amoureux.
La boisson est, aux colonies, la panacée contre l'ennui de l'existence, ct l’ivrognerie, dans toutes les couches de la société coloniale, est un mal qui ronge le pays ‘, un vice national. Non pas l’ivrognerie qui entraîne avec soi la gaieté, mais l’ivrognerie triste et morne, devenue nécessité et, partant, mal incurable et repoussant.
1. Je relève, dans un livre de statistiques, que la somme dépensée en boisson tous les dix ans est égale à la somme représentant l'or, le fer et le charbon produits tous les cinquante ans.
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Je déjeunais un jour au club d’une grande ville, dont les membres appartiennent à la meilleure société de l'endroit.
Un monsieur, jeune encore et d'apparence fort distinguée, déjeunait à une table voisine. Au dessert, il se leva et vint s’asseoir près de moi.
— Je n'ai pas besoin de vous être présenté, me dit-il, puisque nous sommes tous les deux membres de ce club. Permettez-moi de vous dire quel plaisir j'éprouve à faire votre connaissance et à vous serrer la main. J’ai lu dans les journaux les comptes rendus de vos causeries littéraires et je regrette bien de ne pas pouvoir aller vous entendre.
— Vos occupations, lui dis-je, prennent sans doute toutes vos soirées ?
— Hélas! oui, fit-il, moitié triste moitié souriant. Pour vous dire la vérité, à partir de sept heures je suis soûl tous les soirs.
L'ivrognerie de ce genre-là me répugne tellement que je quittai brusquement la salle à manger.
Au fumoir, je reconnus un ami. J’allai à lui.
— Quel est cet individu? demandai-je en indiquant mon interlocuteur qui venait d'entrer.
— Oh, fit-il, un charmant garçon, bon vivant, un des premiers négociants de la ville.
— J'en suis fàché, répondis-je.
Et la conversation n’alla:pas plus loin.
Je me rappelle avoir été un soi: à Sydney interrompu par un membre de l’auditoire au milieu de
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ma causerie sur les Anglais. La conférence terminée, un monsieur en habit noir se présenta au petit foyer derrière la scène.
— Je viens vous faire des excuses, me dit-il; c'est moi qui vous ai interrompu. J'avais mal compris ce que vous aviez dit et j'ai cru devoir protester.
— Inutile de me faire des excuses, cher monsieur, répondis-je. D'abord j'ignorais entièrement qui m'avait interrompu et, de plus, je ne tiens jamais aucun compte des interruptions qui, je dois le dire, sont extrêmement rares.
— Vous avez raison. Et puis, ajouta-t-il en me tapant familièrement sur l'épaule, ne m'en voulez pas car, comme vous le voyez, je suis soûl comme un Polonais.
Il l'était en effet, non pas comme un Polonais, mais comme un Australien, et il semblait en être fier.
C'était un capitaine de la garnison.
Dans la ville de N.. (Victoria), j’eus l’occasion d’aller voir le maire. Je le trouvai soûl. En sortant de son cabinet, j'entrai dans le bureau du secritaire de l’hôtel de ville. Il était soùl. De là mon impresario et moi nous allâmes faire visite au directeur de la principale banque. Il était soûl. Le propriétaire de l'hôtel où J'étais descendu était au lit atteint du delirium tremens, et pas si mince que cela, je vous le garantis. Le soir, à ma conférence, la police eut à mettre à
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la porte deux individus qui se trouvaient aux premières places et qui, par leur conduite, empêchaient l'auditoire de me suivre. L'un de ces messieurs était un notable de l’endroit, l’autre représentait dignement le district au parlement de la colonie.
Dans l’après-midi, vers cinq heures, j’allai au club de la ville.
— Qu'allez-vous prendre? ne dirent plusieurs membres du club qui se trouvaient là.
— Puis-je avoir du thé?
— Du quoi ? s’écrièrent ces messieurs en se regardant stupéfaits comme pour se demander de quelle étoffe je pouvais bien être fait.
— Du thé, répétai-je en souriant.
— Mon cher ami, dit l’un, je ne crois pas que nous tenions cet article-là.
— Et si nous le tenons, dit un autre en éclatant de rire, je ne crois pas qu'il y ait personne.ici qui sache qu’en faire.
Plusieurs autres membres survinrent à qui l’on raconta la chose. Le cercle se fit autour de moi. J'étais une bête curieuse. La stupéfaction était peinte sur tous les visages.
Le soir, après ma causerie, je retournai au club et je regagnai l’estime de mes aimables hôtes en prenant autre chose que du thé. Je dois dire, cependant, que fort peu d’entre eux étaient en état de discerner clairement ce que contenait mon verre.
Maintenant voyez le pendant de ce tableau, et jugez.
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La scène se passait dans la même intéressante petite ville de N...
Quelques jours avant mon arrivée, le secrétaire de mon impresario était venu à N... pour y faire placer des affiches et y annoncer ma causerie. Il alla trouver l’afficheur de la ville pour lui donner la commande.
— Avant d'accepter, dit le colleur, il faut que vous m'assuriez que ce Français fait des causeries morales ct qu'il n’y aura point de musique. La musique, monsieur, c’est comme le théâtre, un piège de Satan. Notre agent lui assura qu'il n’y avait point de musique et qu'il pouvait coller les afliches en toute conscience.
Le jour de la causerie, mon impresario, que l’incident avait fort amusé, offrit au colleur un billet pour aller m’entendre.
— Je veux bien y aller, dit-il; mais il me serait impossible de mettre les pieds dans la salle avant de savoir si mon maitre peut y entrer avec moi.
— C’est bien, fit l’impresario, je vais vous donner un billet pour votre maître, comment s’appelle-t-il?
— Il s'appelle Jésus-Christ, monsieur, répondit le colleur en se rengorgeant.
Vous voyez la tête de mon impresario,
Donner un billet d'entrée à... Nous en rougissons encore tous les deux.
Voilà la potion anglo-saxonne qu'il vous faut avaler aux quatre coins du monde, et voilà les peuples qui reprochent presque au Français leur
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